Pendant les Journées mondiales oblates de la jeunesse à Málaga, en Espagne, le père Louis Lougen, Supérieur général, a donné trois conférences. Ci-dessous des extraits de la troisième concernant les martyrs oblats qui seront bientôt béatifiés.
L’exemple des 22 Missionnaires Oblats de Marie Immaculée qui ont été martyrisés
en Espagne est un témoignage fort et brillant de confession de la foi en Jésus
Christ. Ces hommes ont été méprisés et brutalement exécutés pour la seule raison
qu’ils croyaient en Jésus Christ et qu’ils Lui avaient consacré leurs vies. … Héroïquement,
ils sont restés fidèles à Jésus et à la foi catholique, jusque dans leur mort brutale.
Qu’apprenons-nous de ces témoignages ? Je proposerais quatre qualités :
Le courage et la force dons de l’Esprit pour être fidèles
Ces jeunes gens ont su ce qui se passait à l’époque en Espagne. Ils étaient
menacés publiquement, on leur criait : «Tuez ces Frères !» Dans les rues,
les gens faisaient le geste de couper la gorge avec un couteau pour indiquer ce
qu’il faudrait faire aux religieux. De leur résidence, les Oblats pouvaient voir
la fumée des églises qui brûlaient, et des couvents détruits par ceux qui haïssaient
l’Eglise. Entre eux, les Oblats parlaient de la façon de s’échapper de leur résidence
si on y mettait le feu. Même dans ce climat d’hostilité, ils ont continué fidèlement
leurs prières, leurs études et leur travail, jusqu’au moment de leur emprisonnement.
En prison, ils ont été traités sans merci : maigres repas, humiliations,
coups, froid mordant, conditions hygiéniques déplorables, et poux. L’entassement
et le froid terrible les ont forcés parfois à dormir debout.
Ces hommes ont répondu par un courage et une force sans failles. Ils ont enduré
les conditions de la prison avec un esprit de prière. Ils sont restés unis de près,
se préoccupant et s’encourageant les un les autres, en maintenant un esprit de sérénité
et même de joie, dans la confiance à Dieu.
Les mots exacts de Clemente RODRIGUEZ TEJERINA, âgé de 18 ans, ont été rapportés
par sa sœur: « Nous sommes en danger
et nous craignons d’être séparés ; nous nous encourageons mutuellement. Mais même
si nous devons mourir, je suis prêt et je suis sûr que Dieu nous donnera la force
dont nous avons besoin pour être fidèles. »
Amour pour Jésus et pour l’Eglise catholique
Ces hommes ont souffert et ont été tués parce qu’ils étaient catholiques,
prêtres et Frères. Pour se sauver, il leur aurait suffi de renoncer à leur foi et
d’abjurer leurs croyances. Qu’est-ce que cela aurait changé? Qui s’en serait préoccupé
? Pourquoi alors tant souffrir? Pourquoi causer de la peine à leurs familles?
Dans les souffrances qui ont précédé leur mort devant le peloton d’exécution,
ils ont professé leur foi en Jésus Christ, leur amour pour l’Eglise catholique et
pour leur vocation missionnaire. L’un des martyrs, Publio RODRIGUEZ MOSLARES, 24
ans, a donné à sa maman un petit crucifix et lui a dit : « Embrasse-le souvent, et quoiqu’il arrive, rappelle-toi que tout ce que
nous souffrons pour le Christ, aussi grand que cela puisse être, ce sera toujours
petit en comparaison de la façon dont le Christ nous aime et souffre pour nous.
» (p.36). Quand ils ont été exécutés ils ont crié leur profession de foi: “Vive le Christ Roi!”
Gregorio ESCOBAR GARCIA, exécuté à 24 ans, écrivait : « J’ai toujours été profondément ému par les histoires de martyrs. Chaque
fois que j’en lisais, j’ai été pris par le secret désir d’avoir le même destin.
Ce serait le plus grand sacerdoce auquel un chrétien puisse aspirer : offrir à Dieu
son propre corps et son sang en sacrifice pour la foi. Quelle bénédiction ce serait
de mourir martyr.”
Aujourd’hui, nous sommes rarement menacés de mort pour croire en Jésus et
être catholiques, même si cela arrive encore en quelques parties du monde. Nous
pouvons exprimer notre amour pour Jésus et l’Eglise en vivant fidèlement l’Evangile
avec intégrité. Suivre Jésus n’est pas facile quand je suis vraiment engagé à faire
de la foi une relation vécue à Dieu qui façonne tout autrement que moi, comment
je me rapporte aux autres et ce que je crois est-ce juste ou faux?
