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num. 276 - Mars 2007

Mission en sécularité
Harley MAPES, OMI Lacombe


« J’étais un étranger et vous m’avez accueilli »

Bernard DULLIER, Provincial de France


Justice, Paix et Intégrité de la Création
Interview avec le Directeur de JPIC
Province des États-Unis


Les défis de la mission : l'au revoir au Zimbabwe
Zweli MLOTHSHWA, Province du Natal

Mission en sécularité

Harley MAPES, OMI Lacombe

En regardant par les fenêtres du presbytère, c’était une caricature du monde industriel de l’Angleterre qui apparaissait : un ciel triste et pluvieux qui laissait pleuvoir une pluie interminable sur les toits d’ardoise grise; la seule chose vivace qui apparaissait en vue était quelques arbustes… peut-être des arbres, à peine dignes de ce nom… qui cherchaient désespérément de la nourriture dans la cour empoisonnée, mêlée de cendres, d’une manufacture abandonnée. Des murs qui tombent en ruines, criblés de trous et écaillés ont un air las de résignation – victimes de l’amnésie délibérée de la société, ils demeurent comme un rappel embarrassant d’une gloire flétrie. Birmingham. Pourtant, «Je fais toutes choses nouvelles.» Ce n’est pas tout à fait la vision de St. Jean de la Jérusalem céleste, mais au loin, au-delà de cette scène de délabrement, une nouvelle région urbaine apparaît. Des millions sont investis pour reconvertir le vieux centre-ville – jadis connu pour sa laideur – en un endroit plein de vie qui attirera les jeunes, à l’ énergie toujours débordante. C’est un tourbillon de musiques fortes, de salutations hurlées, de mouvements agités et continuels, de nez percés et de tatouages, de chevelures sculptées et colorées qui proclament : «Remarquez-moi!»

La discordante juxtaposition du développement urbain et du délabrement est une métaphore pour décrire l’état de l’Église dans presque tout l’Occident. Au mieux, elle est anachronique – sans rapport avec la vie quotidienne. Une fois par année, par exemple à Noël, pour adoucir la conversation avec grand-mère, on y prête attention. De vieilles églises avec d’anciens rituels, fréquentées de plus en plus par les seules personnes âgées... quel terrible contraste avec les façades réfléchissantes, l’acier inoxydable, les lumières brillantes, le baladeur à disque dur (iPods), le langage SMS, le téléphone mobile (Blackberries), l’énorme contrebasse de la dernière chanson Rap et le battement hypnotique de «Acheter, acheter, acheter» de la société de consommation! L’astrologie, la musique songeuse du Nouvel Age, les anges et les disques compacts qui promeuvent la méditation bouddhique sont un effort pour assouvir l’inévitable désir de sublime. Comment présenter le message de l’Évangile à une culture sécularisée qui semble vaccinée contre lui? Y-a-t-il des points d’entrée où nous puissions pénétrer inaperçus dans la cité séculière et commencer à dialoguer avec ses habitants?

L’équipe oblate de la Mission en sécularitéa été formée justement avec cette intention – pour réfléchir, spéculer, explorer, rechercher et expérimenter comment l’ Évangile peut subir le choc de la modernité et se redire à la culture moderne occidentale. Pour répondre à la question soulevée au Chapitre général de 1998 au sujet de la sécularisation, cinq jeunes Oblats ont écrit une lettre dans laquelle ils se disaient intéressés à explorer comment la Congrégation pourrait répondre à ce défi. On a confié à Ron Rolheiser et à Eugene King la tâche de se débattre avec ce problème, et au cours d’un an, ils ont développé une vision qui avait assez de consistance pour donner un point de départ à ce projet. Le P. Ken Thorson (Lacombe), le frère Noel Garcia (Philippines), le P. John Staak (É.- U.) et le P. Leo Philomin (Anglo-Irlande) ont été chargés de former une équipe qui s’est enrichie, depuis, de trois laïcs. Frank Murray, un Oblat de la Province Anglo-Irlandaise vit également avec eux et participe à certains aspects de la mission. Pour déterminer le lieu de la mission, plusieurs endroits dans le monde ont été considérés; la barrière de la langue a aidé à rétrécir le choix à un pays de langue anglaise, et la réponse enthousiaste de la Province Anglo-Irlandaise a fait que l’Angleterre s’est imposée. On a tout d’abord pensé à Londres, mais après un processus de discernement, il fût décidé que Birmingham – avec ses contrastes complexes : jeunes/vieux, riches/pauvres, natifs/immigrants, Chrétiens/Musulmans, économie ancienne et nouvelle –serait idéal pour la nouvelle mission. Les paroisses de St. Anne et de St. Michael serviraient de port d’attache pour l’équipe.

La Mission en sécularitén’est pas quelque chose qui nous est familière comme Oblats; mille questions traversent notre esprit. Qu’est-ce que la sécularité? Pourquoi a-t-elle besoin d’une mission spéciale? Comment est-elle différente du ministère auprès des pauvres et des marginalisés? Comment est-ce différent de ce que je fais dans ma paroisse, mon école, ma mission…? L’équipe de Birmingham y travaille depuis quelques années, qu’a-t-elle appris? Ken Thorson, dans une série d’échanges, s’est efforcé de répondre à ces questions.

D’abord, il faut définir ce nouveau concept. L’équipe a mis la main sur un article publié par les Jésuites qui décrivait la sécularité comme : «…la diminution progressive de la religion, de son influence publique et son confinement à la sphère privée.» Bien qu’il y ait déjà plusieurs définitions de la sécularité, Ken a dit que l’équipe a peu à peu développé la sienne : «Examinant la question de la mission dans la culture contemporaine occidentale, nous essayons de garder une approche équilibrée –la sécularité ne nous apparaît pas alors comme une attaque contre l’Église. C’est un amalgame de choses qui ensemble décrivent ce qui survient dans la culture occidentale.

La réalité séculière comporte bien des aspects positifs : la créativité de la culture pop, le développement de l’autonomie personnelle, la conception que nous avons des droits liés à la personne humaine et l’obligation de les respecter.

Une bonne définition de la sécularisation doit inclure les aspects positifs et négatifs. L’Église et les Oblats sont appelés à se laisser évangéliser par la culture séculière – l’Esprit est aussi à l’œuvre dans le monde.»

C’est un grand chambardement que d’accepter que la culture moderne a quelque chose à enseigner à la chrétienté et qu’il faut cesser de penser sous l’angle de : «Nous contre eux.»

