Inculturation de l'Évangile et Vie Consacrée
Réflexions d'un participant sur le Congrès Mondial sur La Vie Consacrée
22-27 novembre 2004
P. Wilhelm Steckling, OMI
Supérieur général
Introduction
Le Congrès de la Vie Consacrée, qui s'est tenu à Rome au mois de novembre dernier, fut le premier du genre. J'ai été tout d'abord impressionné par le nombre des délégués, quelques 850 femmes et hommes consacrés, et aussitôt également par la riche variété des participants - très diversifiés suivant leurs différentes responsabilités (supérieurs/es généraux/les, jeunes en formation, théologiens, etc.) et par leur origine. Malgré cette diversité nous avons réussi à nous sentir tous très unis dans notre méditation et notre réflexion sur les deux passions indiquées comme thème de cette grande rencontre: Passion pour le Christ, Passion pour l'humanité. Chacune des personnes présentes a su l'enrichir en y apportant une nuance particulière.
Comme participant du Congrès et en particulier du groupe sur la «culture», il m'a été demandé de présenter quelques réflexions sur le thème de l'inculturation. Les liturgies du Congrès rendaient palpable la richesse des cultures dont nous faisions partie; de plus, elles témoignaient de nos propres 'sous-cultures' de consacré(e)s, avec leurs diverses façons de prier et de célébrer. Ainsi, je n'ai pas été surpris que le groupe de travail sur l'inculturation attire une certaine attention; en concurrence avec les 14 autres groupes, il a réussi à regrouper 90 membres.
J'utiliserai une partie des matériaux auxquels j'ai pu avoir accès, pour avoir servi de secrétaire à ce groupe, et les conjuguerai avec mes propres expériences au gouvernement central d'une congrégation missionnaire et, antérieurement, comme missionnaire au Paraguay. Je ferai d'abord ressortir l'actualité du thème de l'inculturation pour ensuite proposer quelques réflexions de fond. À partir de là , je mettrai les cultures en relation avec notre mission de consacré(e)s et avec notre vie communautaire.
A. Actualité du thème de l'inculturation
La grande actualité des questions de culture et d'inculturation peut s'expliquer par de nombreuses raisons que le Congrès a bien exprimées.
1. Le pluralisme culturel du monde où nous vivons
Nous lisons dans l'
Instrumentum Laborisdu Congrès (n° 32): «Nous sommes dans un monde pluriel. Nous sommes plus sensibles qu'auparavant aux différences ethniques, culturelles, religieuses, à celles qui touchent aussi les générations et le sexe. L'acceptation de la pluralité rend difficile et complexe notre façon de penser et d'agir.» Un monde pluriel c'est aussi ce qu'exprimait le thème détaillé de notre groupe de travail: «Inculturation - incarnation de la vie consacrée dans un monde de culture plurielle».
Touchant ce pluralisme culturel, notre groupe s'est interrogé sur les points suivants:
D'où vient-il? Parmi les moteurs du pluralisme culturel il est possible d'identifier les moyens de communication qui surmontent l'isolement et les transports aériens, facilitent le tourisme et l'immigration. Tous deux conduisent à la mondialisation qui nous donne le sentiment d'être citoyens d'un même village planétaire et dont la riche pluralité des habitants nous surprend.
Comment se vit le pluralisme?Malheureusement ce monde globalisé voit aussi s'accuser les inégalités. Nous avons beau reconnaître tous et toutes que nous habitons le même et unique monde pluriel, les contradictions et les conflits n'en disparaissent pas pour autant. L'histoire continue à peser sur les cultures; le colonialisme, par exemple, exigerait pourtant un grand travail de réconciliation (et une rédemption par le haut). En attendant que cela se réalise, persisteront les fantasmes de visions figées et totalisantes de la culture. Du côté des cultures dominantes, il manque une conversion en profondeur pour surmonter les dualismes mal équilibrés qui affirment que l'Occident est supérieur à l'Orient, le Nord, supérieur au Sud, le masculin au féminin. Les cultures désavantagées sont également tentées d'en arriver à des affirmations exagérées sur la valeur de leur propre ethnie ou de leur propre race. De manière contradictoire, cela va de pair avec le fait que les peuples plus pauvres s'appuient parfois sans discernement et sans créativité sur les peuples plus riches.
