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num. 237 - Janvier 2001
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DOCUMENTATION OMI |
| N·237 janvier 2001 |
Charisme oblat et associés laïques
Fernand Jetté, o.m.i. |
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Le 17 février 2001 nous célébrerons le 175ème anniversaire de l’approbation de nos Constitutions et Règles ou, en d’autres mots, de notre Congrégation par le Saint-siège. Pour souligner cet anniversaire Documentation OMI s’est proposé de publier ce document du regretté p. Fernand Jetté sur le charisme oblat.
Ce texte avait été préparé pour être donné au premier congrès des laïcs associés à Aix-en-Provence en 1996. En raison d’un état de santé précaire au moment du congrès, le p. Jetté ne put se rendre à Aix et son texte ne fut pas communiqué.
Le commentaire du p. Jetté sur les Constitutions et Règles, O.M.I Homme Apostolique, est bien connu. Le document que nous présentons aujourd’hui est comme un commentaire ou une nouvelle lecture des dix premiers articles des Constitutions, où il cherche à présenter la spiritualité d’Eugène de Mazenod et à dire comment elle peut être vécue par le laïcat chrétien. |
Charisme oblat et associés laïques
Fernand Jetté, o.m.i. |
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Cette rencontre se veut un moment de réflexion, un partage sur la vocation oblate, celle que j’essaie de vivre au jour le jour, comme Missionnaire Oblat de Marie Immaculée, et celle que vous-mêmes, à votre manière et dans votre milieu, voulez vivre. Souvent je me rappelle une lettre que m’écrivait une dame italienne, en 1980. Elle avait, je crois, participé en 1975 à la béatification d’Eugène de Mazenod. Elle me disait ceci:
“J’ai connu le bienheureux Eugène de Mazenod à travers ses écrits. J’ai connu sa spiritualité, sa charité, son amour de l’Eglise et des pauvres. J’en fus pleinement conquise si bien qu’aujourd’hui, je puis vous l’avouer, je me sens fille spirituelle du bienheureux Eugène... Voilà ce que je voulais vous dire! Bien que laïque, je me sens, par l’esprit, partie de votre famille religieuse: je désire vivre comme vous, sentir comme vous, servir comme vous, aimer comme vous et, comme vous, faire toujours la volonté de Dieu” (11 juin 1980).
C’était une femme de 50 ans, du Nord de l’Italie. Combien y en a-t-il d’hommes et de femmes, dans le monde d’aujourd’hui, qui réagissent comme elle et qui réagiraient encore davantage, s’ils connaissaient mieux Eugène de Mazenod?
On m’a demandé de vous exposer le charisme oblat, tel qu’il est présenté dans les dix premiers articles de nos Constitutions, et de le faire en rappelant l’attitude du Fondateur, Eugène de Mazenod, devant la vie chrétienne des laïques. Au fond, la spiritualité d’Eugène de Mazenod, c’est la spiritualité chrétienne: elle s’enracine profondément dans l’Evangile, elle est orientée vers la gloire de Dieu, elle s’engage à la suite de Jésus, elle s’attache à l’Eglise et s’ouvre à toute la terre pour faire connaître et aimer Jésus Christ. Et cela, elle le fait avec Marie, la mère de Jésus et notre mère, et elle le fait avec un souci d’absolu, de plénitude, qui le conduira lui-même et ses compagnons vers la vie religieuse et lui donnera de regarder le monde, surtout le monde des pauvres, avec une grande soif de son salut et de sa sainteté.
Ses exhortations à sa mère, à sa sœur, quand il est séminariste à Paris – il entre au séminaire à 26 ans – vont dans ce sens-là. A sa mère, il redit son union profonde et combien il ne peut dire non à Jésus-Christ, qui l’a tant aimé et qui l’invite à le suivre dans le sacerdoce. “Ah! ma très chère maman, lui écrit-il le 25 décembre 1808, croyez-vous que cette nuit je ne me suis pas trouvé avec vous?... Oh! que oui, nous avons passé ensemble la nuit aux pieds des autels, qui me représentaient la crèche de Bethléem; nous avons ensemble offert nos dons à notre Sauveur et nous lui avons demandé de naître dans nos cœurs et d’y fortifier tout ce qui est faible... Participez souvent à son Corps adorable, c’est la meilleure manière de nous réunir car, en nous identifiant chacun de notre côté avec Jésus-Christ, nous ne ferons qu’un avec lui, et par lui et en lui nous ne ferons qu’un entre nous” (1). Et en février 1809: “Elevons donc notre cœur à Dieu et considérons s’il est un bonheur pareil à celui de participer à la mission divine du Fils de Dieu” (2).
Pour sa sœur Eugénie, plus jeune que lui et mariée, il exprime son souhait: “Que, [dans le monde] elle y soit chrétienne et hautement chrétienne” (3). Il lui écrit, le 12 août 1811: “Aimons le bon Dieu de tout notre cœur, usons de ce monde comme n’en usant pas... N’es-tu pas mariée, mère, nourrice par la volonté de Dieu? Donc, en remplissant les devoirs d’une femme, d’une mère, d’une nourrice, tu fais ce qui plaît à Dieu, et comment pourrait-on soutenir qu’en remplissant les devoirs que Dieu nous a imposés, quels qu’ils soient, nous, ne sommes pas propres à répondre aux douces invitations qu’il fait à tous les siens de venir à lui, de puiser dans son sacrement la force et la vie...” (4). “Tout autre qui ferait le bien que tu fais en ferait peut-être assez, tandis que le bon Dieu demande quelque chose de plus de toi. Pourquoi? parce qu’il t’a comblée de ses dons depuis ton enfance, qu’il t’a favorisée d’une manière sensible en plusieurs rencontres et, en particulier, à l’époque la plus décisive de ta vie, parce qu’il a voulu que tu servisses d’exemple à toutes les personnes auxquelles il inspirerait dans la suite le saint désir de se sanctifier dans le monde... Oh! quand on a de la foi et un tant soit peu d’amour de Dieu, on sait bien trouver les moyens de ne pas perdre de vue trop longtemps son bien-aimé...” (5).
Avec les jeunes gens d’Aix, en 1813, quand il fonda 1’Association de la Jeunesse Chrétienne, c’est la même attitude: “Nous protestons vouloir vivre et mourir, disaient ces jeunes, dans le sein de la Sainte Eglise Catholique Apostolique Romaine, à laquelle nous vouons un amour filial comme à celle qui nous a vraiment engendrés à Notre Seigneur Jésus Christ. Nous faisons encore, par ces présentes, hautement profession de reconnaître Notre Seigneur Jésus Christ pour notre Dieu Sauveur, Souverain Seigneur et Maître, dont nous voulons être toute notre vie les fidèles disciples” (6).
Dans sa première prédication aux pauvres d’Aix, on retrouve la même attitude. “L’Evangile doit être enseigné à tous les hommes, et il doit être enseigné de manière à être compris... Nous mettrons donc à la portée du plus simple d’entre les ignorants. Comme un père de famille, nous assemblerons nos enfants pour leur découvrir un trésor... Il s’agit d’apprendre ce que le Seigneur demande de vous... Vous êtes les enfants de Dieu, les frères de Jésus Christ, les héritiers de son royaume éternel, la portion choisie de son héritage... O chrétiens! connaissez donc votre dignité” (7).