Alors, comment l’équipe évite-t-elle de se croire dans la «vérité», ce qui lui permettrait de prêcher au monde au lieu de dialoguer ? Ken décrit certains dispositifs qu’ils ont développés :

«Nous avons mis au point un nombre de structures et voilà comment elles fonctionnent; le Centre des chercheurs, par exemple. C’est un essai pour rejoindre des personnes qui ont très peu ou pas du tout de liens avec l’Église, mais qui estiment être en cheminement spirituel. Le centre leur offre un endroit, la paroisse St. Michel, où ils peuvent cheminer avec quelqu’un. Le Centre des chercheurs est formé par un groupe de bénévoles qui sont en lien avec l’Église. Le Centre lui-même est ouvert quotidiennement de 14 h à 17 h. Les bénévoles accueillent quiconque vient. Il y a de la documentation qui invite toutes les personnes intéressées par un cheminement spirituel.

Tous les deux mois environ, nous avons les Journées des chercheurs. Les personnes sont invitées à venir discuter et réfléchir avec d’autres qui sont en cheminement spirituel. Nous y allons et partageons nos démarches et écoutons les autres. Nous pouvons à l’occasion, attirer l’attention sur quelques aspects de la spiritualité chrétienne, de la prière, la méditation par exemple.

Nous offrons également des Weekends des chercheurs – des retraites – pour que les chercheurs puissent approfondir leur cheminement. Le contenu n’est pas forcément catholique mais suit ce que veulent les participants. L’accent porte sur nos histoires et les besoins des gens qui participent au weekend. Nous avons déjà eu quelques journées des chercheurs et un weekend; quelques personnes sont venues. C’est sans aucun doute un commencement modeste, mais pour ce qui est du grand nombre, nous n’y pensons pas.

Nous avons aussi le Centre d’écoute; il fonctionne trois jours par semaine pendant quatre heures. Nous formons des gens pour qu’ils écoutent ceux et celles qui viennent partager ce qui les préoccupe. La devise du programme est : ‘Parfois vous n’avez besoin que de quelqu’un à qui parler.’ Nous essayons d’être seulement une oreille attentive dans un centre urbain agité. De la documentation a été envoyée aux commerces locaux, et lentement nous développons des contacts avec les grands magasins. Nous insistons pour dire que nous ne sommes pas là pour présenter la perspective catholique, mais pour écouter, être sympathiques et compatissants. Ce n’est pas un service de counselling, ni un outil pour faire du prosélytisme. Il y a environ vingt-huit bénévoles qui participent dans les Centres des chercheurs et d’écoute.»

Une dimension essentielle du travail de l’équipe est la réflexion. Aux réunions mensuelles du « Conseil de la Mission », beaucoup de temps est consacré à échanger sur les expériences, les idées et les intuitions. Les participants peuvent apporter toute expérience qui a du sens pour la mission dans le monde sécularisé.

La composition de la communauté est à la fois un don et un défi. Quatre Oblats de différents pays – chacun avec sa culture et son bagage, sans se connaître avant que ne débute ce projet, travaillant ensemble à une mission commune – est certainement une réponse à l’invitation du Chapitre à l’internationalité! Quand j’ai demandé à Ken de parler de la vie communautaire, il mélangeait rires et réflexion sérieuse, alors qu’il décrivait les gratifications et les pièges de cette expérience.

«Nous commençons notre deuxième année ensemble. La première année a été bonne, bien que certains d’entre nous aient eu un peu de difficulté avec l’inculturation. Des questions importantes ont surgi à cette même époque l’an dernier, alors que nous nous demandions : ‘Comment continuer cette mission? Quelle structure devrions-nous avoir pour nos rencontres? Par notre ministère, répondons-nous au mandat qui nous a été confié?’

Certains d’entre nous sentaient qu’il y avait trop de temps consacré aux ministères traditionnels : les paroisses et les sacrements – nous tombions dans le piège de maintenir les activités traditionnelles de la paroisse et les structures au lieu de réfléchir et d’être créatifs. Beaucoup de difficultés étaient liées à la vie communautaire – nous avions à apprendre à vivre ensemble. Il a donc fallu revoir nos façons de faire et de réagir personnellement et en communauté. Nos rencontres ont évolué; c’est devenu plus informel, davantage un reflet de nos personnalités. Sur le plan communautaire, à mesure que le temps passe, nous nous améliorons; nous sommes plus vrais sur qui nous sommes vraiment – nous avons tous dépassé l’étape de la lune de miel.

Dans notre communauté, les diversités culturelles s’affirment peu à peu et nous enrichissent de bien des manières, que ce soit dans les discussions à table ou lors de nos réflexions communautaires. Nous ne pouvons pas nous empêcher de comparer notre situation actuelle avec ce que chacun a expérimenté: ‘voilà comment nous faisions …’ ou ‘voilà, ça vient de chez-moi.’ Il y a un danger à cela, mais ça fait partie du processus.

Parfois les choses s’entrecroisent sans heurts et parfois pas. Par exemple, dans l’approche nord-américaine les réunions se passent différemment que dans les autres cultures. Nous avons tendance à être très pragmatiques et nous proposons aisément des idées. Quelqu’un d’une culture orientale pourra s’abstenir tout un temps de faire des commentaires sur une nouvelle culture. Cet égard pour les personnes et la culture est un apport bien différent du mien.

Nous essayons d’être conscients de nos différences culturelles et d’apprendre à faire avec. Nous, les cinq sommes prêts à accepter les divergences de vues et à considérer le point de vue de l’autre culture. En même temps, nous encourageons tout le monde à s’exprimer de plus en plus et à ne pas toujours sacrifier son point de vue. Ce n’est pas ‘battre en retraite et oublier sa propre culture’.»

Grâce aux expériences et réflexions faites jusqu’à maintenant, Ken croit que l’équipe a appris un certain nombre de points saillants. Tout d’abord, les personnes ont soif de rituels, et même si tel rituel ne plait pas à tous, le désir est toujours là. En tant que membres de l’Église, nous avons une compétence dans ce domaine; alors, au lieu de faire du travail social et d’essayer de s’ inventer un nouveau rôle, il vaut mieux explorer des questions telles que : «Quels aspects de notre expérience parlent à la culture d’aujourd’hui? Y a-t-il des rituels qui répondent aux différents besoins rencontrés en dehors de l’Église?»