2. Dans l'Église, en considérant particulièrement la liturgie
Nous savons que dans l'Église, l'histoire de l'inculturation est aussi ancienne que le Nouveau Testament. Dans le groupe, il y a eu en particulier, quelques observations sur la liturgie. Le Concile Vatican II a réformé la liturgie et y a réintroduit la langue autochtone. Mais, en dépit des changements radicaux du monde présent, on peut observer aujourd'hui que beaucoup de nos pasteurs hésitent devant les exigences de l'inculturation. D'après notre groupe, en certains lieux, les religieux/ses se lamentent de l'imposition de normes liturgiques et d'un langage symbolique qui n'a rien à voir avec la culture locale. Il a été également remarqué que nous, les catholiques, sommes parfois récalcitrants pour exprimer notre affectivité dans la liturgie. Aujourd'hui, beaucoup de gens sont séduits par des groupes fondamentalistes où les chants très enlevés, la prédication par des membres de l'assemblée et les rites de guérison font partie intégrante des célébrations.
3. Dans la vie consacrée
Le thème culturel est également d'une grande actualité pour la vie consacrée. Comme il a déjà été dit, nous nous trouvons dans un monde de culture plurielle; et aujourd'hui, le mot 'inculturation' est synonyme d'incarnation de la vie consacrée dans ce monde-là .
Il existe en ce domaine beaucoup de signes de vitalité, ainsi qu'une grande ouverture au dialogue avec des personnes de toutes cultures. Ceci a même conduit au martyre des consacré(e)s qui s'étaient insérés en milieux d'oppression et de violence, là où le désir de liberté inhérent à tout être humain rencontre beaucoup d'opposition. L'ouverture culturelle a entraîné de profonds changements démographiques dans les instituts de vie consacrée. Bien souvent, les vocations proviennent moins des pays d'origine des instituts que des cultures où ils se sont insérés. Bon nombre d'ordres et de congrégations sont déjà passés culturellement de l'unicentrisme au pluricentrisme.
Dans nos conversations au Congrès il a été également reconnu que la vie consacrée présente de sérieuses lacunes dans le domaine de l'inculturation. Lorsque notre style de vie se sécularise et devient consumériste, lorsque les médias ont sur nous une influence excessive, la tension Évangile-culture perd de sa force, et le sel commence à perdre sa saveur. Et il n'y a déjà plus d'inculturation du message de Jésus, nous sommes simplement aculturé(e)s par l'atmosphère ambiante. Le même manque d'inculturation se vérifie lorsque nous ne vivons pas la réalité locale et sommes trop dépendants des recours économiques extérieurs. Avec le confort on peut arriver à manquer de zèle pour se lancer dans de nouvelles aventures de dialogue interculturel.
Diverses observations ont été faites à propos du Congrès que nous étions en train de vivre, sous l'angle événement interculturel. Le message final déclare: «Le Congrès a donné une priorité à l'aspect expérientiel de la Vie Consacrée dans les divers contextes socio-culturels et ecclésiaux» (p. 1). Le partage et l'écoute de nos histoires venant de toutes les parties du monde s'est fait dans une grande ouverture. Pour moi le Congrès fut une occasion privilégiée pour prendre davantage conscience de la perspective féminine de la vie consacrée, composée de femmes à 70%.
Pour affirmer l'actualité du thème de l'inculturation, je conclurai par une phrase de l'
Instrumentum laboris, qui cite
Vita Consecrata : «Pour suivre dans un processus d'inculturation 'fait de discernement et d'audace, de dialogue et de provocation évangélique'(VC 80) est une question vitale pour la vie consacrée et une preuve de son authenticité face au futur.» (n° 95)
B. Quelques réflexions sur l'inculturation
La majorité de ces réflexions proviennent de notre groupe de travail; je vais tenter de les présenter sous forme organique.
1. La culture - Une réalité complexe
En analysant les situations culturelles nous devons éviter les simplifications. Dans notre thème, beaucoup de choses présentent au moins deux faces qu'il est nécessaire de reconnaître et de garder en tension.
a) Vu le danger de l'ethnocentrisme qui habite chaque être humain, il est nécessaire d'AFFIRMER LA DIGNITÉ DE TOUTES LES CULTURES.
