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Janvier 2010


Méditation missionnaire – Janvier 2010

La Parole de Dieu se trouve de nouveaux chemins

À la Constitution 8 de nos Constitutions et Règles nous lisons: “Très proches des gens avec lesquels ils travaillent… les Oblats rechercheront des voies nouvelles afin que le message du salut atteigne tous les hommes… »

En décembre j’ai passé quatre semaines au Sri Lanka. La Congrégation y est fière de ses deux Provinces en pleine essort, avec 260 membres. J’étais heureux de voir les Oblats proches des gens et cherchant des voies nouvelles pour la Parole de Dieu.

La plupart de nos confrères sont jeunes. L’énergie de la jeunesse ainsi que la sagesse des anciens sont très demandées dans la situation actuelle du pays, quelques mois à peine, après que les armes se soient tues. Une grande multitude, environ 100.000 personnes, vivent encore en des camps et doivent être réinstallés ; l’aide psychologique est nécessaire aux gens déprimés par les privations et hantés par les blessures intérieures ; des programmes d’animation à l’intention des enfants et des jeunes traumatisés sont urgents ; et par-dessus tout, s’imposent les tâches qui apporteront une réconciliation en profondeur qui pourra surmonter 30 ans de guerre et 60 ans de relations tendues, entre les deux groupes ethniques. Par où commencer ? Que faire ensuite ? Comment donner une impulsion à un mouvement de réconciliation, assez large pour apporter la guérison dans les relations, la confiance et une paix durable pour tout un pays?

Voilà le contexte actuel de la mission Oblate au Sri Lanka qui doit aussi mener de front, son travail habituel. Beaucoup de réponses ont été trouvées ou sont en voie d’élaboration. Laissez-moi-vous raconter une conversation que nous avons eue avec les Oblats à Trincomalee, dans le nord-est de l’île. Ils me disaient à travers quelles difficultés les gens de notre paroisse avaient dû passer: il y a cinq ans, le tsunami – ils habitant tout près de la mer – et cette année, la phase finale de la guerre qui a tué des dizaines de milliers, affectant pratiquement chaque famille. J’ai demandé aux Oblats sur place : comment les gens arrivent-ils à tenir au milieu de tous ces désastres ? et pour ceux qui sont chrétiens, comment leur foi résiste-t-elle ? Sommes-nous capables de les aider ?

La réponse était double. Tout d’abord, les Oblats ont admis que souvent ils restaient sans rien dire en écoutant les souffrances des gens. Tout ce qu’ils pouvaient offrir était une présence pleine de compassion. Les gens leur ont dit que cela les aidait davantage que les paroles, à tenir bon dans les situations désespérées. La Constitution 8 définit cela comme « être proche des gens avec lesquels nous travaillons… »

Je dois dire qu’en visitant plusieurs lieux qui ont souffert, au Sri Lanka, dans chacune des deux Provinces, mais tout particulièrement au nord, et en écoutant les récits qui m’étaient faits, je me suis aussi trouvé incapable de dire quoique ce soit. Je ne pouvais qu’offrir une oreille attentive.

Deuxièmement, les Oblats à Trincomalee m’ont expliqué que dans les situations extrêmes ce n’était pas dans les paroles humaines que les chrétiens auraient trouvé les réponses à leurs questions. Les gens ont appris à écouter directement la Parole de Dieu ; sans avoir trop besoin d’interprétation, ils pouvaient l’appliquer à leurs vies. Quand ils écoutaient les mots de la Bible qui parlent par exemple des tremblements de terre et des guerres, mais que ce n’est pas encore la fin, ces paroles trouvaient un écho en leurs cœurs, ainsi que de telles exhortations : « quand vous verrez ces signes arriver levez-vous, relevez la tête parce que votre rédemption est proche » (Lc. 21,28).

Est-ce que ceci ne nous donne pas une idée pour les moments dramatiques, où tant de choses sont à faire et que nous ne savons pas par où commencer ? Cette simple communauté paroissiale de Trincomalee nous a fait comprendre que le meilleur service que nous pouvons offrir aux gens ne vient pas de nos forces. Ils trouvent la force s’ils peuvent entrer en relation immédiate avec la source même de l’espérance, de la grâce et de la force, comme cela se vérifie dans la rencontre directe avec la Parole de Dieu. La Constitution 8 parle de rechercher « des voies nouvelle pour que la Parole de Dieu rejoigne leurs cœurs. »

Dieu ne communique pas seulement avec les chrétiens. En beaucoup d’activités oblates au Sri Lanka, les bénéficiaires les plus nombreux sont des gens d’autres religions. Les Oblats travaillent avec les enfants et les jeunes en général ; ils dirigent des orphelinats, ont commencé une académie anglaise, continuent d’établir des centres de conseil (j’en ai vu trois ou quatre), s’engagent davantage dans les actions de JPIC et tout ceci bénéficie à un échantillon de population où il y a une majorité de Bouddhistes, d’Hindouistes et de Musulmans. Dans ces activité la grâce de Dieu peut être vue à l’œuvre, puisque ce que les gens reçoivent c’est bien plus que ce que peuvent garantir nos efforts humains bien limités.

Pendant ma visite j’ai découvert à nouveau le secret de tout travail missionnaire: il réside à devenir des intermédiaires, de telle sorte que les gens entrent en contact par eux-mêmes avec les vraies sources de vie. Dans une situation d’après guerre, comme au Sri Lanka, il devient évident que la réconciliation et la paix ne peuvent être que l’affaire de Dieu. Dieu seul peut pardonner nos péchés et nous faire pardonner les offenses des autres, Dieu seul peut donner une nouvelle vie, après tant de morts. En ces circonstances nous réalisons que nous sommes missionnaires, non pas tant par ce que nous faisons comme aides efficaces, mais bien plus en étant des personnes consacrées aux façons d’agir de Dieu ; ce que nous sommes, c’est cela qui aide les gens à trouver par eux-mêmes, la source de la réconciliation, de la paix et de la vie.