Plus tard, quand il sera évêque de Marseille, il insistera auprès de ses diocésains, sur le même sujet. Deux convictions très fermes chez lui le soutiennent et l’animent: tous les hommes sont appelés au salut et à la sainteté et deuxièmement, tout ce qui se passe sur terre, aussi bien au plan personnel que dans la vie politique et sociale, relève de la Providence divine. Aux Oblats, il avait donné cette orientation: “Il faut mettre tout en oeuvre pour étendre l’empire du Sauveur...[Il faut] rendre les hommes raisonnables, puis chrétiens, enfin les aider à devenir des saints” (8). Comme évêque, il rêve de faire de Marseille, à l’exemple de son prédécesseur, Jean-Baptiste Gaules, “une cité de saints” (9). “Nous nous préoccupons vivement, écrit-il, des moyens d’assurer votre sanctification qui est devant Dieu ce que nous avons le plus à cœur...(10). Dans la suite, il encouragera ses diocésains à devenir avec lui, et à leur manière, des apôtres: “Ne vous étonnez pas, leur dit-il, si nous venons vous associer en quelque sorte à notre ministère, et vous faire partager la couronne des hommes apostoliques... La foi est essentiellement communicative comme la charité est secourable” (11).
C’est dans cette perspective qu’il nous faut lire et méditer le premier chapitre des Constitutions. Nous le ferons avec vous. Nous citerons, au début de chacune des parties, l’article étudié, y mettant entre parenthèses les quelques lignes qui concernent plus directement les Oblats comme prêtres et religieux. |
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Article 1: L’appel du Christ. |
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L’article premier est un regard sur le monde et l’invitation à suivre Jésus. Chaque personne adulte regarde le monde, elle regarde les hommes, les femmes, les enfants autour d’elle et dans les autres pays; elle réfléchit sur eux, et se demande quoi leur donner, de quoi ont-ils besoin..., ou encore, si elle est commerçante, quoi leur vendre..., comment les aider ou comment les exploiter?
C’est l’appel de Jésus Christ, perçu en Eglise à travers les besoins de salut des hommes, qui réunit les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée. Il les invite à le suivre et à prendre part à sa mission par la parole et par l’action.
(La Congrégation est cléricale, de droit pontifical. Elle groupe en communautés apostoliques des prêtres et des Frères qui se lient à Dieu par les vœux de religion); coopérant avec le Christ Sauveur et imitant son exemple, ils se consacrent principalement à l’évangélisation des pauvres.
Les Oblats, à la suite de leur Fondateur, Eugène de Mazenod, regardent donc le monde et sont touchés par lui. Leur regard n’est pas celui du commerçant ou du financier..., c’est un regard chrétien. “C’est l’appel de Jésus Christ, perçu en Eglise, à travers les besoins de salut des hommes” qui les réunit. Ils ont les yeux ouverts sur le monde, ils aiment le monde, mais ce qu’ils perçoivent d’abord en lui, ce sont “les besoins de salut des hommes”. Ce niveau dépasse de beaucoup le niveau purement humain. Notre regard est un regard de foi. Plus loin, à l’article 5, on le dira explicitement:
“Partout notre mission est d’aller d’abord vers ceux dont la condition réclame à grands cris une espérance et un salut que seul le Christ peut apporter en plénitude”.
Cela n’exclut pas les besoins terrestres: besoin de pain et de soins médicaux, besoin de liberté et d’éducation, mais notre regard pénètre plus profondément dans la personne humaine et y perçoit un autre besoin, dans l’ordre de la foi: son besoin fondamental de salut, et de salut en Jésus Christ. Pour vous qui êtes laïques, qui avez une famille, des enfants, qui exercez un métier, une profession, qui jouissez de relations sociales, ce sera habituellement à travers ces activités humaines que vous vivrez votre union au Christ et rayonnerez votre foi.
Nous devons nous rappeler ce qu’enseigne le Concile Vatican II, dans Gaudium et Spes: “On peut légitimement penser que l’avenir est entre les mains de ceux qui auront su donner aux générations de demain des raisons de vivre et d’espérer” (n. 31). Pour l’Eglise, ces raisons de vivre et d’espérer ne se trouvent finalement qu’en Jésus Christ. “Elle croit qu’il n’est pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel ils doivent être sauvés (Ac 4, 12). Elle croit aussi que la clé, le centre et la fin de toute histoire humaine se trouvent en son Seigneur et Maître” (n. 10).
Dès le point de départ donc, notre regard est un regard de foi. “A travers le regard du Sauveur crucifié, nous voyons le monde racheté de son sang” (art. 4). Et ce regard de foi est imprégné de l’esprit de l’Eglise, du sens de l’Eglise, de l’amour de l’Eglise; il se fait en communion profonde avec elle. Je perçois ces besoins “en Eglise”, avec une âme d’Eglise. Dans cette perception de foi, nous entendons un appel, “l’appel de Jésus Christ qui nous invite à le suivre et à prendre part à sa mission par la parole et par l’action.”
Il faut noter, dans cet article, la place prépondérante faite à Jésus Christ. C’est lui qui appelle; il invite à le suivre et à prendre part à sa mission. Cela correspond à l’appel des premiers Apôtres: “Il en institua Douze pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher” (Mc 3, 14). Cet appel comprend deux réalités complémentaires: être avec lui, être ses compagnons, ce sera notre mode de vie; et être envoyé prêcher, ce sera notre mission. Par là, par notre réponse, nous deviendrons des coopérateurs du Christ Sauveur et nous imiterons son exemple. Les prêtres le sont, les frères le sont, les laïques associés le sont aussi. |
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Article 2: Le choix du Christ. |
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A l’article deuxième, nous précisons notre réponse: Jésus Christ sera au cœur de nos vies. L’Associé, comme l’Oblat, est animé par l’esprit de saint Paul; il veut devenir “un autre Jésus Christ”.
“Mis à part pour annoncer l’Evangile de Dieu” (Rm 1, 1), les Oblats abandonnent tout à la suite de Jésus Christ. Pour être ses coopérateurs ils se doivent de le connaître plus intimement, de s’identifier à lui, de le laisser vivre en eux. S’efforçant de le reproduire dans leur vie, ils se veulent obéissants au Père, même jusqu’à la mort, et se mettent au service du peuple de Dieu avec un amour désintéressé. (Leur zèle apostolique est soutenu par le don sans réserve de leur oblation, une oblation sans cesse renouvelée dans les exigences de leur mission.)
Cet article sera le grand inspirateur de la vie oblate et de celle de son Associé. Eugène de Mazenod est un “passionné de Jésus Christ”, a dit Paul VI, en le béatifiant. L’Associé aussi sera un passionné de Jésus Christ. L’article comprend trois parties: une première, qui signifie notre choix; une deuxième, qui fait connaître les exigences de ce choix; une troisième, qui rappelle l’unité profonde entre notre engagement et notre action missionnaire.
Pour l’Associé, “abandonner tout à la suite de Jésus Christ” signifie, en lui, une parfaite liberté intérieure. Il aime sa famille, ses enfants, son conjoint ou sa conjointe et se dévoue pleinement pour eux; il aime son travail et l’accomplit avec joie le mieux possible; il répond volontiers aux demandes de la vie sociale... En même temps toutefois, au fond de son cœur, il est imprégné du mot de saint Paul: “les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux” (2 Co 5, 14), il vit dans cette disposition. C’est son choix personnel.