Notre Église est une spécialiste de la beauté – les personnes âgées seront peut-être touchées par la Pietà – mais si vous ne connaissez pas les histoires bibliques, le sens profond de la Pietà peut vous échapper. Alors, comment l’équipe de la Mission en sécularitépeut-elle rejoindre quelqu’un élevé dans la culture foncièrement postchrétienne de Birmingham en 2006? Ken répond : «Nous pouvons monter par exemple une présentation électronique avec de la musique et des photos de jeunes et de personnes âgées, dans l’arène. Cela leur rappellera des expériences passées et les mettra en lien avec une réalité plus grande qu’eux. Cela peut sembler banal, mais pour les parents et les jeunes, c’est significatif. Cela inspire. L’Église faisait ainsi avec les sacrements. Nous pouvons le faire, mais autrement.» [L’arène fait référence au centre-ville qui a été reconstruit; le grand espace public est orné d’une sculpture représentant un taureau. Le lieu était un marché de bovins et maintenant, il symbolise l’optimisme avec lequel la ville envisage l’avenir.]

Demeurer fidèles à la vision de la Mission dans un monde sécularisé n’a pas toujours été facile. Trois prêtres et un Frère dans un même ministère, cela peut sembler quelque peu flou; certains peuvent être tentés de regarder l’équipe comme un réservoir potentiel de travailleurs. Mais laissons la parole à Ken ...

«Parfois, nous avons été poussés à prendre une autre voie, mais nous avons tout simplement dit ‘non’. Nous l’avons dit à l’Évêque, aux aumôneries universitaires et au Vicaire épiscopal. Présentement, nous disons ‘non’… mais nous examinerons ce que nous pouvons faire à l’avenir.’ L’Université d’ Aston voulait nous confier la responsabilité des aumôneries et tout d’abord, nous avons pensé que c’était magnifique, mais après avoir réfléchi, nous n’avons pas accepté – mais présentement, nous y repensons. Nous commençons à explorer la possibilité d’avoir certains liens avec l’aumônerie universitaire, maintenant que nous sommes mieux fixés et que nous avons une meilleure idée de ce que nous voulons faire. Les réactions et les évaluations d’autres personnes telles que le Provincial de la Province Anglo-Irlandaise nous ont aidés à clarifier notre orientation principale. Parfois, nous prenons une direction et après avoir réfléchi, nous rebroussons chemin. Ce qui est important c’est de nous poser des questions, d’y réfléchir et d’être prêts à changer d’avis. Nous développons aussi une saine acceptation de nos échecs.»

L’équipe a été tiraillée si oui ou non travailler avec les pauvres. Même si l’équipe est la première à dire que le travail avec les pauvres est sans aucun doute un excellent ministère oblat, elle ne le fait pas car telle n’est pas la raison de sa fondation. «Nous ne travaillons pas directement avec les pauvres car ce n’est pas l’angle d’attaque de notre mission. Nous avons fait un choix, et travailler avec les pauvres, c’est déjà quelque chose que l’Église fait et elle le fait bien. Nous savons comment travailler avec les pauvres et les blessés de la vie, comment solliciter des services du gouvernement, etc. Ce que nous faisons est une réponse à ce que le fondateur appelait, ‘… les pauvres aux multiples visages.’ Nous essayons d’exercer un ministère auprès de ceux et celles qui n’ont pas eu la chance d’expérimenter la puissance transformatrice du Christ.»

Sachant que c’est l’intention de la Congrégation de former d’autres équipes missionnaires dans le but de dialoguer avec la sécularité, on a demandé à Ken de nous dire, à partir de sa propre expérience, quels conseils il donnerait aux Oblats qui ont l’intention de s’engager dans un tel projet. Il a répondu :

Ayez un groupe culturellement diversifié, même si cela veut dire plus de travail. L’internationalité et la diversité culturelle sont des choses que nous devons nous offrir les uns aux autres. Même si elles ne sont pas essentielles, je les recommande pour la richesse qu’elles apportent au groupe. Il valait mieux ne pas se connaître avant que le projet ne commence; ainsi il n’y avait pas de relations préexistantes. Nous sommes venus pour la mission et non pour travailler avec telle personne en particulier. Cela fut un atout, car tout le monde commençait sur un pied d’égalité. C’était la mission qui nous a rassemblés. Heureusement, nous nous entendons bien mais uniquement parce que nous y travaillons et nous le faisons non seulement pour être amis, mais pour le bien de la mission.

Mettre ensemble différentes personnes, avec des idées différentes, mais exprimant volontiers leur point de vue sur ce qu’une Mission en sécularité devrait être – une équipe qui a une vision. Ceux qui s’y engagent doivent s’y engager pour tout le projet.

Notre expérience à Aix a été très bonne – était-elle indispensable à la mission et à la communauté? non, mais ce fut un bon endroit pour établir des relations. C’était bon de prendre trois semaines – elles auraient même pu se prolonger ; nous nous sommes donnés un programmes de lectures avec des articles que Ron Rolheiser, OMI et Richard Shriver nous avaient aidé à choisir. Même six semaines n’auraient pas été de trop, à condition que quelqu’un guide les participants dans la démarche. Nous avons entrepris le processus de lecture et de réflexion à Birmingham, et cela nous a donné une idée de l’endroit. Ce que nous n’avons pas eu ce fut quelqu’un qui nous guide et fasse les mises au point,– nous avons simplement échangé sur ce que nous avions lu. Un professeur, mieux encore, un accompagnateur nous aurait bien rendu service, et l’idéal aurait été d’avoir quelqu’un connaissant les deux domaines, quelqu’un de compétent dans la culture et la religion. L’idéal aurait été d’avoir avec nous un professeur, capable de faire progresser une session, qui aurait vécu dans la région où la Mission en sécularité se proposait de commencer.

C’est important de développer de bonnes relations avec l’Église locale. Avoir quelqu’un dans les instances dirigeantes de l’Église locale et qui soutient ce que vous faites peut faire une grande différence.

Il est également important, si vous allez dans une paroisse ou une institution déjà existante, qu’elles sachent ce que vous allez y faire afin de couper court au départ avec les incompréhensions que ne manqueront pas de se manifester. Ces lieux d’Eglise devraient pouvoir accepter ou de refuser ce que vous proposez.

Quelqu’un qui écoute ce que font les Oblats à Birmingham pourrait être tenté de se demander si ce ministère présente un intérêt pour son propre ministère; il peut aussi se dire : «Qu’ont-ils de si spécial? Je fais déjà ces choses là où je suis.» Pour quelqu’un qui travaille en Occident, la sécularisation est un fait. Comme nous l’avons expérimenté, le temps où toute une ville se rend à la messe dominicale est révolu. C’est un tout nouveau jeu qui entre en concurrence avec l’Église. Il y a donc d’autres Oblats qui font des choses semblables. Ken est absolument d’accord. «Ce que nous faisons n’est pas unique. Les Oblats font plusieurs choses que nous faisons. Ce qui pourrait être différent est la réflexion que nous tentons de mener à propos de la sécularisation. Cela fait normalement partie de notre travail. L’internationalité de la mission et la réflexion que nous menons sur tout ce que nous faisons à travers le prisme de la sécularisation – toutes ses dimensions et ses tensions - sont ce qui rend notre ministère différent. Plusieurs Oblats font les mêmes choses que nous, mais peut-être pas avec la même internationalité ou le même degré de réflexion.»