Mais en même temps il faut ADMETTRE QUE TOUT CE QUE NOUS APPELONS CULTUREL N'EST PAS BON POUR AUTANT. Il existe dans chaque univers culturel, des(sous)cultures de vie et de mort. Par conséquent, nous devons éviter de justifier les faiblesses humaines et de nier la réalité de la lutte entre le bien et le mal, en faisant comme s'il s'agissait de simples questions culturelles.
b) L'inculturation exige de nouvelles expressions et un grand espace de liberté qui souvent n'existe pas et qu'il faut conquérir. D'autre part, nous avons aussi besoin d'un langage commun de convenance pour pouvoir communiquer entre les différentes cultures. Beaucoup utilisent une langue franche, même en sachant que c'est là un héritage colonial. Plus que cela, nous avons un besoin urgent d'apprendre le langage de la compréhension mutuelle, en découvrant davantage ce qui est commun et ce qui est différent.
c) Il est essentiel aujourd'hui de s'exposer à la réalité d'autres cultures; faire personnellement l'expérience d'un choc culturel fort peut se révéler salutaire. Cependant, pour pouvoir le faire, il faut d'abord être bien enraciné dans son propre univers. Dans la formation, une maturité humaine de base doit précéder une immersion dans un univers culturel différent.
d) Finalement, il semble utile de considérer que le dialogue interculturel et interreligieux se vit très différemment dans les divers milieux. Ce n'est pas la même chose si nous, les chrétiens sommes bien respectés ou si l'on nous méprise, si nous sommes majoritaires ou minoritaires, s'il existe une grande liberté religieuse ou une persécution à peine voilée.
2. Quelques règles pour parvenir à l'inculturation de la vie consacrée
a) Laissons-nous encourager par les exemples d'inculturation bien réussie!Les années que je vis ici, en Italie, me montrent à l'évidence que la foi, et aussi la vie consacrée, s'est bien inculturée dans ce pays. Il y a beaucoup d'autres exemples; il suffit de considérer les rites autres que le rite latin dans l'Église catholique. Dans chacun de ces cas, il y a eu un processus d'inculturation de plusieurs siècles, qui, en cours de route, a produit non seulement des monuments mais aussi de nombreux saints.
Ces exemples ne devraient-ils pas nous encourager à prendre davantage de risques? Qui oserait dire qu'il ne peut surgir aujourd'hui encore de nouvelles cultures chrétiennes, et de nouveaux rites liturgiques?
b) Acceptons d'être 'relativisés'!
Quel est donc le secret des inculturations bien réussies? En partie, il consiste certainement à prendre les cultures au sérieux, la sienne propre comme la culture étrangère. Mais il faut aussi savoir les relativiser, en commençant par la sienne propre.
* Ma propre culture n'est pas normative. Je n'ai jamais oublié ce qu'un sage m'a dit avant mon départ pour le Paraguay: Si là -bas quelque chose te paraît étrange, pense que le seul étranger, c'est toi! Il est nécessaire de relativiser ce qui est nôtre et d'arriver à une grande ouverture à l'égard de la culture à laquelle nous sommes envoyés; cela demande toute une mystique pour y parvenir.
* Mais il ne faut pas non plus absolutiser la culture vers laquelle nous allons. Aucune des deux ne peut être la norme ultime. Ceci nous conduit à reconnaître que l'unique règle, c'est l'Évangile et cela nous fait voir cet Évangile avec une fraîcheur insoupçonnée.
c) Suivons la dynamique de l'incarnation et de la Pâque!
Le jeu entre les diverses cultures nous porte à l'humilité. Nous nous trouvons relativisé(e)s en tout, l'humilité nous fait perdre pied et nous rapporte à l'unique absolu qu'est Dieu; bien plus, elle nous introduit dans son mystère. Une véritable inculturation nous fait participer au mystère de l'incarnation et au mystère pascal. Ces deux mystères ont en commun l'anéantissement du Verbe de Dieu. Appliqué à notre cas, cela signifie quitter notre «ciel», où nous nous sentons bien, accepter de devenir étrangers et nous faire le plus semblables possible à ceux qui sont de culture différente, jusqu'à ce que nous arrivions à nous faire accepter par eux. Seul l'anéantissement de notre ego culturel peut faire naître une culture nouvelle plus imprégnée d'Évangile.
d) Parlons un langage accessible à tous!