Quelles seront les exigences d’un tel choix? L’exigence fondamentale est celle-ci: s’efforcer de “connaître [Jésus] plus intimement, de s’identifier à lui, de le laisser vivre en nous”. Jésus devient la personne centrale, quoique invisible, en nous. Trois démarches sont demandées, qui se développeront simultanément. D’abord, une démarche de connaissance, de pénétration intellectuelle et affective du mystère de Jésus, de sa vie, de ses vertus, de son comportement avec son Père et avec les hommes, de sa mission de salut. La prière et la lecture, l’esprit d’oraison et la ferveur spirituelle, l’effort d’imitation, de conformité intérieure y conduiront. Ces moyens permettent aussi de réaliser, jusqu’à un certain degré, la deuxième démarche, celle de l’identification au Christ. On s’identifie peu à peu à une personne quand on la contemple chaque jour, longuement et avec amour, et qu’on s’applique à l’imiter, à pénétrer les divers sentiments qui l’animent. Quant à la troisième démarche: “laisser vivre le Christ en nous”, nous laisser conduire en tout par son Esprit, elle vient parfaire et couronner les deux précédentes. C’est une disponibilité, un accueil inconditionnel, qui nous préparent à devenir véritablement pour le Christ des “humanités de surcroît”. “Ce n’est plus moi qui vis, affirmait saint Paul, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi” (Ga 2, 20).
En cette vie d’union au Christ, l’article insiste sur deux vertus qui ont caractérisé l’enseignement d’Eugène de Mazenod: l’obéissance et le zèle apostolique. “Ils se veulent obéissants au Père, même jusqu’à la mort, et se mettent au service du peuple de Dieu avec un amour désintéressé”. Comme Jésus, le disciple de Mgr de Mazenod sera un homme de la volonté de Dieu en toutes choses, même jusqu’au sacrifice de sa vie, et il sera un homme au zèle apostolique ardent et pleinement désintéressé. Son dévouement le sanctifiera, et sa sainteté, sa vertu nourrira son dévouement. |
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Article 3:La communauté apostolique |
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L’article 3 et les suivants présentent les traits les plus marquants de la vie oblate. Et d’abord, la communauté. Eugène de Mazenod jugeait la communauté essentielle pour deux raisons: et comme soutien et stimulant dans notre effort vers la sainteté, et comme moyen de stabilité et d’efficacité dans l’action missionnaire.
La communauté des Apôtres avec Jésus est le modèle de leur vie; il avait réuni les Douze autour de lui pour en faire ses compagnons et ses envoyés (cf. Mc 3, 14). L’appel et la présence du Seigneur au milieu des Oblats aujourd’hui les unissent dans la charité et l’obéissance pour leur faire revivre l’unité des Apôtres avec lui, ainsi que leur mission commune dans son Esprit.
Le modèle de notre communauté est la communauté apostolique primitive: les Douze vivant avec Jésus, dans son intimité, pour être formés par lui, avant d’être envoyés par lui comme ses témoins au milieu du monde. Il faut noter la place de Jésus Christ en cet article: c’est un commun “appel” du Seigneur et c’est sa “présence” au milieu de nous aujourd’hui qui constituent le lien de notre unité. Il n’y a pas de communion ecclésiale vraie; s’il n’y a pas d’abord une communion personnelle avec le Christ. C’est par Jésus-Christ que nous sommes frères les uns des autres. A noter aussi le mot “aujourd’hui”. La présence du Christ parmi nous est une réalité vivante, actuelle. Son Esprit nous habite, nous éclaire et nous transforme; il est la sève spirituelle qui nourrit notre amitié et nous donne de former un même corps.
L’article mentionne également les deux vertus majeures de la communauté apostolique: la charité fraternelle et l’obéissance. La communauté ne subsiste pas si ses membres ne s’appliquent de façon constante à la pratique de ces deux vertus.
Autre point à retenir: c’est dans l’Esprit, par l’action de l’Esprit, que cette unité s’approfondira. Comme l’écrivait le P. Durrwell, C.SS.R., c’est l’Esprit Saint qui nous unifie dans le Corps mystique et, de façon particulière, dans une association telle que la nôtre. Les biens de l’un sont les biens de l’autre, comme ses souffrances, ses peines, ses faiblesses le sont aussi. “La communion des saints est une union de personnes, liées les unes aux autres dans un mutuel don de soi. Ceux qui s’entr’aiment sont riches les uns des autres. Le saint appartient dans l’amour au petit pauvre chrétien; celui-ci est très grand par le saint qui l’aime...” (F.-X. Durrwell, L’Esprit Saint de Dieu, Cerf, 1983, p. 95). Et cet Esprit, qui intensifie l’union entre nous, ouvre davantage nos cœurs au monde, à ses besoins de compréhension et d’amour, de bonté et de salut.
Dans la vie oblate, cet esprit communautaire est très important. L’Associé fait communauté avec les Oblats, ceux du ciel et ceux de la terre, et il fait communauté avec son milieu, sa famille. Souvent ce sera la famille même qui fera communauté avec les Oblats. |
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Article 4: La croix du Christ. |
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Comme deuxième trait particulier, l’Associé s’efforcera de rayonner le mystère pascal: celui de la croix et de la résurrection.
La croix de Jésus est au coeur de notre mission. Comme l’Apôtre Paul, nous prêchons “Jésus Christ et Jésus Christ crucifié” (1 Co 2, 2). Si nous portons “en notre corps les souffrances de mort de Jésus”, c’est dans l’espérance “que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre corps” (2 Co 4, 10). A travers le regard du Sauveur crucifié nous voyons le monde racheté de son sang, dans le désir que les hommes en qui se poursuit sa passion connaissent eux aussi la puissance de sa résurrection (cf. Ph 3, 10).
Cet amour de la croix et du salut par la croix se trouve dans les Constitutions depuis les tout débuts (1826). Eugène de Mazenod, qui a donné aux Oblats, comme signe distinctif de leur costume, la croix de Jésus-Christ, y tenait beaucoup. La croix est le chemin choisi par Dieu pour sauver le monde.
La croix, la souffrance de l’Associé sera souvent différente de celle de l’Oblat: croix de la maladie, de la pauvreté matérielle, de l’insécurité, de l’isolement, du manque d’affection, des difficultés familiales, de la misère autour de soi... Chacun porte des croix dans sa vie, les siennes et celles des autres. Mais la croix de Jésus, celle que nous acceptons et qui est “au coeur de notre mission”, n’est pas seule, elle débouche toujours sur l’espérance de la joie pascale. Notre croix, comme celle du Christ, est semence de résurrection et de vie. Au contact de la croix, notre regard, notre amour vont changer. “A travers le regard du Sauveur crucifié nous voyons le monde racheté de son sang”. Notre regard sur le monde – et sur nous-mêmes – devient le regard de Jésus. Ce fut le regard d’Eugène de Mazenod après sa “conversion”: se voir lui-même et voir le monde à travers le sang du Christ. L’expression: “les âmes qui ont coûté le sang du Christ” revient constamment dans ses écrits. Cette vision, ce regard engendre normalement le désir du salut du monde et la volonté de coopérer avec le Christ à l’œuvre de la rédemption. Plus loin, à la règle 12, nous trouverons l’expression complémentaire: “aimer avec le coeur du Christ”. Votre esprit apostolique, comme Associé, consiste à contempler le monde avec le regard du Christ, à l’aimer avec le coeur du Christ, et à coopérer avec le Christ dans l’œuvre de la rédemption du monde.