Alors que j’étais debout dans le temple du commerce – l’arène – une collection étincelante de magasins, de miroirs, d’escalateurs, de couleurs et de lumières brillantes, avec une grande foule de moins de trente ans d’âge moyen, je ne pouvais m’empêcher de constater le décalage de la récente assemblée dominicale : des femmes pieuses, aux cheveux gris, le chapelet en main et sur leur visage se lisait l’effort pour gagner leur maigre existence. Elles me rappelaient les arbres fragiles dans la cour de l’usine derrière le presbytère. Nous savons comment répondre aux fidèles… mais comment aborder cette foule des moins de trente ans? Comme Saint Paul l’a fait, l’équipe de Mission en Sécularité se tient sur la place du marché. Peut-être bien que leurs tentatives seront repoussées avec mépris. Ce sont des explorateurs dans le ministère; le terrain sur lequel ils se sont aventurés nous est en grande partie inconnu. C’est une aventure difficile et redoutable, sans poteaux indicateurs qui montrent la bonne direction. Combien plus prudent cela aurait été de demeurer dans une belle paroisse sécurisante et exercer un ministère paroissial respectable! Nous savons que tous les explorateurs connaissent l’échec et sans aucun doute, ils l’expérimenteront. Nous espérons que les membres de l’équipe reviendront de cette expérience avec des connaissances et des intuitions utiles pour notre ministère et être ainsi une expérience enrichissante pour la Congrégation toute entière.


« J’étais un étranger et vous m’avez accueilli »

Bernard DULLIER, Provincial de France

« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa… » (Genèse 1,27)


Juin 2006 : je circule dans le métro avec M…, un oblat du Cameroun, venu en France pour l’ordination de François. Nous discutons et visiblement nous sommes ensemble. A la station de RER ‘les Halles’, deux policiers nous arrêtent et s’adressent à lui : « Tes papiers ! » Il sort son titre de séjour et moi je présente ma carte d’identité. Un des policiers : « Pas vous, monsieur. » Un contrôle de police dans le RER, tout à fait d’accord. Mais pourquoi lui et pas moi ? Pourquoi dire ‘tu’ au premier et ‘monsieur’ au second ?

Mais se poser cette question, c’est faire un procès d’intention ! Le ‘délit de sale gueule’, cela n’existe pas en France, pays des droits de l’homme. Il y a simplement des hommes qui sont un peu plus à l’image de Dieu que d’autres.

« J’ai gravé ton nom sur la paume de mes mains… » (Isaïe 49,16)


Mercredi 16 août : service des étrangers, préfecture de Lille. J…, qui a prononcé ses premiers vœux la veille doit renouveler son titre de séjour car il est vietnamien. Il a son dossier en règle, certificat de prise en charge, attestation de résidence, passeport et tout et tout. Départ de la communauté en pleine nuit pour arriver à 05 h devant une porte qui n’ouvrira qu’à 09 h 00 car seuls les premiers arrivés pourront gagner les bureaux du service des étrangers et avoir un précieux rendez-vous en vue de renouveler le titre de séjour. La porte s’ouvre et c’est la course, les insultes, la bagarre… Si on n’obtient pas ce précieux rendez-vous, c’est l’expulsion à la clef. Et les gardes en uniforme laissent faire, indifférents. J… me dit le soir : « J’ai honte : on nous oblige à nous comporter comme des bêtes ».

Mais le mépris pour les gens d’autres couleurs, cela n’existe pas en France ! Tous les hommes naissent égaux devant la loi. Il y a simplement des gens qui sont un peu plus égaux que d’autres.

« C’est Dieu qui fait droit à l’orphelin et à la veuve et il aime l’étranger auquel il donne pain et vêtement. Aimez l’étranger car au pays d’Egypte, vous étiez des étrangers. (Deutéronome 10,18-19)


Août 2006 : la Province de France a pris l’habitude de recevoir des scolastiques d’autres provinces pour des stages pastoraux d’une année. A…, E… et M… font leur demande de visa respectivement aux ambassades de France au Cameroun, au Congo et au Tchad. Quant à J… qui doit venir au service Jeunes de Lourdes, fait sa demande en Haïti. Les dossiers sont remplis scrupuleusement (je commence à avoir l’habitude) avec les lettres d’invitation des évêques, les attestations de prise en charge et d’assurance. Les 4 visas sont refusés. Sans un mot d’explication. Quand j’arrive enfin à contacter la personne responsable des visas au Ministère des Affaires Etrangères, la réponse est sans appel : « Nous n’avons pas à vous dire pourquoi ! La France n’a pas à se justifier. »

Mais chacun sait que la France est un état de droit. Il y a simplement des petites gens sans appuis, des ‘sans voix’ qui ne savent pas se défendre et ceux qui ont des appuis. La preuve : sur intervention du Nonce Apostolique, 3 des 4 visas ont été obtenus en 48 heures.

« Il y avait beaucoup de veuves en Israël… pourtant c’est à une veuve de Sarepta, au pays de Sidon que fut envoyé le prophète Elie ;.. » (Luc 4,25-27)


Août 2006 : session internationale de formateurs Oblats à Aix en Provence. Les camerounais et congolais se voient refuser leur visa de court séjour pour la France.

Septembre 2006 : expérience de Mazenod à Aix. Plusieurs Oblats ne peuvent pas venir car les demandes de visa de 3 mois ont été rejetées.

Septembre 2006 : S…, scolastique pakistanais de la Province de France, se voit refuser sa carte de résident. Motif : son appartenance à une Congrégation reconnue et la prise en charge de ladite Congrégation ne sont pas des garanties financières suffisantes aux yeux de la Préfecture du Bas Rhin.

Octobre 2006 : malgaches, congolaises et centrafricains ne peuvent participer à l’année de formation des Maîtres et maîtresses des novices à Chevilly-Larue, toujours faute de visa.