La puissance spirituelle de l’amour, du pardon, de la prière et de la joie
Le P. Francisco Esteban LACAL, le Provincial, exécuté à 48 ans, a reçu un
manteau de sa famille pour se tenir chaud dans la froidure de la prison. Sans penser
à ses propres besoin ou confort, il le donna rapidement à un autre compagnon d’infortune
qui souffrait plus que lui du froid. P. Francisco a été entendu dire aux gardes
: « Nous savons que vous nous tuez parce que
nous sommes catholiques et religieux ; nous le sommes. Moi et mes compagnons nous
vous pardonnons de tout notre cœur. »
Publio Rodriguez Moslares, avec l’un des prêtres, distrayait les séminaristes
en prison avec des comédies en vers. Un témoin écrivit à propos de Publio : « Il a été capable d’endurer la prison à Madrid
avec intégrité et joie et quand il fut gratifié de liberté conditionnelle, ce fut
lui surtout qui garda ses compagnons qui souffraient le Calvaire, en relation avec
leurs Supérieurs, en allant d’un lieu à l’autre. » (p.36).
Bien qu’ils aient conscience d’une mort imminente, ces Oblats ont choisi
de vivre le commandement de l’Evangile d’aimer ses ennemis, de pardonner, de prier
pour ceux qui les persécutaient et de se réjouir de pouvoir souffrir pour le nom
de Jésus. Dans la société d’aujourd’hui, le plaisir, les aises et le confort sont
les buts ultimes de la vie. Nous voyons, dans la vie de ces Oblats, un message prophétique
qui nous réveille. Ils remettent en question notre façon de vivre et nous appellent
à être des témoins authentiques de notre foi chrétienne.
Le don de l’Oblation de nous-mêmes
Ces hommes étaient Missionnaires Oblats de Marie Immaculée. Le mot « oblat
» signifie une oblation, une offrande. Par notre façon de vivre, nous Oblats, nous
nous efforçons d’offrir nos vies à Dieu par Marie, la Mère de Jésus. Nous faisons
don de nous-mêmes pour servir le peuple de Dieu, surtout les pauvres. La passion
et la mort de ces 22 Oblats de Marie Immaculée a été le don total de leurs vies
pour Jésus-Christ, leur Seigneur ; ce fut le don de leurs vies pour le bien du peuple
d’Espagne ; ce fut le don de leurs vies pour le bien de la mission de l’Église et
des Oblats partout dans le monde. Beaucoup d’entre eux étaient remplis de zèle,
se préparant à partir dans les missions que la Province d’Espagne avait en Argentine
et en Uruguay. Ils n’ont pas atteint leurs destinations missionnaires, mais leur
exécution violente a été leur oblation complète, le don total de soi, offert à Dieu
pour le bien de la mission du Christ.
L’un des Oblats qui n’a pas été exécuté a donné ce témoignage: «Ce qui ressortait également était le désir
d’offrir nos vies pour l’Église, pour la paix en Espagne et pour ceux que nous pensions
qui nous exécuteraient. Le seul motif qui nous guidait était surnaturel puisque
humainement parlant nous avions tout perdu . »
Nous sommes tous invités à offrir nos vies à Dieu pour le service de l’Évangile,
mettre notre foi en pratique et témoigner. Grâce à notre Baptême et notre Confirmation
nous sommes envoyés comme disciples de Jésus pour être la lumière de l’amour de
Dieu dans le monde. Nous sommes appelés à faire don de nos vies, à être ‘oblats’
dans nos familles, à l’école, là où nous travaillons, quand nous faisons du sport
et dans toutes nos relations. Jésus nous montre cela tellement fortement quand il
a lavé les pieds de ses disciples comme geste de service et d’humilité. Voilà le
sens d’être ‘oblats’.
En faisant l’expérience de la communion des saints, en ce pays lavé par le
sang de ces 22 jeunes Oblats espagnols, que l’Esprit Saint fortifie nos cœurs afin
que, comme jeunes catholiques, nous témoignions notre foi en Jésus Christ avec un
esprit de prière, d’amour, de pardon et de joie, faisant de nos vies une oblation
à Dieu.