Votre désir est que “les hommes en qui se poursuit la passion du Christ connaissent eux aussi la puissance de sa résurrection”. Ce qui nous rappelle le mot de Pascal: “Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde: il ne faut pas dormir pendant ce temps-là” (Pensées, n. 736, dans Oeuvres complètes, La Pléiade, 1962, p. 1313). |
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Article 5:Missionnaire auprès des pauvres. |
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Dans l’article cinquième, un double trait est exprimé: nous sommes missionnaires et notre préoccupation, notre travail se fait surtout en faveur des pauvres, des plus délaissés
La Congrégation est tout entière missionnaire. Son premier service dans l’Eglise est de faire connaître aux plus délaissés le Christ et son Royaume. Elle porte la Bonne Nouvelle aux peuples qui ne l’ont pas encore reçue et les aide à découvrir leurs propres valeurs à la lumière de l’Evangile. Là où l’Eglise est déjà implantée, les Oblats se vouent aux groupes qu’elle atteint le moins. Partout, en effet, notre mission est d’aller d’abord vers ceux dont la condition réclame à grand cris une espérance et un salut que seul le Christ peut apporter en plénitude. Ce sont les pauvres aux multiples visages: nous leur donnons la préférence.
On remarque combien en tous ces articles, depuis le début, la première phrase est importante; c’est elle qui donne le ton de l’article et qui le résume. “La croix de Jésus est au coeur de notre mission” (C.4); “La communauté des Apôtres avec Jésus est le modèle de leur vie” (C.3); “Mis à part pour annoncer l’Evangile de Dieu, les Oblats abandonnent tout à la suite de Jésus Christ” (C.2); “C’est l’appel de Jésus Christ, perçu en Eglise à travers les besoins de salut des hommes, qui réunit les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée” (C.1). Il en est de même ici: “La Congrégation est tout entière missionnaire”.
“Etre missionnaire”, cela veut dire être envoyé en mission d’évangélisation, qu’il s’agisse des missions étrangères ou des missions internes ou populaires, peu importe. Le missionnaire est l’homme des frontières, celui qui cherche à toujours aller de l’avant, à aller plus loin. Le zèle, l’audace, la mobilité, la disponibilité, voilà ce qui le caractérise! Et aussi l’obéissance: il reçoit mission d’un autre, mission de l’Esprit, mission de l’Eglise, il est “envoyé”.
Pour être associé à la Congrégation des Oblats, il faut avoir le coeur missionnaire, n’être pas replié sur soi-même. Pour certains, cela s’accomplit discrètement dans la prière, dans les services domestiques, dans l’acceptation de la maladie, et ils le font avec l’âme du Christ et en l’offrant pour le bien et le salut de toute la terre. Pour d’autres, l’engagement sera plus extérieur, plus apparent: on se dévouera pour les pauvres, on soutiendra les missions, on travaillera pour elles, et même, en certains cas, on ira travailler en terre de mission, avec les Oblats. Mais partout, c’est un même esprit qui nous anime, celui de la Famille oblate.
Par cet esprit, tous et toutes sont missionnaires, et ils le sont à travers la Congrégation à laquelle ils sont rattachés. Le but final de cette mission est de “faire connaître aux plus délaissés le Christ et son Royaume”, de “porter la Bonne Nouvelle aux peuples qui ne l’ont pas encore reçue et de les aider à découvrir leurs propres valeurs à la lumière de l’Evangile”. Les premiers bénéficiaires de cette action seront les pauvres, les plus délaissés, les plus éloignés de l’Eglise ou de la foi chrétienne. “Partout, en effet, notre mission est d’aller d’abord vers ceux dont la condition réclame à grands cris une espérance et un salut que seul le Christ peut apporter en plénitude. Ce sont les pauvres aux multiples visages: nous leur donnerons la préférence.” |
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Article 6: Amour de l’Eglise. |
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Un autre trait de l’Associé est son amour de l’Eglise, sa vie en Eglise, sa collaboration avec l’Eglise. L’article 6 le dit clairement. Il s’applique aux Oblats et à tous leurs Associés.
Par amour de l’Eglise, les Oblats accomplissent leur mission en communion avec les pasteurs que le Seigneur a placés à la tête de son peuple; ils acceptent loyalement, avec une foi éclairée, l’enseignement et les orientations des successeurs de Pierre et des Apôtres.
Dans les Eglises locales où ils travaillent, ils coordonnent leur activité missionnaire avec la pastorale d’ensemble et collaborent en esprit de fraternité avec les autres ouvriers de l’Evangile.
Leur action doit aussi manifester un véritable esprit d’unité avec tous ceux qui se reconnaissent disciples du Christ pour que, selon sa prière, le monde croie que le Père l’a envoyé (cf. Jn 17, 21). Enfin, ils sont unis aux hommes qui, sans connaître le Christ comme Seigneur, s’attachent à promouvoir les valeurs du Royaume qui vient.
L’Associé, missionnaire des pauvres, ne peut l’être qu’en Eglise, c’est-à-dire en étant profondément lié à l’Eglise par sa foi, son espérance, sa charité et en s’intégrant le plus possible à elle dans sa prière et son action. L’article reflète bien l’amour de l’Associé pour l’Eglise, sa volonté de fidélité et, en même temps, son souci oecuménique, son désir de collaborer avec toute personne sincère, désireuse de promouvoir les valeurs du Royaume de Dieu.
La notion d’Eglise utilisée dans l’article signifie à la fois l’Eglise institutionnelle, organisée hiérarchiquement, et l’Eglise, peuple de Dieu, royaume de Dieu, qui tend à réunir dans son sein tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté. Eugène de Mazenod nous a demandé d’être les hommes de l’Eglise, les hommes du Pape, les hommes des évêques. Ces formules, il convient de les interpréter correctement. Quand, en 1975, le Pape Paul VI a défini le bienheureux Eugène de Mazenod “un inconditionnel de l’Eglise”, il voulait signifier quelque chose de très réel (cf.A.A.G., 1975, p. 284).
Pour Mgr de Mazenod, le Christ et l’Eglise, c’est tout un. L’Eglise, c’est “le bel héritage du Sauveur”, c’est “l’Epouse chérie du Fils de Dieu”, c’est celle qu’il a rachetée de son sang, c’est celle, “qui appelle à grands cris les ministres” à qui confier ses enfants... (cf. Préface des Constitutions). Eugène de Mazenod a souffert pour l’Eglise et le Pape; il a accepté de souffrir également par l’Eglise et par le Pape. En même temps, il s’est montré d’une fidélité indéfectible à l’Eglise et au Pape. En son attachement à l’Eglise, il y avait surtout une attitude de foi, et il nous a demandé la même attitude. Etre capable d’accueillir l’enseignement de l’Eglise avec une disposition d’ouverture, de confiance, de réceptivité, avec un attachement viril et une foi profonde, et s’il devait y avoir des critiques, qu’elles soient vraiment positives, comme celles d’un enfant de la famille.
Comme attitude générale envers l’Eglise, l’amour est mis en évidence. L’Associé est une personne qui aime l’Eglise. Si cet amour n’existait pas, un amour simple et profond, il ne serait pas heureux. Il aime l’Eglise comme il aime Jésus Christ. En elle, il voit Jésus qui continue de donner sa vie pour le salut du monde. Il sait que l’Eglise est un mystère. Elle est constituée d’hommes et de femmes, de pécheurs et de saints; elle est habitée aussi, et animée, par l’Esprit du Christ qui constamment la purifie, la transforme et la dirige; elle avance souvent à tâtons, à la recherche des moyens les meilleurs, les mieux adaptés au temps qu’elle vit, pour dire au monde qui est Jésus Christ et rendre l’Evangile présent en son sein. Malgré ses faiblesses et ses limites, elle sait qu’elle a des promesses d’éternité et que l’Esprit la conduit: “La puissance de la mort n’aura pas de force contre elle” (Mt 16, 18). — “Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps” (Mt 28, 20). Par la grâce du Christ, elle est “le sacrement universel du salut” (Lumen Gentium, n. 48). Elle en a pleine conscience et avance, de siècle en siècle, avec confiance, sérénité et humilité.