Mais chacun sait qu’il n’y a qu’ Israël et les Etats Unis pour élever des murs afin de se protéger des étrangers. Cela ne peut pas exister en France qui est une Terre d’Asile. Il y a simplement des étrangers utiles et d’autres inutiles. Cela s’appelle l’immigration sélective.

Voilà quelques faits que j’ai vécus depuis 3 mois. Et encore les étrangers dont je parle ont de la chance : ils parlent français, ils ont une Congrégation derrière eux. Mais qu’en est-il des autres, de tous les autres…

Notre dernier Chapitre Général insiste pour que nous prenions en compte le combat pour la Justice, la Paix et l’ Intégrité de la Création (JPIC).

- Il n’est pas bon de faire parler les morts. Mais je suis persuadé que notre père Saint Eugène ajouterait aujourd’hui un paragraphe au sermon de la Madeleine : « Toi l’étranger, toi qui as une autre couleur de peau, toi qui ne parles pas ma langue, toi, mon frère, mon cher frère, mon respectable frère, Dieu seul est digne de toi. »

- Il n’est pas bon de faire parler les morts. Mais je suis persuadé que notre père Saint Eugène, qui interpellait depuis la chaire de sa cathédrale le préfet et le commandant militaire de Marseille sur la répression violente des « émeutes de la faim », questionnerait les hommes politiques d’aujourd’hui et les candidats de demain : « Qu’as-tu fait de ton frère étranger ? »

Il n’est pas bon de faire parler les morts. Mais je suis persuadé que notre père Saint Eugène saurait secouer notre passivité, notre découragement et nous renverrait en pleine figure l’ Evangile de Jésus Christ :

« Seigneur, quand m’est-il arrivé de te voir étranger et de ne pas t’accueillir ?… En vérité je te le dis, dans la mesure où tu ne l’as pas fait à l’un de ces plus petits, à moi non plus tu ne l’as pas fait… » (Matthieu 25,43-46)



Justice, Paix et Intégrité de la Création

Interview avec le Directeur de JPIC
Province des États-Unis

Lors d’un passage récent à Dublin, le P. Seamus FINN, Directeur de Justice, Paix et Intégrité de la Création pour la Province U.S. et Directeur intérimaire pour la Congrégation, s’est entretenu avec la revue Oblate Missionary Record, une publication de l’AMMI de la Province Anglo-Irlandaise. Le P. Finn est basé à Washington et l’entretien portait sur son travail et sur les difficultés que rencontrent les missionnaires lorsqu’ils intègrent les perspectives de JPIC dans leur ministère. Son travail comporte un certain nombre de voyages, y compris trois fois par année à Rome pour rencontrer le Conseil Général et les autres religieux qui ont une antenne JPIC à Rome.

Originaire du County Cork en Irlande, la famille de Seamus a émigré aux Etat Unis quand il était adolescent. Des années plus tard, il a rejoint ce qui était alors la Province de l’Est des Etats-Unis .

Comment en général les Oblats s’engagent-ils dans les grands problèmes de JPIC?


Je vais devoir dire : différemment. Alors que beaucoup d’entre eux font quelque chose et sont engagés en ce domaine, la communication reste une barrière. C’est difficile que les gens aillent au-delà de leurs propres projets ou efforts. Pendant ces derniers 18 mois, nous nous sommes concentrés sur l’Afrique, un continent où le travail en réseau s’est révélé jusqu’à présent très difficile.

Comment le bureau JPIC et ton travail en particulier, contribuent à changer cela?


Pour une part, nous essayons de montrer à nos membres et aux gens avec lesquels ils travaillent que JPIC fait partie de la mission. Nous attirons leur attention sur les livres, articles et personnes qui peuvent les guider dans leur travail et nous organisons régulièrement des sessions de formation.

D’autre part la structure Oblate de JPIC s’engage dans l’action directe en fonction des besoins. Nous avons travaillé avec des groupes indigènes au Bangladesh, par exemple et nous essayons de relancer le processus de paix au Sri Lanka, à la suite de la rupture récente du cessez-le-feu.

Nous sommes aussi engagés globalement pour atténuer l’impact des compagnies minières sur les communautés locales. Les Oblats se trouvent sur des lieux de forte exploitation minière comme en Bolivie, Pérou, les Philippines, le Sud Afrique et le Congo. Le Congo par exemple, est riche en ressources naturelles et maintenant, les anciennes mines du pays sont réactivées en utilisant de nouvelles technologies. Les compagnies reviennent pour voir comment elles peuvent retirer plus de minerai, sans tenir compte des dommages sur l’environnement et la santé humaine.

Partant d’une perspective JPIC, dirais-tu que dans les conséquences de la globalisation le négatif l’emporte sur le positif ?


Thomas Friedman, l’un des architectes de la globalisation, tend à être plus optimiste et serein sur la question. Pour lui, la première phase qui va de Christophe Colomb débarquant dans le Nouveau Monde à 1800, concerne principalement des pays particuliers. C’était la période coloniale durant laquelle qui avait la maîtrise des mers dominait le monde. Les pays établissaient des colonies ailleurs.

Les compagnies multinationales ont déterminé la deuxième période de 1800 à 2000. Leur but est tout simplement de faire du profit et sous la pression des actionnaires elles cherchent la façon la plus économique d’amener un produit sur le marché et donc de maximiser les profits pour ses propriétaires.

La troisième période – à partir de 2000 – est, selon Friedman, définie tout particulièrement par le développement des nouvelles technologies de communication.

Du point de vue optimiste, cette période serait celle du primat de l’individu. Voyez simplement la multiplication des ordinateurs personnels ou des téléphones mobiles, la vidéo et Internet. Les moyens de communication sont maintenant à disposition des simples gens qui ont accès à l’information et choisissent eux-mêmes ce qu’ils veulent faire avec cette information.

Récemment, nous participions à une réunion, patronnée par les compagnies de technologie, au Département d’Etat des USA. La question était de voir comment les technologies peuvent aider à combattre la pandémie du HIV/ SIDA. Des exemples intéressants ont été amenés qui montraient comment les nouvelles technologies aident déjà. Par exemple des tests permettant de retracer les effets d’un traitement sur la santé d’une personne, faits dans un coin perdu de l’Afrique, peuvent être suivis quotidiennement via le téléphone mobile et le satellite. Au lieu d’établir des rapports en trois exemplaires que quelqu’un doit apporter à un Centre, le personnel médical peut tout simplement rentrer les données sur un téléphone mobile et envoyer tout cela aux meilleurs laboratoires. Ce n’est qu’un exemple de la façon dont la technologie aide à combattre la maladie.

Qu’en est-il de l’impact de la globalisation sur l’environnement?