Même si cela n'a peut-être rien d'un langage de haute théologie tout se résout plus simplement si nous commençons à parler l'unique langue universelle, commune à toutes les cultures. Le langage de l'amour est compréhensible par tous. Dans les deux icônes du Congrès, les récits de la femme samaritaine et du bon samaritain, ce langage prend, en outre, la forme de l'hospitalité. Amour, hospitalité: l'inculturation se vit en cela de manière très simple; cependant, c'est de la profondeur de l'Amour de Dieu tel que nous l'expérimentons dans l'incarnation et dans le mystère pascal qu'elle jaillit.
3. Un apport de la vie consacrée à l'Église?
Monseigneur Franc Rodé, Préfet de la CIVCSVA, nous a parlé de notre mission en tant que consacré(e)s, de soutenir la fidélité de l'Église. Cela peut s'appliquer à diverses réalités, comme la vie de prière ou le témoignage ou la communion. «Aux personnes consacrées, il est demandé d'être vraiment expertes en communion», dit, par exemple, Vita Consecrata (n° 46).
J'ajoute ici une réflexion. En allant plus loin, ne peut-on pas appliquer aussi cette mission à l'inculturation de l'Évangile? Nous, instituts de vie consacrée, avons souvent une expérience privilégiée du fait culturel, soit par le travail missionnaire, soit par notre vie communautaire elle-même. De même, le monde masculin et le monde féminin possèdent leur inculturation propre dans la vie consacrée. On dit que la vie consacrée a ouvert dans l'Église un espace de grande égalité entre hommes et femmes.
Est-ce que de ces réalités, il ne découle pas pour nous une mission: celle de soutenir la fidélité de l'Église dans son effort constant d'inculturation de l'Évangile? De même qu'il nous est demandé d'être des experts en communion, l'Église attend peut-être notre apport dans le domaine de l'inculturation, dans la communion interculturelle. La richesse d'expérience interculturelle qui se vit dans la vie consacrée entraîne pour nous une plus grande responsabilité à l'égard de l'Église et du monde auquel nous sommes envoyés.
À partir de ce qui a jailli pendant le Congrès, voici maintenant quelques suggestions touchant l'expérience d'inculturation de la vie consacrée dans le cadre de la mission et de la communauté.
C. Mission de la Vie Consacrée en relation avec les cultures
Chaque vocation comporte une mission. Comme consacré(e)s, riches d'une forte expérience interculturelle, nous sommes spécialement sensibles au fait qu'il ne peut y avoir de véritable évangélisation si les valeurs du message chrétien ne se font pas culture. L'Évangile reste très abstrait quand il ne s'inculture pas, quand il ne s'incarne pas. Pour que cela advienne, il ne suffit pas de l'annoncer en paroles; il faut une évangélisation intégrale, complète qui inclue aussi des actions, des symboles et un témoignage de vie.
Ici, les vux prennent une signification missionnaire particulière. Pendant le Congrès, nous avons entendu que nos vux peuvent être considérés comme un modèle alternatif de vie où l'usage des biens, les relations humaines et l'exercice du pouvoir s'inspirent de la vie même de Jésus. Par les vux, nous proposons au monde une culture alternative, que nous vivons déjà . De ce point de vue, le dialogue avec les cultures fait partie du plus profond de la mission de la vie consacrée.
Il faut beaucoup de patience dans cette mission parce que les processus d'inculturation sont lents. Le groupe de travail en avait conscience lorsqu'il déclarait: «En cheminant avec les peuples et les cultures, seule une profonde expérience de Dieu nous donnera la patience d'attendre le temps de Dieu dans l'histoire. C'est seulement avec cette force que nous saurons aussi être présents sur ces frontières culturelles où la présence du Christ est plus nécessaire».
Aujourd'hui se présentent diverses expressions nouvelles de cette mission de la vie consacrée qu'est l'inculturation de l'Évangile. Une spiritualité de l'incarnation permet de vivre la transformation culturelle à partir du bas et de l'intérieur. Les communautés insérées en milieux populaires sont une de ces expressions. Différente des grandes aventures missionnaires, il y a aussi celle du dialogue interreligieux. Sans dialogue entre les cultures et les religions, il n'y aura dans le monde, ni paix, ni ouverture, ni possibilité d'annoncer l'Évangile, et il manquera la richesse de nouvelles expressions du mystère du Christ.