La principale manifestation d’amour pour l’Eglise sera, pour l’Associé, sa communion avec elle et ses Pasteurs, aussi bien dans la pensée que dans l’action. A l’égard de l’Eglise locale, deux choses sont demandées à l’Associé: qu’il coordonne son activité avec la pastorale du diocèse et qu’il collabore, en esprit de fraternité, avec les autres ouvriers de l’Evangile. La volonté d’être fidèle au charisme oblat, loin de le séparer de l’Eglise locale, l’y intègre davantage. A 1’égard des autres croyants et des hommes qui s’attachent à promouvoir les valeurs du Royaume qui vient, comme la paix, l’amour, la joie, la liberté, l’Associé est invité à une attitude d’accueil et de solidarité dans le bien. Il ne s’agit plus de condamner l’autre, de se tenir loin de lui; il faut, au contraire, lui être uni et même le soutenir dans l’œuvre qu’il accomplit. Envers “tous ceux qui se reconnaissent disciples du Christ”, l’Associé répond simplement à la prière de Jésus: “Je ne prie pas seulement pour eux, je prie aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé” (Jn 17, 20-21).
A l’égard des “hommes qui, sans connaître le Christ comme Seigneur, s’attachent à promouvoir les valeurs du Royaume qui vient”, l’Associé veut imiter Dieu qui reconnaît le bien en tout homme de bonne volonté et lui accorde le don du salut, s’il le cherche d’un coeur sincère et s’efforce d’accomplir sa volonté en étant fidèle à sa conscience (cf. Lumen Gentium, n. 16).
Comme sacrement universel du salut, l’Eglise n’a pas de frontières, elle a pour mission “d’annoncer et d’instaurer en toutes les nations le Royaume du Christ et de Dieu” (Ibid., n. 5). |
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Article 7:Responsabilités complémentaires |
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Un autre trait de l’Associé est son amour de l’Eglise, sa vie en Eglise, sa collaboration avec l’Eglise. L’article 6 le dit clairement. Il s’applique aux Oblats et à tous leurs Associés.
Par amour de l’Eglise, les Oblats accomplissent leur mission en communion avec les pasteurs que le Seigneur a placés à la tête de son peuple; ils acceptent loyalement, avec une foi éclairée, l’enseignement et les orientations des successeurs de Pierre et des Apôtres.
Dans les Eglises locales où ils travaillent, ils coordonnent leur activité missionnaire avec la pastorale d’ensemble et collaborent en esprit de fraternité avec les autres ouvriers de l’Evangile.
Leur action doit aussi manifester un véritable esprit d’unité avec tous ceux qui se reconnaissent disciples du Christ pour que, selon sa prière, le monde croie que le Père l’a envoyé (cf. Jn 17, 21). Enfin, ils sont unis aux hommes qui, sans connaître le Christ comme Seigneur, s’attachent à promouvoir les valeurs du Royaume qui vient.
L’Associé, missionnaire des pauvres, ne peut l’être qu’en Eglise, c’est-à-dire en étant profondément lié à l’Eglise par sa foi, son espérance, sa charité et en s’intégrant le plus possible à elle dans sa prière et son action. L’article reflète bien l’amour de l’Associé pour l’Eglise, sa volonté de fidélité et, en même temps, son souci oecuménique, son désir de collaborer avec toute personne sincère, désireuse de promouvoir les valeurs du Royaume de Dieu.
La notion d’Eglise utilisée dans l’article signifie à la fois l’Eglise institutionnelle, organisée hiérarchiquement, et l’Eglise, peuple de Dieu, royaume de Dieu, qui tend à réunir dans son sein tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté. Eugène de Mazenod nous a demandé d’être les hommes de l’Eglise, les hommes du Pape, les hommes des évêques. Ces formules, il convient de les interpréter correctement. Quand, en 1975, le Pape Paul VI a défini le bienheureux Eugène de Mazenod “un inconditionnel de l’Eglise”, il voulait signifier quelque chose de très réel (cf.A.A.G., 1975, p. 284).
Pour Mgr de Mazenod, le Christ et l’Eglise, c’est tout un. L’Eglise, c’est “le bel héritage du Sauveur”, c’est “l’Epouse chérie du Fils de Dieu”, c’est celle qu’il a rachetée de son sang, c’est celle, “qui appelle à grands cris les ministres” à qui confier ses enfants... (cf. Préface des Constitutions). Eugène de Mazenod a souffert pour l’Eglise et le Pape; il a accepté de souffrir également par l’Eglise et par le Pape. En même temps, il s’est montré d’une fidélité indéfectible à l’Eglise et au Pape. En son attachement à l’Eglise, il y avait surtout une attitude de foi, et il nous a demandé la même attitude. Etre capable d’accueillir l’enseignement de l’Eglise avec une disposition d’ouverture, de confiance, de réceptivité, avec un attachement viril et une foi profonde, et s’il devait y avoir des critiques, qu’elles soient vraiment positives, comme celles d’un enfant de la famille.
Comme attitude générale envers l’Eglise, l’amour est mis en évidence. L’Associé est une personne qui aime l’Eglise. Si cet amour n’existait pas, un amour simple et profond, il ne serait pas heureux. Il aime l’Eglise comme il aime Jésus Christ. En elle, il voit Jésus qui continue de donner sa vie pour le salut du monde. Il sait que l’Eglise est un mystère. Elle est constituée d’hommes et de femmes, de pécheurs et de saints; elle est habitée aussi, et animée, par l’Esprit du Christ qui constamment la purifie, la transforme et la dirige; elle avance souvent à tâtons, à la recherche des moyens les meilleurs, les mieux adaptés au temps qu’elle vit, pour dire au monde qui est Jésus Christ et rendre l’Evangile présent en son sein. Malgré ses faiblesses et ses limites, elle sait qu’elle a des promesses d’éternité et que l’Esprit la conduit: “La puissance de la mort n’aura pas de force contre elle” (Mt 16, 18). — “Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps” (Mt 28, 20). Par la grâce du Christ, elle est “le sacrement universel du salut” (Lumen Gentium, n. 48). Elle en a pleine conscience et avance, de siècle en siècle, avec confiance, sérénité et humilité.
La principale manifestation d’amour pour l’Eglise sera, pour l’Associé, sa communion avec elle et ses Pasteurs, aussi bien dans la pensée que dans l’action. A l’égard de l’Eglise locale, deux choses sont demandées à l’Associé: qu’il coordonne son activité avec la pastorale du diocèse et qu’il collabore, en esprit de fraternité, avec les autres ouvriers de l’Evangile. La volonté d’être fidèle au charisme oblat, loin de le séparer de l’Eglise locale, l’y intègre davantage. A 1’égard des autres croyants et des hommes qui s’attachent à promouvoir les valeurs du Royaume qui vient, comme la paix, l’amour, la joie, la liberté, l’Associé est invité à une attitude d’accueil et de solidarité dans le bien. Il ne s’agit plus de condamner l’autre, de se tenir loin de lui; il faut, au contraire, lui être uni et même le soutenir dans l’œuvre qu’il accomplit. Envers “tous ceux qui se reconnaissent disciples du Christ”, l’Associé répond simplement à la prière de Jésus: “Je ne prie pas seulement pour eux, je prie aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé” (Jn 17, 20-21).
A l’égard des “hommes qui, sans connaître le Christ comme Seigneur, s’attachent à promouvoir les valeurs du Royaume qui vient”, l’Associé veut imiter Dieu qui reconnaît le bien en tout homme de bonne volonté et lui accorde le don du salut, s’il le cherche d’un coeur sincère et s’efforce d’accomplir sa volonté en étant fidèle à sa conscience (cf. Lumen Gentium, n. 16).
