Lettre du Père Général à la Congrégation pour le 17 février 2008
“Ainsi vous n'êtes plus des étrangers ni des émigrés ;
vous êtes concitoyens des saints,
vous êtes de la famille de Dieu. » (Eph. 2,19)

Chers Frères Oblats et Associés Oblats,
En ce temps qui est le nôtre, certaines parties du monde ont atteint un haut degré de liberté personnelle et jouissent de multiples occasions pour développer leurs talents individuels ; une réalité dont nous avons aussi profité en tant que religieux. Nous nous réjouissons que l'humanité depuis la Déclaration des Droits Humains, qui cette année célèbre son soixantième anniversaire, ait franchi un tel chemin ; en certaines régions du monde, au moins, ces droits sont reconnus et deviennent petit à petit effectifs. Cependant les gens, et nous aussi religieux, nous commençons à réaliser que cette réalisation plus parfaite du respect des Droits humains ne suffit pas. Plusieurs parmi nous ont découvert qu'avec le besoin de liberté existe aussi entre autre, le besoin d'appartenir, de se sentir membres de quelque chose de plus grand que nous-mêmes. Ces considérations ont-elles quelque chose à voir avec notre fête oblate du 17 février ? Il faut répondre franchement « Oui », car le 17 février, nous nous souvenons à quel point les premiers Oblats se voulaient appartenir totalement, tout particulièrement à l'Eglise.
Notre petite Congrégation traversait alors une crise : le clergé local ne nous acceptait pas toujours volontiers, nos pratiques missionnaires étaient sujettes à caution, nos membres étaient rappelés par leurs diocèses d'origine. Ainsi en sont-ils venus à se demander : avons-nous une place dans l'Eglise oui ou non ? Notre Congrégation en fait-elle partie oui ou non ? Il est vrai qu'à partir de 1816, Saint Eugène a été capable de poursuivre son œuvre, grâce à sa foi profonde, et encouragé par une expérience mystique. Il s'est senti confirmé comme fondateur lorsqu'il priait devant la statue de Notre Dame, le 15 août 1822. Cette statue, la Madone oblate, nous l'avons toujours encore comme témoin de cet encouragement mentionné ci-dessus. Cependant, il fallait au Fondateur quelqu'autre signe extérieur pour le rassurer lui et ses compagnons qu'ils n'agissaient pas simplement sur la base de convictions personnelles ou comptant sur leur force individuelle. Ils avaient besoin de savoir plus clairement qu'ils avaient été envoyés comme missionnaires au nom du Christ et qu'ils appartenaient complètement à son corps, l'Eglise. Cette confirmation de la plus haute autorité de l'Eglise, impatiemment attendue, arriva le 17 février 1826, un événement que nous continuons à célébrer chaque année. Nous pouvons encore sentir, avec St. Eugène, son émotion lorsqu'il écrivit de Rome :
“Voilà donc notre petit troupeau, à qui le Père de famille a bien voulu ouvrir tout grand le champ de la sainte Eglise, élevé dans l'ordre hiérarchique, associé à ces vénérables Congrégations qui ont répandu dans l'Eglise tant et de si grands bienfaits.” (25 mars 1826, Vol. VII – Lettres aux Oblats de France)
Depuis ce moment-là, nous avons pu sentir que nous faisions vraiment partie de l'Eglise, sur un pied d'égalité avec toutes les autres Congrégations plus anciennes. Un texte biblique vient à l'esprit : « ainsi vous n'êtes plus des étrangers et des émigrés, mais vous êtes concitoyens des Saints, vous êtes de la maison de Dieu. » (Eph.2,19)
Telle a été notre histoire pendant plus de 180 ans et personne dans l'Eglise ne nous conteste plus cette appartenance. Mais regardant en arrière, nous devrions peut-être nous demander : est-ce que le désir d'appartenir à l'Eglise – et à la Congrégation comme en faisant partie – est toujours aussi vivant que dans les commencements ?
Ce n'est pas rare que des personnes appartiennent à plusieurs groupes : nous appartenons à nos familles, nos cultures, nos pays, aux associations, aux communautés etc. Libérés par la reconnaissance de nos Droits humains, nous avons toute latitude pour choisir de nous associer à tel ou tel groupe. Donc la question suivante se pose avec une pertinence nouvelle : Quelle place un groupe donné occupe-t-il dans la hiérarchie de mes appartenances personnelles ? Qu'est-ce qui est premier et qu'est-ce qui vient ensuite ?
Portant le nom de religieux et de missionnaires, il est bon de temps en temps de nous interroger : notre loyauté première est-elle encore à Jésus Christ et à son Corps l'Eglise – ou bien en sommes nous arrivés à appartenir davantage à d'autres communautés, par exemple notre famille naturelle, notre groupe culturel, ou un cercle d'amis ? Notre engagement à Dieu qui nous a appelés dans la Congrégation des OMI est-il aujourd'hui comme une « oblation », un don de soi total – ou bien est-ce simplement comme un travail à faire ? En d'autres termes, appartenons-nous à la Congrégation d'une manière telle que nous méritions le nom de Missionnaires Oblats de Marie Immaculée ? Cela signifie-t-il que nous sommes totalement engagés dans une mission commune, formant cette famille unie autour du Christ Sauveur et de Marie notre mère, telle que le Fondateur l'a envisagée ?
Le 17 février est la célébration de notre appartenance : comme Congrégation à l'Eglise et comme membres, à la Congrégation. L'intensité de ce « faire partie » dépend du libre choix de chacun individuellement. Nous devrions être fiers d'appartenir à un groupe qui depuis 1826 occupe une place d'honneur dans la maison de Dieu. Travaillons donc à devenir des membres toujours plus forts et plus sains de notre Congrégation, contribuant ainsi à la vigueur du corps du Christ, l'Eglise. Dans le monde d'aujourd'hui elle n'a pas d'autres membres dont elle puisse se servir, à part des gens comme nous.
Je souhaite à nous tous une Heureuse Fête du 17 février !
Dans le Christ et Marie Immaculée
P. Wilhelm Steckling, OMI
Supérieur général
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