Il y a bientôt sept ans, le 28 juillet 2005,
j’arrivais à Sitangkai, Tawi-Tawi, pour la première fois. Personne savait que
j’arrivais, donc personne ne m’a reçu ni accueilli. De plus le curé précédent,
chargé de la Mission de Sitangkai, était parti pour prendre en charge sa
nouvelle responsabilité. Après tout, ce n’était pas une affaire…!
Les Oblats sont
habitués à ce genre de transition. Nous prenons en main toute espèce de mission
et de nomination, sans décorum ni formalités telles que, rituel d’installation,
programmes spéciaux etc. Nous téléphonons à l’évêque pour le saluer et nous
nous mettons au travail.
Les chrétiens, dans
la commune de Sitangkai, sont moins d’1%. Dans l’ensemble du Vicariat de Jolo,
les chrétiens sont environ 2% de la population.
Je savais, avant de
venir que la vie d’un missionnaire à Sitangkai, est réellement difficile. Il
n’y a pas de domestique, pas de cuisinière, ou de lingère. Comme il n’y a pas
d’électricité sur l’île, il n’y a ni télé, ni frigo ou micro-onde ou quelques
facilités ou luxe qu’un missionnaire isolé apprécie. Le plus dur c’est que,
pour boire, nous dépendons de l’eau de pluie.
En dépit des menaces
et de la possibilité d’être kidnappé ou tué, le prêtre fait toutes les tâches
ménagères, cuisine etc. Je me dis à moi-même: «telle est la vie
dans une mission oblate, j’ai meilleur temps de l’apprécier.» La vie est
ainsi à Sitangkai, la dernière île peuplée au Sud des Philippines.
Un matin, j’étais
entrain de prendre mon café, un vieil homme s’est présenté chez-moi, comme le
Ministre laïc de Santo Niño Chapel, à la station de Tongehat. L’homme
s’appelait Tinoy Segiunte. Ils sont arrivés à Tawi-Tawi par un parent,
cherchant les «verts pâturages». Il était d’Alicia, Zamboanga del
Sur. Il est cultivateur d’algues et, occasionnellement, pêcheur. Sa femme,
Dolores, est catéchiste, à la même chapelle. Ils ont deux magnifiques enfants
et ils ont habité à Tongehat, ces vingt dernières années. A mesure que j’ai appris
à connaître Tinoy, j’ai été fasciné par son engagement à travailler comme
Ministre laïc, à la Chapelle de Santo Niño.
Je suis questionné
par le genre de foi que vit cet homme simple. Il n’a pas terminé l’école
secondaire et a de la difficulté à écrire son nom. Et cependant, il est très à
l’aise pour parler de l’amour, cet amour qu’il vit dans son travail de Ministre
laïc et dans le zèle et le soin qu’il montre pour sa famille. Il connaît la
doctrine de notre foi par cœur, il a aussi un profond respect pour la foi de
son voisin musulman.
J’ai beau avoir
étudié, douze ans, la philosophie et la théologie, alors que Tinoy la vit, et
que moi je continue à étudier et à comprendre. Tinoy a un style de vie modeste,
sans rien compliquer; tout ce qu’il a c’est sa foi en Dieu. Les humains veulent tous être
heureux. Tinoy en a aussi la nostalgie. Mais j’en suis
certain, son accomplissement et son bonheur résident dans son service de Dieu, et
de son peuple, tout en montrant un vrai amour pour sa famille.
Une fois j’ai demandé
à Tinoy oû il avait appris toutes ces choses. Sa seule réponse a été:
«Père, si vous aimez Dieu, vous apprendrez facilement». Il n’a
jamais manqué un temps de formation, un séminaire, une récollection ou quelque
activité que ce soit dans la Mission. Il ne s’est jamais plaint quand il
fallait célébrer la Liturgie de la Parole. Il sait ce qu’est un vrai sacrifice,
à cause de son amour pour Dieu. Tinoy, en effet, est un témoin silencieux des
valeurs de l’Evangile qu’il pratique, et sa vie est un reflet de son amour
profond pour Dieu. Il me rappelle à mon sacerdoce et à mon ministère. Je suis
évangélisé par cet homme simple et fidèle. Il est vraiment un don de Dieu et
une grâce pour ma vocation. (Fr. Celoi Andamon in OMI Philippines, March 2012)