Comme sacrement universel du salut, l’Eglise n’a pas de frontières, elle a pour mission “d’annoncer et d’instaurer en toutes les nations le Royaume du Christ et de Dieu” (Ibid., n. 5). |
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Article 8: Proximité avec les gens. |
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A l’article 8, il s’agit d’un autre trait de l’Associé: sa proximité avec les gens.
Très proches des gens avec lesquels ils travaillent, les Oblats demeureront sans cesse attentifs à leurs aspirations et aux valeurs qu’ils portent en eux. Qu’ils ne craignent pas de présenter clairement les exigences de l’Evangile et qu’ils aient l’audace d’ouvrir des voies nouvelles afin que le message du salut atteigne tous les hommes. Humbles devant leurs insuffisances, mais confiants dans la puissance de Dieu, ils s’efforceront de conduire tous les hommes, spécialement les pauvres, à la pleine conscience de leur dignité d’être humains et de fils et filles de Dieu.
Cet article s’applique aux Oblats; il s’applique pleinement aussi à l’Associé. Avoir avec les gens une attitude de simplicité et d’amour, de proximité, d’attention et de respect. Et aussi une attitude de force et d’audace, de confiance et d’humilité. Un grand désir la pénètre: “conduire tous les hommes, spécialement les pauvres, à la pleine conscience de leur dignité d’êtres humains et de fils et filles de Dieu”. En un mot, il est demandé à l’Associé d’avoir un comportement semblable à celui de Jésus: voir les gens avec le regard du Christ et les aimer avec le coeur du Christ.
Etre “très proches des gens”, cela veut dire que nous essayons de réduire le plus possible les distances qui nous séparent d’eux. Ces distances sont d’ordre physique et matériel, comme habiter loin d’eux, ne pas parler leur langage, avoir un style de vie trop différent du leur, etc., mais surtout elles sont d’ordre psychologique, comme les préjugés de culture, de sexe ou de race, les susceptibilités, les attitudes de supériorité, de suffisance, d’égoïsme. L’Associé va vers les gens avec un coeur fraternel et ouvert. Il les aime et prend l’initiative d’aller vers eux. Il devine les richesses de leur coeur et se fait le plus possible l’un d’eux. Il est incapable de dire du mal d’eux.
Son modèle, c’est le Christ, Fils de Dieu, qui s’est incarné dans une chair humaine pour s’approcher de nous et qui a tout pris de notre nature, sauf le péché. C’est l’Apôtre Paul qui, “libre à l’égard de tous, s’est fait tout à tous” (1 Co 9, 19 et 22). Le bienheureux Joseph Gérard, O.M.I., missionnaire au Lesotho, était maître en cet amour et savait être proche des gens. Il pratiquait “l’apostolat de la conversation”. “Il y a une autre prédication, disait-il. C’est l’apostolat de la conversation. Cet apostolat de plain-pied, sermo pedestris, qui s’exerce dans la rue, les champs, le foyer de la famille, au chevet du malade. Que d’âmes ramenées surtout quand le coeur aide la parole. Le Curé d’Ars comprenait qu’il ne commencerait à faire du bien à ses paroissiens que lorsqu’il s’en serait fait aimer. Or il y a un secret pour se faire aimer, c’est d’aimer. De même pour les infidèles, les Basotho, Matebele, etc. En les voyant on peut s’attrister et se demander que faire pour les convertir. La réponse est à toutes les pages de l’Evangile, il faut les aimer, les aimer quand même, les aimer toujours. Le bon Dieu a voulu qu’on ne fasse le bien à l’homme qu’en l’aimant. Le monde appartient à qui l’aimera davantage et le lui prouvera” (J. Gérard, O.M.I., Lettres et Ecrits divers, Rome 1988, pp. 201-202).
Selon les milieux sociaux et le tempérament de chacun, les modes de la présence aux gens peuvent varier, mais toujours le sentiment de respect, d’amour et d’attention sera là. Cette présence ne sera pas pour l’Associé, qu’une présence humaine, ce sera la présence du Christ parmi eux. C’est ce que nous rappelle la deuxième phrase de l’article: “Qu’ils ne craignent pas de présenter clairement les exigences de l’Evangile et qu’ils aient l’audace d’ouvrir des voies nouvelles afin que le message du salut atteigne tous les hommes”. Une telle oeuvre est au-dessus de nos forces. C’est l’oeuvre de Dieu qui s’accomplit par notre travail et notre vie. En conséquence, l’Associé cultivera dans son coeur la confiance et l’humilité: une humilité vraie devant ses insuffisances et, en même temps, une confiance inébranlable en Dieu qui est tout-puissant et plus grand que nos misères. Toujours un désir habite l’Associé: “conduire tous les hommes, spécialement les pauvres, à la pleine conscience de leur dignité d’êtres humains et de fils et filles de Dieu”.
Deux règles – que je cite – complètent cet article: l’une, qui nous demande d’aider les gens à développer leurs propres dons et à prendre leurs responsabilités au sein de la communauté chrétienne, et l’autre, qui nous invite à nous laisser nous-mêmes enrichir, évangéliser par les gens avec qui nous travaillons.
R.6. [R.7f] Nous appuierons les laïques dans leurs efforts pour discerner et développer leurs propres talents et charisme. Nous les encouragerons à s’engager dans l’apostolat, à assumer des ministères et à prendre ainsi les responsabilités qui leur reviennent au sein de la communauté chrétienne.
Cette règle demeure générale, elle ne précise pas de domaine particulier, mais son message est clair. Elle vous demande, comme Associés, de vous engager dans cette orientation de l’Eglise d’aujourd’hui: donner aux autres, hommes et femmes, votre aide afin qu’ils puissent assumer, dans la société actuelle, toutes les responsabilités, aussi bien dans l’action caritative, l’apostolat et la liturgie, que dans le renouvellement chrétien de l’ordre temporel.
R 8. [R8a] En travaillant avec les pauvres et les marginaux, nous nous laisserons évangéliser par eux, car souvent ils nous font entendre de façon nouvelle l’Evangile que nous annonçons. Attentifs à la mentalité des gens, nous accepterons de nous laisser enrichir par leur culture et par leurs traditions religieuses.
Cette deuxième règle possède une saveur particulière. Elle rappelle que 1’Associé, comme 1’Oblat, va vers les gens pas seulement pour leur apporter quelque chose, mais pour devenir leur bénéficiaire et s’enrichir à leur contact. Ils ont leurs richesses et l’Associé a ses pauvretés. Les gens, même les plus pauvres, les plus éloignés de l’Eglise, peuvent lui apporter beaucoup, si son coeur est ouvert. Ils ont parfois une expérience humaine, des richesses culturelles et religieuses, une générosité, une soif de justice et de vérité, un sens du devoir, que l’Associé ne possède peut-être pas au même degré. Il arrivera même que certains d’entre eux, souvent des gens simples et de foi profonde, qui viendront à lui pour se faire aider ou demander conseil, lui permettant de connaître Dieu, d’admirer son action, d’une manière qui lui était jusqu’alors inconnue. Ces gens ont un contact avec Dieu, une expérience de Dieu et de sa présence en leur âme, que l’Associé n’a pas. En toute vérité, “ils nous font entendre de façon nouvelle l’Evangile que nous annonçons”. C’est une des grâces de la vie d’Associé. |
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Article 9: Membres de l’Eglise prophétique. |
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L’article 9 exprime un chemin nouveau d’évangélisation. Il répond de façon particulière à un besoin contemporain: l’engagement pour la justice et la paix, pour la sainteté de Dieu dans le monde. Les Associés sont membres de 1’Eglise prophétique.
