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a)Être prochesdes pauvres – Nous qui marchons à la suite de Jésusl’Esprit «nous incite à vivre en communion plus étroite…avec les pauvres » (C 20).
Dans mes contacts avecla Congrégationj’ai toujours été étonnéd’observer jusqu’à quel point les Oblats sont prèsdes gens et quelles formes concrètes peut revêtir leurpartage dans la pauvreté. À titre d’exempleje citeune lettre d’un missionnaire né en Amérique latine: «Hier j’étais dans une communauté pauvreen vérité très pauvre. Je me sentais heureux ;je faisais l’expérience vivante de la présence deJésus dans ces gens. Je suis demeuré à dormir dansune famille… Ils ont installé mon lit dans la salle à manger ; il y avait un arbre de Noël à la tête ; lelit sentait l’urine de bébé ; il y a eu des visiteursdurant nuitdes moustiques et combien ! J’ai passé la nuiten prière. Je me sentais heureux de vivre cette expérience.Je crois que c’est la façon de vivre avec les pauvres. Jene me contente pas d’aller chez eux une fois par mois pour uneheure et demie seulementavant de revenir chez moi. »
La pauvreté està ce point répandue dans le monde d’aujourd’hui.Un numéro récent d’un bulletin de nouvelles d’Afriquerapporte ceci : « Nous n’avons pas de pluieles récoltessèchent dans les champs et les gens vont se coucher l’estomacvide le soir. [Nos deux Oblats nous disent comment] la pauvretéest à l’ordre du jour et est réelle ; des jeuneset des vieux meurent ; ils passent des jours sans nourriture… Lebesoin pressant pour eux aujourd’hui est de trouver de la nourriture…Ils ne viennent pas à l’églisemême pour desinstructionsà cause de la faim dans les foyers. C’estla même chose dans les écoles ; les enfants n’y vontpluset lorsqu’ils s’y rendentils s’évanouissentdurant les cours(8). »
Les statistiques concernantla pauvreté ne manquent pas. Par exemplele nombre de personnesvivant avec moins de 2 $ US par jour est d’environ 28 milliards56% de la population mondiale(9). Au lieu de pauvretéil seraitplus juste de parler de misère. La pauvreté permet à l’être humain de conserver une certaine dignitétandisque la misère conduit à sa dégradation. Elle créedu ressentiment. Cela veut dire que quelqu’un dans la famille mourraparce qu’il ne lui manque que quelque cinquante dollars. La misèreen réduit plusieurs à poser des gestes malhonnêtesparce que sans corruptionsans tricherieles enfants vont souffrirde la faim. Jeune hommesaint Eugène a senti un appel particulierà servir les pauvres « qui n’ont pas la moindre idéede leur dignité(10) ». Pour leur révélerleur dignitéil leur enseignait le catéchisme durantses jours de congé au séminaire.
À vrai direnousreligieuxne serons que rarement comme les indigents. D’abordnous avons le don d’une bonne éducation et jouissons d’unecertaine sécurité du fait que nous mettons tout en commun.Nous avons fait nôtre la pauvreté apostoliquemais nonla misère de ceux qui meurent de faim. Notre mission est de vaincrele mal de la pauvreté par notre pratique de la vertu de pauvreté.Il est vrai que ce ne sont pas tous les Oblats qui sont et peuvent êtreen contact avec ceux qui vivent dans la misèremais tous peuventpratiquer la vertu. Les pauvres et « les âmes les plus abandonnées»comme les appelle le Fondateurpeuvent avoir de multiplesvisages. Il y a aussi différentes façons de servir lespauvres. La règle 9a parle des Oblats qui s’identifient« aux pauvres jusqu’à partager leur vie et leur engagementpour la cause de la justice » et d’autres qui se rendent« présents là où se prennent des décisionsqui affectent l’avenir du monde des pauvres ».
Quelles que soient lesconditions concrètes de vie et de travailce que les abandonnéset les nécessiteux attendent de nousc’est que nous soyonsde cœur avec euxvéritablement proches d’eux. En consciencedemandons-nous : Est-ce que les pauvres viennent à nous ? Sont-ilsà l’aise avec nous ? S’ils ne viennent pas à nousallons-nous les voir ? Faisons-nous entendre leur voix ? Avons-nousdéjà été persécutés à cause d’eux ? Voilà certaines des questions qui nous viennentà l’esprit lorsque nous considérons l’importanced’être proches des pauvres.
b) Évangélisation– Pour les Oblatsaimer les pauvres en demeurant proches d’euxn’est que le premier fruit de notre vœu de pauvreté.C’est la voie caractéristique qu’adoptent les Oblatsdans leur mission d’évangéliser.
L’expérience enseigne aux Oblats qu’ily a un lien fondamental entre leur pratique de la pauvreté etl’évangélisation :Évangéliser signifieévidemmentproclamer le Christparce que « la pire formede pauvreté est d’ignorer le Christ »(11)
Le lien entre évangélisationet pauvreté se trouve dans notre style de vie. On demande déjà aux novices de s’exercer « à un style de vie simplequi puisse les sensibiliser aux besoins des gensdes pauvres en particulier» (R 56b). La règle 7c sur les frèresdit : « Par leur consécration religieuseils témoignentd’une vie tout inspirée de l’Évangile […]leur service […] tout comme le témoignage de leur vie constituentleur ministère d’évangélisation. » Mgrde Mazenod a des paroles énergiques à propos de certainsprêtres de Ceylan quiheureusementne sont pas des Oblats :« Les prêtres qui en font le service portent improprementle nom de missionnaires. Ce sont des hommes qui occupent des placesà leurs yeuxde reposqui suivent une routine insuffisantepour opérer la conversion des infidèles ou des hérétiqueset qui se gênent assez peu pour laisser croupir dans leur ignoranceet tout ce qui s’ensuit les malheureux chrétiens qui parle fait ne le sont que de nom(12). » Mis à part la rhétoriqueses propos nous aident à comprendre ce qu’il entend parpauvreté apostolique.