A propos de l’impact de la globalisation sur les ressources limitées de la planète, il me semble que nous avons atteint un moment crucial. Les gens se battent de différentes manières pour réduire les émissions de gaz carbonique produites par les usines de l’économie globale.

Je pense que des choses positives se passent, mais pas encore assez, ni avec l’urgence suffisante. Sur le problème des changements climatiques, il y a de bonnes initiatives, en dépit de la position du Gouvernement des Etats-Unis. Le soutien donné aux énergies alternatives augmente, qu’elles soient solaires, éoliennes ou géothermiques, mais nous ne changeons pas facilement ni suffisamment vite nos habitudes de gaspillage.

Je pense que des choses positives se passent, mais pas encore assez, ni avec l’urgence suffisante. Il y a des compagnies américaines qui commencent à réfléchir sérieusement et à investir dans le recyclage et le ré-emploi, parce que les gouvernements nationaux et les communautés locales sont beaucoup plus conscients des effets dévastateurs des déchets.

Ce n’est pas rare de trouver des fabricants de tapis qui vendent aux clientx, non pas le tapis, mais l’usage du tapis pendant dix ans, voir plus. A l’échéance, ils reprendront le tapis, le recyleront et l’intègreront dans la fabrication d’un nouveau. Le marché pousse les fabricants d’autres matériaux de couverture des sols à imaginer des plans semblables.
Tout ce qui permet d’utiliser des matières premières qui pourront être recyclées et réutilisées encore et encore doit être considéré positivement. Les progrès faits dans le recyclage du papier et la reconstitution des forêts est un autre développement significatif.

Les constructeurs de machines à laver et même de voitures se préoccupent maintenant de ce qui arrive quand ces produits seront hors d’usage et des pénalités encourues pour s’en débarrasser. Recycler au maximum ces produit diminue les coûts et se révèle être dans leur intérêt.

Pouvoir répondre immédiatement et efficacement à toutes les demandes voilà ce qui pousse encore l’industrie ; ça ne changera pas d’un moment à l’autre ; mais plusieurs commencent à prendre en compte non seulement les produits mais leur usage et leur utilité réelle lorsqu’il s’agit d’articles qui servent dans la vie de tous les jours.

Qu’en est-il de la demande constante de combustible fossile, au service des transports dans l’économie globale?


Le combustible fossile, voilà le grand défi. Le gouvernement des USA est maintenant d’accord de subsidier l’usage de l’éthanol pour les voitures. Dans la recherche de nouvelles sources d’énergie, ils s’intéressent maintenant à des plantes, laissées à l’état sauvage autrefois. Nous nous sommes habitués au pétrole abondant et bon marché, donc la conversion à d’autres formes d’énergie prendra du temps.

Evidemment, il nous faut être prudents dans la recherche d’énergies alternatives ; il ne s’agit pas de négliger l’impact sur l’environnement dû à l’utilisation de terrains sensibles pour produire de la biomasse, autant que nos besoins d’énergie le demanderaient. On passerait alors d’une « drogue » à une autre. Je suis frappé que l’on se soucie tout de même de la façon d’utiliser les terrains, mais il est vrai que les conséquences néfastes de nouvelles pratiques peuvent prendre vingt ans avant de se faire sentir.

Comment l’affiliation récente des Oblats aux Nations Unies aide le travail de JPIC?


Il y a toujours eu une place aux Nations Unies pour les ONG (Organisations non- gouvernementales). En 2002, quand nous nous sommes affiliés au Département de l’Information Publique –un niveau de relation avec les N.U. – nous avons rejoint d’autres religieux beaucoup mieux insérés que nous. Jusqu’à présent cette affiliation a porté ses fruits.

Il s’agit d’une immense organisation, présente partout dans le monde, poursuivant toute sorte d’objectifs : de la sauvegarde des océans à la préservation des sites historiques de telle ethnie. Il nous faut savoir clairement ce que nous voulons. Nous travaillons très en lien avec les autres groupes religieux qui comprennent le système. Au début de chaque année, il prennent le temps d’identifier leurs priorités.

Le Sommet Mondial sur le Développement durable est un lieu stratégique pour discuter du maintien de la vie sur la planète. Basé sur les tendances de la population, les modèles de vie, et d’autres projections, le sommet a continué à soulever des questions éco-logiques.

Le Forum des Peuples Indigènes peine sur la rédaction d’une résolution concernant les droits indigènes. Il se retrouve chaque année deux semaines à New York et offre un forum où les peuples indigènes peuvent se rencontrer, partager les défis et chances et développer des stratégies pour régler les droits des terres, les droits culturels, la langue, les traditions, etc. et pour apprendre les uns des autres.
Comme presque un tiers des Provinces/Délégations oblates autour du monde travaillent avec des groupes indigènes, ce Forum nous a été très utile.

Finalement, le Sommet du Millenium a parlé des Objectifs du Millenium et à publié une série de mesures précises pour réduire la pauvreté, favoriser l’éducation, la santé, la qualité de l’eau, etc. Ils ont mis en place un financement qui dit que si vous allez réduire de moitié la pauvreté en 2015, ou faire en sorte que tout le monde sur la planète ait accès à l’école primaire, à telle date... alors les finances doivent vous être accordées.

Trop souvent les gouvernements promettent des ressources mais n’en donnent pas. Il faut donc que les ONG autour du monde, occupent une place, à partir de laquelle elles puissent contrôler ce qui se passe et souligner les échecs.

Nous travaillons à faire en sorte que des Oblats, intéressés à comprendre les Nations Unies, puissent y faire un temps de stage. C’est probablement le meilleur moyen de se rendre compte de quoi il s’agit, comment y avoir accès et comment cela peut aider la mission.

Nous espérons que beaucoup saisiront cette possibilité de participer à une de leurs conférences ou d’y séjourner pour quelques mois.

Le chantier JP1C n’est-il pas si vaste et complexe qu’il décourage les efforts personnels?


Tout le monde peut faire quelque chose. Je pense au discours de Nelson Mandela à propos de l’invitation de l’Evangile de ne pas cacher sa propre lampe sous le boisseau mais de prendre au sérieux ses propres dons et de les mettre en pratique. C’est important de reconnaître ses dons et de les ajuster au travail que l’on veut faire.

Chacun peut en effet faire attention à la dimension écologique. Comprendre l’impact de ma vie de tous les jours sur l’environnement. Ainsi, je peux être gaspilleur, ne pas faire attention à ce que j’envoie dans les égouts, ce que j’utilise dans mon cyclomoteur, voiture, tracteur ou autre. Il y a maintenant des technologies alternatives et plus de choix qu’autrefois. Il faut donc faire des choix éclairés.

