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Comment éviter les chaudières ?


Louis Reboul

Le nom du père Louis Reboul est bien connu dans la région de Hull. Une école et une rue sont encore là pour rappeler à la génération actuelle le souvenir de ce missionnaire oblat, un des principaux artisans du développement de cette ville. Mais c’est surtout par son apostolat dans les chantiers de la Gatineau qu’il s’est rendu célèbre. Arrivé de France en 1853, le père Reboul aura pour mission de visiter les camps de bûcherons, du début de janvier à la fin de mars, durant une vingtaine d’années consécutives. Il possède les aptitudes nécessaires à ce rude ministère. Il en impose par sa forte stature et sa force herculéenne. Sa grande bonté, son esprit jovial et son extraordinaire dévouement lui gagnent rapidement tous les cœurs. Tous les ans, il apporte le secours de la religion à des centaines d’hommes souvent exposés à des accidents mortels, surtout au temps de la drave.

Le programme est le même à chacun des camps qu’il visite. Après le souper, il réunit son monde dans la grande salle commune. Durant une heure ou deux il leur parle à la bonne franquette. Après quelques histoires pour les dérider, il les prépare à la confession qui suivra jusqu’à minuit parfois, en vue de la communion du lendemain. Les derniers instants de son entretien il les réserve pour parler de la sainte Vierge. Il invite ces rudes bûcherons à dire tous les soirs trois Ave et il les exhorte à porter sur eux le scapulaire du Mont-Carmel. « Rappelez-vous bien, ajoute-t-il en terminant, quand la sainte Vierge dans une apparition a remis ce scapulaire à un moine d’Angleterre, du nom de Simon Stock, en 1251, elle lui a fait cette promesse: reçois ce scapulaire, c’est une sauvegarde dans les dangers. » Trois jeunes gens allaient un jour en faire l’expérience d’une façon dramatique.

Vers l’abîme…
Aux portes de la ville d’Ottawa, sur la rivière du même nom, se voit un gouffre béant formé par un rocher. On a donné à cet abîme le nom de Chaudières, tant à cause de sa forme circulaire qu’en raison de l’épaisse vapeur qui s’en élève. Au printemps de 1865, trois gars de chantier, montés sur un radeau, descendaient la rivière. Ils pensaient bien éviter l’endroit périlleux en longeant le rivage. Malheureusement le vent souffle avec force. Ils se voient soudain emportés vers le gouffre, gardant peu d’espoir d’échapper à la mort. Par un hasard providentiel, l’un des jeunes gens est assez heureux pour s’élancer sur une pointe de rocher et y attendre le secours. Mais ses deux compagnons sont bientôt happés par les rapides. Au secours! Au secours! Ils rament de toutes leurs forces mais en vain. Les quelques témoins accourus à leurs cris assistent impuissants à cette course vers la mort!

Sauvés du danger
Tous croient les deux garçons perdus, broyés, comme tant d’autres victimes des Chaudières. Ô prodige! Il n’en est rien, car la Vierge veille sur eux. L’un d’eux, se voyant entraîné par le tourbillon, se souvient de l’histoire du père Reboul et de Celle qui a promis d’être une « sauvegarde dans les dangers. » Il saisit alors son scapulaire et le serre dans sa main avec énergie. Un instant s’écoule, long comme un siècle. Enfin, le naufragé arrive à proximité d’une bouée quelconque qu’on a lancée comme ça, en désespoir de cause. Il s’y cramponne avec force... Il est sauvé.

Le troisième compagnon, qui avait lui aussi suivi le conseil du père Reboul, fut retiré de l’eau, sain et sauf, un demi-mille plus loin, en face de la ville. Cet événement fit grande sensation à Ottawa et dans les chantiers. On en parla longtemps à la gloire de l’Immaculée. Quant au père Reboul, il sut exploiter avantageusement cet exemple pour encourager les jeunes gens à prier la sainte Vierge et à porter tout au moins une médaille du scapulaire. Il mourut le 2 mars 1877, à Mattawa, après une dernière tournée dans quarante chantiers.

André DORVAL, OMI