Pour toute mission, il est essentiel de franchir les frontières. Dans les récits des deux Samaritains, icônes du Congrès, nous voyons Jésus franchir les frontières - dans ce cas précis, la ligne qui séparait les juifs des samaritains. Le bon Samaritain, culturellement différent, est présenté aux juifs comme l'image d'un Dieu qui aime aussi l'étranger et qui manifeste son amour par un étranger. La scène de la Samaritaine possède en plus, le charme du dialogue entre un homme, Jésus, et une femme qui fait sienne la mission que Jésus. Les deux scènes 'samaritaines' présentent le témoignage du Seigneur qui, en franchissant des frontières, nous invite à suivre des chemins d'inculturation.
D. Culture et vie communautaire des consacré(e)s
C'est un fait que beaucoup de communautés religieuses sont aujourd'hui interculturelles. À cet égard, au Congrès, il a été fait cette remarque intéressante: «L'interculturalité favorise l'inculturation (et vice-versa).» Je l'interprète ainsi: «l'interculturalité dans l'expérience communautaire prépare l'inculturation dans le champ de la mission. En d'autres termes: il est préférable que le défi de l'incarnation du message du Christ en un certain lieu se vive d'abord dans la communauté elle-même. Cette expérience vécue dans notre propre chair nous rend à la fois plus sensibles et plus réalistes. Très souvent survient ici une critique culturelle qui est positive et évangélique: deux cultures se mesurent et se polissent l'une, l'autre.
Plusieurs personnes ont également fait remarquer que, dans la communauté, l'interculturalité ne se vit pas toujours aussi bien qu'elle devrait. Par exemple, la culture universalisante peut avoir une influence négative parce qu'elle se superpose aux valeurs locales; la culture dominante d'une congrégation peut produire le même phénomène. Parfois il faudrait des changements profonds, des changements de structure. Il faudrait établir de nouvelles priorités dans l'utilisation de notre temps, par exemple en accordant plus de place à la contemplation. Il a été également suggéré de moins insister sur la manière dont le monde occidental voit la vie en communauté.
Comme méthode concrète pour parvenir à l'inculturation de nos communautés, quelques participants d'Afrique et d'Asie ont senti la nécessité de demander directement aux cultures dans lesquelles nous sommes immergés, comment elles voient notre vie consacrée et chacun de nos vux.
Conclusion
En considérant le Congrès sous l'aspect culturel, il reste clair que le thème de la pluralité culturelle que nous vivons aujourd'hui, pratiquement dans toutes les parties du monde et dans nos propres maisons, nécessite cependant un sérieux approfondissement. Allons-nous avoir l'énergie de nous y consacrer dans la mesure nécessaire?
Quelqu'un a dit que la première chose à faire est de nous remettre entre les mains de Dieu qui a créé toutes les cultures, et les a voulues dans leur grande diversité. C'est de là que nous devons partir. Ensuite, il faut répéter en chaque culture le mystère de l'Incarnation: le Verbe de Dieu doit se revêtir à nouveau de chair et d'os. Pour que l'Évangile puisse arriver, il faut que celui qui l'annonce relativise tout le bagage culturel qu'il apporte avec lui. À travers le dialogue interculturel et interreligieux, le mystère pascal finira par devenir manifeste. Les cultures ne s'évangélisent qu'à force de douloureux sacrifices et parfois par le martyre.
L'un des plus beaux aspects de la vie consacrée, c'est que tout cet effort d'inculturation, nous ne le réalisons pas seulement par nos actions extérieures. Nous en faisons très souvent l'expérience dans nos propres maisons et communautés. C'est ainsi que nous annonçons l'Évangile à chaque culture et pas seulement en paroles. Ceci s'applique particulièrement aux vux lorsque nous les vivons comme l'annonce d'une culture alternative. Voilà notre manière de soutenir l'Église et d'annoncer le Royaume de Dieu.
Je suis très reconnaissant aux participant(e)s du Congrès d'avoir allumé en moi - et en beaucoup d'autres aussi, je pense - la passion pour le Christ et pour l'humanité; pour le Christ qui s'est fait homme afin de créer une culture nouvelle, d'amour pour celui qui est loin, et d'hospitalité pour l'étranger.
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