Ceux qui ont le don de jardiner - qu’ils cultivent des fleurs ou des légumes - peuvent contribuer à la bio-diversité qui est vitale pour la santé de notre planète. Nous comprenons beaucoup mieux aujourd’hui comment tout se tient : la photosynthèse des arbres et des plantes, la vie des insectes et des animaux.

Les insectes devraient être contrôlés d’une manière qui tienne compte du fait que nous partageons notre séjour sur terre avec les plantes et les animaux. Il nous faut trouver comment éviter au maximum d’être nuisibles sur le long terme. Nous pouvons apprendre beaucoup du recyclage naturel que pratique la nature. Les déchets sont absorbés et recyclés, il nous faut observer ce processus et le copier. (Oblate Missionary Record, Spring, Summer, Autumn 2006)


Les défis de la mission : l'au revoir au Zimbabwe

Zweli MLOTHSHWA, Province du Natal

Le p. Zweli Mlotshwa quitte le Zimbabwe après trois ans. Il a fait le point sur son expérience au cours de la récollection mensuelle des Oblats du Zimbabwe.

En 2003, quand je fus affecté au Zimbabwe, le p. John PATTERSON m’avait dit qu’il ne pouvait me promettre rien de plus que beaucoup de sueur et de sang. Regardant cet homme âgé, j’avais un peu ri en me disant : « Je dois être fou. »

Une fois arrivé, ce qui m’a immédiatement sauté aux yeux, c’est la pauvreté qui s’expose partout. Ici, la pauvreté n’est pas timide du tout; elle ne cache pas son hideux visage ; dans les moindres recoins elle est là. Les paroles du p. John étaient donc vraies, doublement vraies : parce que les gens travaillent durement et leurs mains calleuses sentent la sueur ; de plus, en partageant leur vie, leur sueur se mélange à la vôtre et vous vous retrouvez à transpirer comme eux. Quant au sang, il ne vient pas des analyses de laboratoire que vous feriez, mais, rendant visite aux gens et entrant en contact avec eux, vous pouvez toucher leurs blessures et leurs plaies et être ainsi marqués de sang. Il y a aussi un troisième élément : les larmes des pauvres qui viennent pleurer chez le prêtre, déjà très tôt le matin. Ainsi, quand la journée se termine, vous êtes trempés dans le sang, les larmes et la sueur, dans la vie des pauvres.

Ici vous pouvez vraiment rencontrer la misère. Cela vous met en colère ; mais si vous rencontrez les pauvres, vous ne pouvez pas être en colère. Cette colère a plusieurs causes. Vu que vous êtes prêtre, homme et Sud-Africain, les gens pensent que vous êtes riche. Ils viennent vous demander toute sorte de faveurs : de l’argent pour voyager, de la nourriture, ou vous emprunter le vélo, … D’abord vous essayez d’être gentil et courtois, mais après trois ou cinq cas au cours de la matinée, l’irritation et la colère commencent à monter en vous. Ainsi, quand le suivant se présente, tout ce que je suis capable de dire c’est : « Qu’est-ce que tu veux ?! » Et timidement le vieil homme dira : « Père, j’ai besoin d’argent pour aller en ville, parce que ma fille, ou mon fils, ou ma grand’mère, ou… » Alors je n’écoute même plus toute l’histoire, car je l’ai déjà entendue ; je rentre vite à la maison pour lui donner $2 000 (ZWD) qui correspondent à 2 Rands et poliment je lui montre la sortie... et je regagne la maison en maugréant, car c’étaient les derniers 2 000. Maintenant il ne me reste plus qu’à attendre impatiemment le dimanche, non pas pour prêcher, mais pour obtenir 1 000 dollars de plus à distribuer.

Dans cette rencontre, la colère vient du fait que cet homme suppose que j’ai de l’argent et que je puis résoudre tous ses problèmes. Donc, il ne demandera pas seulement pour le transport, mais aussi pour les frais scolaires de ses enfants, pour les soins de sa femme et pour toute une longue litanie. Cela me met en colère, car je vois qu’il voudrait me mettre tous ses fardeaux sur les épaules et que, même si je voulais l’aider, je ne pourrais pas, car je n’ai pas non plus tant d’argent. Après avoir célébré trois messes le dimanche, je reçois seulement 6 000$, c’est à peine suffisant pour acheter trois tranches de pain, une pour moi, une pour le p. Charles et une pour le fr. Denardo.

Je suis fâché avec moi-même, car je sais que cet homme ne me demanderait rien et que s’il le pouvait, il ferait tout cela par lui-même. Maintenant il est obligé de supplier le rude jeune homme que je suis, alors je me mets en colère avec moi-même, car je ne l’ai pas traité avec la dignité qu’il méritait. Je suis fâché aussi parce que j’ai accepté de venir ici. Je suis fâché avec les Oblats parce qu’ ils m’ont envoyé ici, comme première affectation. Je suis fâché avec moi-même, car en tant que jeune, je voulais changer le monde, mais ici vous êtes submergés par la pauvreté et vous réalisez que le monde est complexe, et que les rêves meurent. Ainsi, à la fin de la journée, vous avez besoin d’une douche pour vous libérer de toute cette sueur.

Je suis en colère, car je réalise que ces gens sont pauvres parce qu’ils ont été traités d’une manière injuste par un gouvernement corrompu, guidé par un président encore plus corrompu. Je suis fâché avec les gens du système qui soutiennent un gouvernement d’oppression, source de souffrances toujours plus grandes. Je suis fâché avec les gens eux-mêmes, car ils semblent ne rien vouloir faire pour changer. Ainsi, quand vous rencontrez un homme qui a parcouru 40 Km pour aller à l’hôpital et qui a besoin d’être conduit en voiture, vous êtes tentés de lui dire : « Vas et demande à M. Mugabe de te conduire. »

Une des caractéristiques principales de la société en ce pays c’est la croyance en la sorcellerie et au pouvoir des maléfices. Si vous vivez ici, vous comprendrez pourquoi : il est facile de croire qu’être pauvre c’est être maudit.