Membres de l’Eglise prophétique, ils doivent être témoins de la justice et de la sainteté de Dieu, tout en reconnaissant leur propre besoin de conversion. Ils annoncent la présence libératrice du Christ et le monde nouveau, né de sa résurrection. Ils entendent et font entendre la clameur des sans-voix, appel au Dieu qui renverse les puissants de leurs trônes et qui élève les humbles (cf. Lc 1, 52). Ils accomplissent cette mission prophétique dans la communion ecclésiale, en conformité avec les dispositions de la hiérarchie et sous la dépendance des supérieurs.
Tout le monde reconnaît, pour une Congrégation missionnaire et pour ses Associés, la nécessité de s’ouvrir à cette dimension nouvelle et de s’engager, de façon claire, dans ce combat pour la justice et la défense des droits humains. Effectivement, le prophétisme demandé, même s’il porte sur la justice sociale, est beaucoup plus vaste que la seule défense des droits humains. Il exprime ce qui est au coeur de la vie chrétienne, son prophétisme fondamental: la contestation du monde, c’est-à-dire du monde très ambigu marqué par le péché, dans lequel nous vivons, et sa contestation par la justice et la sainteté de Dieu.
“Annoncer la présence libératrice du Christ”, c’est rappeler le rôle toujours actuel du Christ dans la libération de l’homme et l’établissement d’un monde meilleur, plus juste, plus accueillant pour le pauvre, le malade, le malheureux. “Le monde nouveau, né de la résurrection [du Christ],” a une double signification: il est d’abord le monde eschatologique qui viendra à la fin des temps, alors que le Royaume de Dieu sera pleinement réalisé; mais il est aussi un monde plus évangélique, déjà possible sur terre, grâce à l’action du Christ qui se continue dans le coeur des hommes et à travers le ministère de l’Eglise, et qui tend à établir plus de justice, de confiance et d’amour entre les hommes et parmi les peuples de la terre. Le P. James Cooke, ancien assistant général, rappelait souvent ce devoir par la réflexion suivante: “Attendre le ciel sur terre est une illusion, mais tolérer que l’enfer existe sur terre n’est pas chrétien. Nous sommes appelés à travailler avec les pauvres pour les aider à rendre le monde moins semblable à l’enfer et un peu plus semblable au ciel”.
En plus d’annoncer la présence libératrice du Christ, il nous est demandé, comme seconde attitude, de nous faire les porte-paroles du pauvre: “Ils entendent et font entendre la clameur des sans-voix, appel au Dieu qui renverse les puissants de leurs trônes et qui élève les humbles (cf. Lc 1, 52)”. Cela signifie d’abord que l’Associé est sensible, attentif aux cris des pauvres, de ceux qui n’ont pas droit de parole ou ne savent comment exprimer leurs souffrances et leurs besoins. Il prend le temps de les écouter, de voir tout ce qui se cache sous leurs cris et leurs plaintes. Cela signifie ensuite qu’il les aide à trouver les chemins nécessaires pour formuler leurs demandes et se faire entendre, quitte à devenir lui-même, quand la chose semble opportune, leur porte-parole, la voix des sans-voix. Cette clameur, ce cri du pauvre constitue en quelque sorte une prière, un “appel au Dieu qui renverse les puissants de leurs trônes et qui élève les humbles”.
Cette mission, l’Associé l’accomplit dans son milieu, selon sa grâce propre et l’appel reçu, et il le fait en union avec la Congrégation et dans la communion avec l’Eglise. Pour les Oblats, on mentionne quelques activités possibles, comme le partage de la vie des pauvres, l’engagement pour la justice, la présence là où se prennent des décisions qui affectent l’avenir du monde des pauvres. Mais surtout, à la fin de la règle 9, on rappelle que, quel que soit le travail de chacun, tous les Oblats – et aussi les Associés – doivent “collaborer, selon leur vocation, par tous les moyens conformes à l’Evangile, à la transformation de tout ce qui est cause d’oppression et de pauvreté, s’employant ainsi à l’avènement d’une société fondée sur la dignité de la personne créée à l’image de Dieu” (R. 9). |
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Article 10:En union avec Marie Immaculée. |
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Un dernier et très bel article clôt ce chapitre sur la mission de la Congrégation, celui sur Marie Immaculée. Son contenu s’applique pleinement à l’Associé, comme à l’Oblat lui-même.
Marie Immaculée est la patronne de la Congrégation. Docile à l’Esprit, elle s’est entièrement consacrée, comme humble servante, à la personne et à l’oeuvre du Sauveur. Dans la Vierge attentive à recevoir le Christ pour le donner au monde dont il est l’espérance, les Oblats reconnaissent le modèle de la foi de l’Eglise et de leur propre foi.
Ils la regarderont toujours comme leur Mère. C’est dans une grande intimité avec elle, Mère de miséricorde, qu’ils vivront leurs souffrances et leurs joies de missionnaires. Partout où les conduira leur ministère, ils chercheront à promouvoir une dévotion authentique envers la Vierge Immaculée, préfiguration de la victoire finale de Dieu sur tout mal.
C’est à Rome, semble-t-il, qu’Eugène de Mazenod décida de mettre sa famille religieuse sous le patronage de Marie Immaculée. Déjà, en un sens, Marie était la mère de l’Institut. C’était elle, en effet, qui avait confirmé le Père de Mazenod dans la fondation de son oeuvre. Le 15 août 1822, il avait érigé dans l’église de la Mission d’Aix une statue de la Vierge sous le vocable de l’immaculée Conception. Il confie au P. Tempier quels sentiments l’avaient animé, ce jour-là: “Je crois devoir [à Marie] un sentiment particulier que j’ai éprouvé aujourd’hui, je ne dis pas précisément plus que jamais, mais certainement plus qu’à 1’ordinaire. Je ne le définirai pas bien parce qu’il renferme plusieurs choses qui se rapportent pourtant toutes à un seul objet, notre chère Société. Il me semblait voir, toucher du doigt, qu’elle renfermait le germe de très grandes vertus, qu’elle pourrait opérer un bien infini; je la trouvais bonne, tout me plaisait en elle, je chérissais ses règles, ses statuts: son ministère me semblait sublime, comme il l’est en effet. Je trouvais dans son sein des moyens de salut assurés, infaillibles même, de la manière qu’ils se présentaient à moi” (Lettre, 15 août 1822; dans Lettres, t. 6, p. 99). Etre “patronne de la Congrégation”, cela signifie que Marie Immaculée est à la fois celle qui nous protège et nous garde, celle qui intercède pour nous de façon particulière auprès de son Fils, celle également qui nous sert de modèle et d’inspiration.
Elle est le modèle de notre don à Dieu. “Docile à l’Esprit, Marie s’est entièrement consacrée, comme humble servante, à la personne et à l’oeuvre du Sauveur”. Ici, c’est l’attitude générale de Marie qui est proposée à l’Associé. Elle fut docile à l’Esprit, elle a répondu un oui inconditionnel à l’invitation de Dieu: “Je suis la servante du Seigneur; qu’il m’advienne selon ta parole!” (Lc 1, 38). Depuis lors, elle fut entièrement consacrée à la personne et à l’oeuvre du Sauveur. Dans la confiance et l’amour, Marie adhère de tout son être au dessein de Dieu sur elle, à mesure que Dieu le lui fait connaître. Elle regarde les événements, les médite dans son coeur et s’engage dans l’accomplissement de la volonté de Dieu. C’est ce à quoi les Associés sont appelés: devenir des hommes et des femmes de la volonté de Dieu, être disponibles pour répondre à ses appels, et cela comme serviteurs et amis de Jésus.
