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Septembre 2009


Méditation Missionnaire – Septembre 2009

Le second voyage

Il y a quelques semaines quelqu’un m’a donné un petit livre sur la conversion, qui incidemment, est le thème de notre Chapitre. Même si ces quelques pages ne me disaient rien de vraiment nouveau, je dois dire que les considérations de l’auteur sur la « seconde conversion » (qu’il appelle « second voyage ») m’ont touché et m’ont fait lire le livret une deuxième fois. Peut-être est-ce parce que j’ai besoin, à ce moment précis de ma vie, de m’aventurer sur les pistes d’un deuxième voyage.

Selon l’auteur, la première conversion se passe principalement au niveau de l’esprit et nous stimule à être actifs. Pour un chrétien cela signifie découvrir le Christ, reconnaître de plus en plus qui il est et le suivre. Elle a donc à faire avec nos décisions conscientes et notre disponibilité à faire des choses pour Dieu. Dans cette première étape nous nous sentons responsables de nos vies. Nous lisons dans l’Evangile comment Pierre a tout d’abord décidé de suivre le Christ ; à cette étape il est plutôt sûr de ce que cela doit signifier et même c’est lui qui décide ce qui est exclu, ce qui ne devrait pas arriver.

La deuxième conversion va au-delà de ce niveau. Elle demande non seulement un changement de nos esprits mais aussi la transformation de nos cœurs. Elle ne vient pas d’un appel extérieur mais plutôt de l’intérieur ; l’Esprit du Christ et du Père veut s’emparer de tout notre cœur. Tout en restant libres, nous découvrons que nous n’avons plus l’initiative. Nous sommes enclins à laisser Dieu prendre l’initiative, comme le fit Marie quand elle acquiesça à la demande de l’ange en disant : « qu’il me soit fait selon ta volonté ». Dans le cas de Pierre, le Seigneur ressuscité l’interroge sur son amour, il est question de son cœur, et il est averti que quelqu’un d’autre lui mettra la ceinture et le mènera là où il ne veut pas aller. Au moment de la seconde conversion, nous perdons le contrôle sur ce qui va arriver. Les choses sont moins claires pour nous puisqu’elles sont abandonnées à la volonté de Dieu. Dans ce second voyage, la fameuse nuit de l’âme ne nous sera pas épargnée. (St. Jean de la Croix)

Dans le cours de la vie d’une personne, un tel appel à un deuxième voyage, se perçoit normalement quand la prime jeunesse est passée et que les forces physiques commencent à diminuer, mais bien évidemment, des invitations à une conversion plus profonde peuvent nous être faites à d’autres moments.

La conversion est propre à chacun de nous, mais dans le thème de notre chapitre général, nous mentionnons deux réalités auxquelles la conversion est liée : la mission et la communauté. Le thème s’énonce ainsi : « Centrés sur la personne de Jésus Christ, la source de notre mission, nous nous engageons à une profonde conversion personnelle et communautaire. » Dans la Méditation missionnaire de février 2009, nous avons réfléchi à l’appel à la conversion venant de notre mission au monde. Que pourrions-nous dire maintenant de l’aspect communautaire de notre conversion ?

Je ne veux souligner ici qu’un seul point. Il me semble que le concept d’une seconde conversion pourrait très bien s’appliquer non seulement à des individus, à des Oblats en particulier, mais aussi à la Congrégation comme telle.

Notre histoire nous montre que pendant tant d’années, les Oblats de Marie Immaculée ont grandi en énergie. Même dans les années 60, nous pouvions encore nous considérer comme une congrégation jeune, une fondation récente. Maintenant nous réalisons que nous avons pris de l’âge. La diminution qui a suivi les années 60 est la première aussi substantielle dans notre histoire relativement courte ; les chiffres ont chuté de plus de 40%. Cette chute cependant ne signifie pas que nous allons mourir tout prochainement ; par exemple, les vocations ont cru de 15% ces dernières décades.

Mais cette phase de déclin n’indique-t-elle pas que Dieu peut avoir quelque chose à nous dire? Je vous propose cette idée que le message que Dieu veut nous faire pourrait se décrire comme un appel à une deuxième conversion ; nous remettre en route pour un autre voyage ! Un tel appel pourrait s’exprimer ainsi : « Ne mettez plus tant d’énergie sur les choses que vous voulez faire, mais ouvrez-vous plutôt à Mes plans ! » Acceptez votre nouvelle liberté et abandonnez-vous à l’Esprit qui vous guide !

Une deuxième conversion ne signifie pas que nous pouvons nous croiser les bras ! Même si Marie avait dit, en obéissance à l’Esprit : ‘qu’il me soit fait selon ta parole’, peu après elle s’est mise en route, en hâte vers Elisabeth. Le second voyage – même s’il se passe sous un mode plus « passif » en laissant l’Esprit mener la barque, n’a rien à voir avec la passivité mais plutôt avec la passion ! Puisse l’Esprit nous remplir tous de la passion du cœur du Christ ; laissons son amour fou pour le monde prendre en nous l’initiative ! Mais alors nous devrions aussi savoir que nous participerons à la passion du Christ, sa passion et sa croix qui est le seul chemin qui conduit à une vie nouvelle.

Si nous tenons à ce que la Congrégation se remette en route, la condition est que nous laissions le Cœur de Dieu prendre le pouvoir.