La preuve est là, juste devant vous. Pourquoi les misères n’arrivent-elles qu’aux pauvres ? Ce sont les enfants des pauvres qui décevront leurs parents par leurs échecs scolaires ; ce sont les enfants des pauvres qui mourront jeunes à cause du SIDA ; ce sont les filles des pauvres qui jetteront leurs enfants dans les toilettes par peur de les élever dans une situation sans espoir ; ce sont les enfants des pauvres qui émigreront en Afrique du Sud et qui reviendront non pas avec une voiture mais dans un cercueil ; c’est le mari pauvre qui sera l’ivrogne et la risée du village ; c’est le mari pauvre qui infectera sa femme avec le SIDA ; ce sont les femmes pauvres qui deviendront vieilles avant le temps, car elles doivent travailler à longueur de journée et parfois de nuit dans les champs, et c’est dans les champs des pauvres que le troupeau du voisin ou les éléphants passeront pour les ravager.

Rencontrer les pauvres c’est rencontrer leur solitude. Passer d’une porte à l’autre et pleurer, en espérant contre toute espérance que quelqu’un vous écoute. Mais c’est comme un cauchemar ; le danger est toujours sur vous et vous ne pouvez rien faire. Vous essayez de courir et vos jambes sont paralysées ; vous essayez de crier mais votre voix ne peut pas sortir ; les gens passent à côté de vous et ils ne vous aperçoivent pas. Alors vous commencez à transpirer, et les larmes mouillent vos joues, et vous ne pouvez pas les essuyer car vos mains ne bougent pas. Dans ce cauchemar vous espérez que quelque chose se passe, que quelqu’un vous remarque. Le lendemain vous vous réveillez et vous êtes heureux car il ne s’agit que d’un rêve. Pour les pauvres ce n’est pas un mauvais rêve : ils n’ont pas besoin de se réveiller car ils le sont déjà. C’est la réalité la plus réelle. Job a fait la même expérience (Chap. 6).

Tout cela conduit à une autre expérience : la rencontre avec Dieu. Rencontrer les pauvres c’est rencontrer Dieu. Je suis en colère, car je sais que le Dieu que je sers ne veut pas que le peuple vive ainsi. Dieu n’est pas heureux quand il y a des enfants qui naissent sans aucune chance en ce monde, car leur sentier de misère est là, déjà tracé devant eux. Ils iront à l’école, mais n’arriveront pas au bout, parce que leurs parents mourront du SIDA, ou n’auront pas d’argent pour payer les frais scolaires. Parfois eux-mêmes renonceront parce que 15 km pour arriver à l’école c’est vraiment beaucoup, surtout quand l’estomac est vide. Ainsi, devant un nouveau né, on sait déjà qu’il ne sera pas possible de l’aider : vous voyez la misère et non pas la beauté, vous sentez les peines et les souffrances et non pas la bonne odeur d’un bébé ; et quand il pleure c’est comme s’il voyait déjà ce qui l’attend, comme s’il disait : Diable ! Pourquoi suis-je né ?! Et il crie comme Job : Périsse le jour où j’allais être enfanté… Ce jour-là, qu’il devienne ténèbres (Job 3,3-4).

Il n’y a pas de doute dans mon esprit que la pauvreté soit un péché. Mais ce n’est pas le péché des pauvres ; plutôt c’est le péché de ceux qui perpétuent ce mal. Pourquoi les pauvres doivent-ils souffrir ? Pourquoi le Dieu tout-puissant, omniscient et plein d’amour le permet-il ? Dieu, les a-t-il oubliés ? Ou bien, peut-être, les punit-il à cause de leurs péchés ?

En effet, en vivant avec eux, vous vous rendez compte qu’ils ne sont pas des anges. Il est ridicule ce cliché : Les pauvres sont si bons, si joyeux ! De l’ordure ! Les pauvres sont méchants ou bons comme nous tous. Alors pourquoi Dieu s’intéresse à eux ? Ou pourquoi il leur prête tellement d’attention au point de les punir. Par conséquent ils crient encore comme Job : « Laisse-moi, car mes jours s’exhalent. Qu’est-ce qu’un mortel pour en faire si grand cas, pour fixer sur lui ton attention au point de l’inspecter chaque matin, de le tester à tout instant? Quand cesseras-tu de m’épier? Me laisseras-tu avaler ma salive? Ai-je péché? (cf. Job 7)

De toute manière, rencontrer Dieu et les pauvres vous fait réaliser que Dieu n’est pas proche d’eux à cause de leur péché, mais parce que il les a choisis. Ainsi, malédiction sur ceux qui ne le voient pas et les traitent sans respect, car Dieu entend le cri du pauvre. Et voici le sort du méchant qui cause ces larmes : « Voici la part que Dieu réserve à l’homme méchant, l’héritage qu’un tyran recevra du Puissant : Si ses fils se multiplient, ce sera pour le glaive, et ses descendants manqueront de pain. Ses survivants seront enterrés par la malemort, sans que ses veuves puissent les pleurer. S’il amasse l’argent comme de la poussière, s’il entasse les vêtements comme de la glaise, qu’il entasse, c’est le juste qui s’en vêtira, quant à l’argent, c’est l’homme honnête qui le touchera…On applaudit à sa ruine ; de sa propre demeure on le siffle». (cf. Job 27, 14ss.)

Je quitte St. Luke comme un pauvre, car en vivant avec eux, moi aussi j’ai appris à vivre avec très peu. Oui, à leur yeux j’étais parmi les plus riches : j’avais deux voitures, je pouvais choisir de repousser mon petit déjeuner, j’avais une télé et une cuisinière et je pouvais boire l’eau du frigo.

Mais en regardant de plus près notre vie, on pourrait aussi se demander comment trois personnes, avec 16 postes de mission, dont le plus lointain à 95 km, ont pu vivre avec un budget de 1 000 Rand par mois seulement ? Et quand on regarde notre inexistant compte bancaire, on réalise que payer 20 litres d’essence vous donne mal à la tête, on comprend alors qu’être un des hommes les plus riches du village ce n’est pas du tout être riche !

Je quitte St. Luke comme un pauvre, car les pauvres m’ont marqué ; ma conscience a été touchée et touchée pour toute la vie. J’emporte avec moi les beaux visages souillés de ces enfants mal nourris, la douceur de cet homme qui a parcouru 40 km pour rejoindre un hôpital et s’entendre dire qu’il n’y a pas de médicaments, le sang de ce jeune, mourant du SIDA, les pleurs de cette mère avec le fardeau de son travail et les rêves brisés de ses enfants.

Je quitte comme un riche, parce qu’en vivant avec les pauvres j’ai été conduit à voir le visage de Dieu et cela m’a marqué pour la vie. Je suis reconnaissant, car Dieu m’a donné le privilège de vivre de l’autre côté, de marcher sur ce sentier et, en partie, de donner l’espérance à ceux qu’il aime : les pauvres. (NATAL NEWSLETTER, 0CT-DEC. 2006)


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