Elle est le modèle de notre zèle: “Dans la Vierge attentive à recevoir le Christ pour le donner au monde dont il est l’espérance, les Oblats [et les Associés] reconnaissent le modèle de la foi de l’Eglise et de leur propre foi.” Lefiat de Marie fut unfiat d’accueil, qui lui a donné de recevoir, en elle, le Verbe de Dieu, qui s’unit à la nature humaine dans son sein: “Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme” (Credo). Le Fils de Dieu est Fils de Marie. L’union la plus étroite existe entre Jésus et Marie: union physique, celle de la mère et de son enfant, mais surtout union spirituelle. Marie toutefois a reçu Jésus pour le donner au monde. Elle fut choisie non pas pour jouir exclusivement de la présence du Christ, mais pour le livrer aux hommes et l’accompagner discrètement sur le chemin de sa vie publique, de sa passion et de sa Pâque le fiat de Marie fut unfiat missionnaire: en accueillant le Verbe de Dieu, Marie s’engageait avec lui dans sa mission de salut universel: “Dieu a envoyé son Fils dans le monde non pas pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui” (Jn 3, 17). C’est également l’orientation de vos vies. Comme Associés, vous êtes appelés à développer, “en union avec Marie Immaculée”, une profonde “intimité avec le Christ” (C. 36), à devenir “d’autres Jésus Christ”, non pas seulement pour jouir de sa présence, mais pour le révéler aux hommes et leur faire découvrir “qui est le Christ”.
Elle est le modèle de notre foi. Toutes ces réalités sont au coeur de la foi chrétienne. Marie est celle qui précède l’Eglise, et nous précède nous-mêmes, dans notre pèlerinage de foi. Elle est, en même temps, fille et mère de l’Eglise. Sa vie fut “cachée avec le Christ en Dieu” (Col 3, 3), comme le rappelait Jean-Paul II (22 mai 1988) et, par là, elle a participé plus que toute autre créature à l’oeuvre du salut du monde. Les Associés, par leur foi, leur espérance et leur amour, sont des fils et des filles de l’Eglise, ils sont appelés, comme Marie et avec elle, à coopérer au grand oeuvre de la rédemption du monde: “recevoir le Christ pour le donner au monde dont il est l’espérance”.
Le second paragraphe de l’article 10 indique les principaux devoirs et attitudes qu’entraîne, pour les Associés, le patronage de Marie Immaculée; 1. toujours regarder Marie comme leur mère. Cela veut dire une attitude de confiance, de simplicité, de respect et d’affection filiale; 2. vivre avec Marie leurs souffrances et leurs joies de missionnaires. Cette phrase va dans le même sens que la précédente, mais lui apporte un complément important: développer, dans l’âme de l’Associé, une véritable amitié, une sorte d’union spirituelle avec Marie, spécialement dans le dévouement au service des autres. Marie, Mère de miséricorde, peut être pour l’Associé, comme pour Jésus, une présence intime bienfaisante, qui le garde fidèle au Dieu très saint à travers ses souffrances et ses joies. 3. promouvoir une dévotion authentique envers la Vierge Immaculée. C’était là un ardent désir chez notre Fondateur: que ses disciples aient à coeur de faire connaître et aimer Marie, de propager son culte. On ne peut être Associé et ne jamais parler de la Sainte Vierge. Parler de Marie est plus difficile qu’autrefois: les mentalités sont différentes, le langage s’est modifié, la théologie elle-même a évolué. Notre langage doit être simple, dépouillé, exact. Parler de Marie toujours en référence au Christ et à l’Eglise; parler de Marie en s’appuyant sur les réalités les plus certaines de sa vie et de son mystère; avoir à coeur de confirmer ses sœurs et frères chrétiens dans leur confiance en Marie et de développer chez eux une dévotion vraie, profonde, éclairée.
Enfin, en ce langage sur Marie, il faudrait que les chrétiens perçoivent que les Associés sont conscients des besoins, des souffrances, des appels du monde d’aujourd’hui: un meilleur partage des richesses, la paix dans le monde, le respect de la vie familiale et des droits humains, la libération intégrale de l’homme, la dignité de la femme. En un mot, que Marie Immaculée soit pour les Associés et pour tous ceux à qui ils s’adressent une véritable source d’espérance: “la préfiguration de la victoire finale de Dieu sur tout mal!” |
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Conclusion: |
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Eugène de Mazenod est un “saint”. Il possède une influence, un charisme spirituel, qui dépasse de beaucoup les cadres de la vie religieuse oblate et du diocèse de Marseille. Il rappelle l’Evangile à toute la terre. Il le fait simplement, dans un contact spontané avec tous ceux et toutes celles qui s’intéressent à lui.
Beaucoup de laïques veulent vivre de son esprit, rayonner l’Evangile comme lui. Le premier pas est de connaître ce qu’Eugène de Mazenod a dit, quel esprit l’animait, comment il a prié, comment il a aimé la Vierge Marie et les pauvres, quel attachement il avait pour l’Eglise, pour Jésus Christ, pour la volonté du Père. A mesure qu’on le connaît, on s’efforce de vivre selon son esprit. C’est l’attitude première. Et ensuite, selon sa vocation propre de laïques, de religieux ou de prêtres, on rayonne sa foi et son amour. Ce peut être par l’oraison et la prière oblate, par l’attachement intérieur à l’Eglise et à son oeuvre de salut, spécialement auprès des pauvres. Ce peut être aussi par un engagement extérieur, plus immédiat, de coopération oblate en tel ou tel domaine apostolique. Mais le plus important, c’est que chacun vive pleinement sa vocation dans l’Eglise et qu’il le fasse avec l’esprit de la Congrégation.
Vous êtes de ces laïques chrétiens, fils et filles d’Eugène de Mazenod. Rappelez-vous le témoignage cité, au début de cette causerie. Je le redis à nouveau et je termine par là: “J’ai connu le bienheureux Eugène de Mazenod à travers ses écrits. J’ai connu sa spiritualité, sa charité, son amour de l’Eglise et des pauvres. J’en fus pleinement conquise, si bien qu’aujourd’hui, je puis vous l’avouer, je me sens fille spirituelle du bienheureux Eugène... Voilà ce que je voulais vous dire! Bien que laïque, je me sens, par l’esprit, partie de votre famille religieuse: je désire vivre comme vous, sentir comme vous, servir comme vous, aimer comme vous et, comme vous, faire toujours la volonté de Dieu” (11 juin 1980). |
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NOTES |
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(1) A sa mère, 25 décembre 1808, dans Ecrits Oblats, t. 14, pp. 97-98. (2) A sa mère, 28 février 1809, dans Ecrits Oblats, t. 14, p. 117. (3) A sa mère, 21 janvier 1809, dans Ecrits Oblats, t. 14, p. 109. (4) A sa sœur, 12 août 1811, dans Ecrits Oblats, t. 14, pp. 231-233. (5) A sa sœur, 9 février 1811 dans Ecrits Oblats, t. 14, pp. 206-207. (6) Cité dans H. Charbonneau, o ..m. i., Mon nom est Eugène de Mazenod, Montréal, 1975, p. 51. (7) Ibid., pp. 42-47. (8) Préface des Constitutions. (9) Mandement du 12 janvier 1856. (10) Mandement du 20 février 1859. (11) Mandement du 28 février 1848. |
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