Le Frère Hervé GIVELET est au Tchad. Dans sa dernière
circulaire, il nous parle de son travail auprès des Sidéens.
J’ai
sérieusement diminué mes activités auprès de mes sidéens. Pour le moment, c’est
Marie qui me donne beaucoup de soucis, elle est malade et ne fait rien de la
journée. Avec l’infirmier, nous la soignons d’abord, mais en même temps,
j’essaie avec des personnes de notre groupe de la conseiller et de savoir
comment l’aider; elle ne parle pas le français. Mais chez tous, la même
réponse:«Nous sommes fatigués de Marie, nous la conseillons,
elle n’écoute pas, nous l’avons aidée pour monter un commerce, elle prend
l’argent pour boire. De plus elle refuse de prendre les médicaments. Nous ne
lui donnerons plus de médicaments, qu’elle aille les chercher à l’hôpital, si
elle veut; et si elle veut mourir qu’elle meure.» Ce dernier verdict, je
l’ai entendu aujourd’hui.
Marie, tout
le monde admet que je l’ai sauvée de la mort; même le docteur hochait la
tête quand elle était malade disant qu’il n’y avait guère d’espoir de la sauver
et maintenant on me dit: «Laissez la, si elle veut mourir, qu’elle
aille au destin qu’elle s’est choisi». Mais alors, pourquoi l’avoir
sauvée à tout prix il y a deux ans pour la voir mourir maintenant de son
choix?
Comme si le
Christ, après avoir sué le sang au Jardin des Oliviers, après avoir endossé
tous les péchés et les crimes de la terre, voyait encore des personnes refuser
d’entrer dans son Royaume, ce qui est presque impensable.
Durant ce
mois de mai, sept de nos malades sont mortes. On a trouvé sous le matelas de
l’une d’elles, intactes, toutes les boites de médicaments ARV qu’on lui avait
données et qu’on a pu ainsi récupérer!
Le Seigneur,
dans sa miséricorde, saura bien les accueillir. Ce sont de vrais pauvres, comme
Marc, qui a le Sida et que j’ai trouvé à la prison. Heureusement, il en est
sorti assez rapidement mais il s’est installé dans Pala, abandonnant son
village et son champ, pour être plus près de notre Centre. Si bien qu’il n’a
rien: ses enfants sont en haillons. Le Centre lui a donné quelques
vivres; je lui donne ses médicaments, du lait, du sucre; j’ai
acheté une natte, habillé ses enfants, réparé la porte, donné de l’argent pour
ses besoins immédiats, mais jusqu’à quand? Il faudra bien qu’il trouve du
travail et se prenne en charge. Il est trop faible pour cultiver. Affaire à
suivre. (Audacieux pour l’Evangile,
juillet 2011)