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Une belle surprise pour certains prisonniers
Thaïlande

Pendant quarante ans missionnaire en Thaïlande, le Frère Bernard Wirth nous parle de l'un de ses ministères chez les pauvres.

Je travaille toujours au Centre de Détention, et là j’ai connu l’an dernier quelques événements qui méritent d’être signalés. En général, je suis habitué à n’y trouver que problèmes et malheurs... mais, en 2011, surprise: diverses actions ont enfin abouti...

Le 1er juin, après mon retour de France, c’était d’abord la désolation. J’ai retrouvé les Rohingyas au complet... Ils n'en pouvaient plus. Depuis plus de deux ans, ils étaient enfermés pour la simple raison que personne ne voulait plus d'eux. Étrangers dans leur propre pays, la Birmanie, sans papiers, légalement ils n'existent pas et aucun autre pays n'en veut... En dehors de mes absences en France, je les ai rencontrés deux fois chaque semaine... J’ai partagé beaucoup de leurs inquiétudes, de leur malheur, j’ai connu des vendredis soirs difficiles, je me rendais compte de ma totale incapacité à répondre à leurs besoins… à maintenir leur courage pour continuer à vivre. «Pourquoi sommes nous enfermés ? Pourquoi n’avons-nous pas droit à une vie normale ? Ca va durer éternellement?» Leurs questions résonnent encore dans ma tête…

Aujourd'hui ce calvaire a pris fin… Finalement les autorités ont décidé de les laisser rentrer chez eux comme ils le souhaitaient, pour qu’ils retrouvent leurs familles, leurs villages… Ce n’est pas le paradis mais au moins ils sont avec les leurs pour porter les problèmes ensemble… Et d’ailleurs ça ne peut être pire que de rester enfermés entre 4 murs à 100 personnes dans une cellule prévue pour une vingtaine !!! Leur libération m’a énormément touché et soulagé. Pour une fois qu’une action a abouti, pour une fois que tout un groupe a obtenu gain de cause, je me dois d’en faire part à mes amis … Trop souvent, je pourrais dire presque toujours, je suis engagé dans des combats sans issue...

Tout avait commencé un vendredi matin, en mars 2009. 95 personnes entassées sur un camion avaient débarqué au Centre de Détention à Bangkok. La plupart portaient juste un Sarong et un maillot de corps; quatorze étaient handi­capés et ne pouvaient même pas se déplacer; ils étaient jeunes pour la plupart. Ils avaient passé six mois dans un camp dans le sud, dans des conditions atroces... En arrivant chez nous, ils ont eu des cartes rouges, c’est à dire interdiction de contacts ou de visites... Ils étaient considérés comme des terroristes!!! 51 venaient du Bangladesh et les autres du sud de la Birmanie. J’ai obtenu l’autorisation de les rencontrer...

Debout devant les barreaux de leur cellule, j’ai été longtemps leur seule visite. J’essayais quelques mots de thaï ou d’anglais avec eux… Au début je n’avais pas de succès, ils étaient méfiants… Je comprenais leur difficulté à faire confiance à un étranger, eux qui avaient déjà tellement enduré… Il m’a fallu quelques mois pour me faire accepter, puis je suis devenu le grand frère, l’oncle, le père. Autrement dit, ils m’ont intégré à leur famille. Je suis devenu leur confi­dent, l’intermédiaire avec la police aux moments de révolte, de grèves de la faim et autres... Quand j’arrivais, c’était la cohue, tous voulaient me saluer, me serrer la main. «Est-ce qu’il y a du nouveau pour nous?» Terrible question inlassablement répétée pendant deux ans... Et terrible épreuve pour moi qui voyais toutes les issues se boucher... Après huit mois, grâce à la pression internationale, premier miracle: ceux du Bangladesh ont pu repartir, mais pour les autres, il aura fallu attendre deux ans!!! (Audacieux pour l’Évangile, avril 2012)