| Novembre 2009
Méditation Missionnaire – novembre 2009
Le Synode africain – “un souffle d’air frais”
Les Oblats sont présents en Afrique depuis le temps de Saint Eugène et l’importance de cette présence pour notre Congrégation ne fait
que croître. Que connaissons-nous de l’Afrique ?
Alors que ce continent apparaît occasionnellement dans les nouvelles mondiales, le silence est toujours encore trop la règle générale. Tout récemment nous avons eu l’occasion d’entendre
ce que nos leaders de l’Eglise africaine disent sur leur continent et je vous invite tous à leur prêter une oreille attentive.
Le premier Synode pour l’Afrique s’est tenu il y a 15 ans. Je me souviens encore de la cérémonie d’ouverture, j’étais juste arrivé à Rome. Ce Synode, semble-t-il, a été avant tout,
un temps pour faire connaissance. Le document post synodal « Ecclesia in Africa », nous a inspirés avec son image de « l’Eglise comme Famille de Dieu » qu’il propose « comme
idée-phare pour l’évangélisation en Afrique.» (EIA 63).
La « Deuxième Assemblée spéciale du Synode des Evêques pour l’Afrique » vient de se terminer il y a une semaine. Elle a mis l’accent sur « L’Eglise en Afrique au service
de la réconciliation, de la justice et de la paix ». Parmi les 240 évêques participants, huit étaient Oblats, et parmi un nombre presque égal d’auditeurs, d’experts, de délégués
fraternels, d’aides, nous avions, pour la première fois, cinq de nos scolastiques, préposés aux divers services.
Il nous faut maintenant attendre quelques mois avant que le document principal ne paraisse, mais le message final est déjà publié. Je l’ai trouvé particulièrement direct et frappant,
et ça vaut la peine de lire tout le texte. Permettez-mois de souligner quelques points, en trois étapes. Le message nous dit comment le Synode africain voit son continent, il peut aussi
nous fournir de l’inspiration pour notre mission en d’autres points du globe.
I. Au début, le Synode nous offre une vue d’ensemble du continent et le fait de façon équilibrée. Il commence avec cette affirmation que « Nous
vivons dans un monde plein de contradictions et en crise profonde… En tout cela, l’Afrique est la plus atteinte. Riche en ressources humaines et naturelles, plusieurs de nos peuples
en sont encore à moisir dans
la pauvreté et
la misère, les guerres et les conflits, la crise et le chaos » En analysant ces situations, il apparaît qu’ « elles ne sont que rarement causées par des désastres
naturels. Elles sont largement dues aux décisions humaines et aux activités des gens qui n’ont aucune considération pour le bien commun et cela souvent, à cause de complicités tragiques
et de conspiration criminelle des responsables locaux avec des intérêts étrangers. » Par ailleurs, une aube nouvelle brille déjà. « L’Afrique ne doit pas désespérer… Il
y a beaucoup de bonnes nouvelles en beaucoup d’endroits d’Afrique. Mais les médias modernes tendent à exagérer les mauvaises nouvelles et semblent ainsi se centrer plus sur les maux
et les défauts que sur les efforts positifs que nous faisons. Les pays ont émergé de longues années de guerre et s’orientent graduellement le long du sentier de la paix et de la prospérité.
La bonne gouvernance fait un impact positif en quelques nations africaines, questionnant d’autres en les poussant à réviser les mauvaises habitudes du passé et du présent. »
II. Après cette vue d’ensemble, le Synode aborde son thème principal : la réconciliation, la justice et la paix. Nous sommes invités à contempler
le cœur du Christ : « L’Eglise
en Afrique, tant comme famille de Dieu que comme individus, a le devoir d’être un instrument de paix et de réconciliation, selon le cœur du Christ qui est paix et réconciliation ».
La réconciliation n’est-elle pas l’une des grandes tâches missionnaires des Oblats à travers le monde ? Le Synode africain appelle à « briser le cercle vicieux : offense,
vengeance, contre attaque. In tout cela, la vertu du pardon est cruciale, même avant toute reconnaissance de culpabilité. Ceux qui disent que le pardon ne marche pas devraient essayer
la vengeance pour voir si ça ! » Un message puissant en effet ! Il nous vient des responsables d’Eglise qui souvent vivent au milieu de la guerre et des conflits,
ou de leurs conséquences ! Il montre que la seule voie de sortie, c’est de faire nôtre le pardon qui coule du cœur du Christ. Il n’y a pas d’alternative. « Ceux qui disent
que le pardon ne marche pas devraient essayer la vengeance et voir. »
III. Dans les nombreux thèmes qui suivent, je n’en mentionnerai que quelques uns. L’appel aux Eglises locales à « assurer
une participation réelle des femmes aux niveaux
appropriés ». Il y a aussi la référence au Sida quand le Synode affirme : « L’Eglise tient la première place dans la lutte contre le Sida » et appelle à suivre
le programme qui propose la fidélité. « Nous nous adressons tout spécialement à vous, les jeunes. Ne vous laissez pas fourvoyer par ceux qui vous disent que vous ne pouvez pas
vous contrôler. Oui vous le pouvez, avec la grâce de Dieu. » Il y a enfin l’appel aux grandes puissances du monde : « nous vous en supplions, traitez l’Afrique
avec respect et dignité » ’Un changement dans l’ordre économique du monde’ est nécessaire et le Synode descend dans les détails. « Nous appelons à un changement
quant au fardeau de la dette envers les nations pauvres, ce qui littéralement tue les enfants. Les multinationales doivent arrêter leur dévastation criminelle de l’environnement dans
leur exploitation avide des ressources naturelles. C’est une politique bien à courte vue que de fomenter des guerres afin de tirer des profits rapides du chaos, au prix du sang et du
sacrifice des vies humaines ». L’appel se termine par un cri retentissant : « N’y a-t-il personne là bas qui veuille et soit capable d’arrêter ces crimes contre
l’humanité ? »
L’ensemble de ce message m’a touché ; sa profondeur, ses réflexions pleines de foi et ses appels passionnés. A la Maison générale nous avons eu un avant-goût de cet esprit quand
une douzaine d’évêques Oblats et autres nous ont rendu visite, pendant la deuxième semaine de leurs démarche. Avec ce Synode, ce continent a rendu visible combien l’Afrique fait partie
du Corps du Christ, l’Eglise fait partie de nous tous. Le Pape Benoît a dit, lors de la messe d’ouverture : « l’Afrique représente un « poumon » spirituel énorme
pour l’humanité qui se montre en crise de foi et d’espérance ». En effet, le message du Synode peut aider toute l’Eglise à respirer un air plus frais.
“L’Afrique n’est pas sans moyens. Notre destinée est encore entre nos mains. Tout ce que l’Afrique demande c’est un espace pour respirer et prospérer. Elle est déjà en marche et
l’Eglise marche avec elle en lui offrant la lumière de l’Evangile.”
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