« Le ministèrepour la justicela paix et l’intégrité de la créationfait partie intégrante de l’évangélisation» (R 9a). Pouvons-nous « changer le destin despauvres »demandait-on jadis dans un feuillet publicitaire surles vocations ? Le Royaume n’est pas le produit de notre travailseulmais les positions que nous prenons font parfois la différence.Par-dessus toutelles entretiennent l’espérance. «Témoins et prophètes du Dieu amournous voulons êtredes hommes d’espérance reflétant l’attituded’un Dieu qui n’abandonne jamais son peuple […]. Noustravaillons avec des milliers de femmes et d’hommes à lamondialisation de la solidarité » (EPM 8).
À la lumièrede ces réflexions sur la vertu et le vœu de pauvretérevenons sur le sujet de l’usage des ressources financières.
À cet égardnous pouvons prendre comme modèle le père Tempiernotrepremier trésorier général. Dans son tempson l’appelait« notre César de la finance » etpour le pèreJoseph Fabreil était « la Providence visible »(14).La Congrégation a connu de nombreuses difficultés financièresdurant ses premières années. Une crise semblable à celle que connaissent aujourd’hui plusieurs provinces est survenueen 1847 à la suite du succès remporté par le pèreLéonard dans le recrutement des vocations. Certaines provincesou missions oblates vivent aujourd’hui des difficultés semblablescréées ou aggravées par la violence. Celles-cirappellent les temps durs que la Congrégation a connus durantla Révolution de 1848. Le père Tempier a réussialors peu à peu à constituer un « fonds de réserve»comme le Fondateur le lui avait demandé dès 1826(15).
Une façon de vivrenotre vœu est d’être un gestionnaire responsableà l’exemple du père Tempieren essayant de procurer les moyensnécessaires pour une évangélisation efficace. Le« fonds de réserve » de saint Eugène et notrefonds de solidarité actuel sont semblables.
En nous souciant de répondreaux besoins de la missionnous devons toujours nous rappeler que nosressources financières ne doivent jamais perdre leur rapportavec les pauvres pour lesquels elles nous ont été donnéeset quibien souventnous viennent d’eux. Nous semblons parfoisprendre une direction opposée et vouloir devenir indépendantsdes pauvres. La valeur évangélique de la pauvretébrillera d’un plus grand éclat aux yeux des gens si nousacceptons de dépendre d’eux dans nos besoinsde leur demanderde l’aidede ramasser des fonds sur place et d’attendre patiemmentleurs dons. Cette sorte de solidarité peut même êtrele seul moyen de procéder dans certaines situations. Sommes-nouscapables de renverser la tendance actuelle à dépendrede nos investissements pour avoir davantage recours au soutien des gensque nous desservons ? L’expression « patrimoine des pauvres» prendrait alors un sens plus concret qui aurait pour conséquencede nous rendre plus responsables envers eux.
Comme conséquencepratiquenous devons adopter un style de vie et une façon d’êtremissionnaire qui correspondent mieux au niveau de vie des pays oùnous sommes présents. Est-ce qu’ainsi nous serions moinsefficaces ? Prenons un exemple. Il se peut que le fait de notre travailmissionnaire sans automobile nous limite ; nous pourrons atteindre moinsd’endroits et passerons plus de temps en chemin. Mais l’équationsuivante vaut-elle : « Pas d’automobile équivaut à une mission moins efficace ? » ou même « pas d’automobilepas de mission » ? Le grain de moutarde du Royaume a ses propresrègles d’efficacité.
La Règle parlede « communion avec Jésus et les pauvres ». Permettez-moide concluretel que promis plus hautpar un texte du dernier Synode.À la messe d’ouverture de l’assembléetenueà Rome en octobre 2001pour réfléchir sur le ministèredes évêquesle Pape a parlé de l’esprit depauvreté qui doit caractériser l’évêque.Le Synodequi est revenu plusieurs fois sur ce pointoffre dans sonmessage la synthèse suivante :
« Autant il existeune pauvreté qui alièneet il faut lutter pour en libérerceux qui la subissentautant il peut y avoir une pauvretéqui libère les énergies pour l’amour et le serviceet c’est cette pauvreté évangélique quenous voulons mettre en pratique. Pauvres devant le PèrecommeJésus dans sa prièreses paroles et ses actes. Pauvresavec Mariedans la mémoire des merveilles de Dieu. Pauvresdevant les hommespar un style de vie qui attire à la Personnedu Seigneur Jésus. L’évêque est le pèreet le frère des pauvres. Il ne lui faut pas hésiterquand cela est nécessaireà se faire la voix des sansvoix afin que leurs droits soient reconnus et respectés. Ilaen particulierà « faire en sorte quedans toutesles communautés chrétiennesles pauvres se sentent« chez eux » (16).
Je crois que ce simplerésumé illustre bien ce que j’ai tenté devous exposer. |