Le P. Dennis
ALEXANDER a d’abord goûté le ministère des prisons alors qu’il était au Pérou.
À Puerto Rico, il a passé quatre ans comme chapelain de prison et il a œuvré
dans le système carcéral depuis son retour au Canada.
Il dit
que le travail d’un chapelain de prison consiste à établir une présence, une
présence de foi, vis-à-vis des prisonniers et du personnel. Chaque groupe a une
différente série de besoins. C’est à partir de leur présence que le chapelain
peut alors édifier des relations avec les prisonniers et le personnel.
Une
prison, c’est un édifice de ciment et d’acier, mais ce qui compte, c’est ce qui
arrive à l’intérieur des structures matérielles de la prison. Une cellule de
prison est une pièce en ciment, dans laquelle il n’y a aucune intimité: on peut
y sentir toutes les odeurs détestables des autres, y entendre tous les cris et
les insultes que l’on lance aux autres prisonniers. L’atmosphère ne fait pas la
promotion de la dignité de la vie humaine. Comment les prisonniers s’en
tirent-ils avec tous les autres dans le cadre de la prison ? Comment
peuvent-ils, comment vont-ils entrer en relation avec les autres à l’intérieur
d’un monde qui est fait pour les séparer et les isoler les uns des autres ?
Souvent,
le chapelain doit être l’un des premiers répondants quand il y a une crise à
l’intérieur de la prison. Le chapelain doit être un aidant quand il y a des
moments de trauma critique. Dennis dépeint le travail du chapelain comme «ce
qui sauvegarde les droits des prisonniers à l’intérieur du système» et «la voix
éthique en faveur des interactions à l’intérieur de la prison». Il y a des moments
où le chapelain doit défier certaines conduites et des événements négatifs.
Aujourd’hui,
l’on met une très forte emphase sur la justice réparatrice. Qu’avons-nous à
faire de manière à réintégrer ces prisonniers à l’intérieur de la partie saine
et contributive de la société dans son ensemble ? Comment pouvons-nous donner à
la prison l’idée qu’il peut y avoir un avenir nouveau ? Comment peuvent-ils
réinterpréter leur propre réalité et embrasser un style de vie sain et porteur
de vie ?
La
personne en face de vous est «une figure différente, une personne différente,
dotée de ses besoins et des ses expériences de vie uniques. Elle est différente
de tout ce que vous avez jamais connu». Dennis poursuivait en décrivant qu’il y
a des moments où un prisonnier dangereux lui avait été amené, lié aux mains et
aux pieds (c’est la procédure indiquée pour faire avancer un prisonnier
dangereux à l’intérieur de la prison). Alors, on lui enlève ses liens et «je
suis seul avec le prisonnier. C’est là que l’on se fie à Dieu et à la présence
de Dieu en vous. La conduite de cet homme peut chavirer et vous seriez alors en
danger». Il y eut une pause dans la phrase. «Vous passez alors beaucoup de
temps à prier».
Le
ministère du chapelain catholique/protestant n’est pas limité à sa seule
communauté de foi. Ils constituent les moyens de fournir des services
spirituels, du counseling et de l’appui aux prisonniers de toute autre
tradition de foi, et à ceux qui ne sont reliés à aucune tradition religieuse.
Il faut reconnaître qu’il y a des régimes à considérer et des outils religieux
dans la bibliothèque que d’autres groupes de foi peuvent consulter et utiliser.
«Ce ministère prend du temps et de la patience. Les prisonniers ne veulent pas
nécessairement votre matériel spirituel. Il y a bien souvent une très forte
résistance à se laisser engager dans la religion institutionnelle.»
Dennis
nous partageait la vision du tableau du Christ, derrière les barreaux, apposé
sur le mur de la chapelle. Il demandait à ses auditeurs, comme il le fait aux
prisonniers: «Le Christ est-il le visiteur ou le détenu ?» Ce tableau identifie
les prisonniers au Christ qui est avec eux au milieu de cette brutalité et du
langage blessant des prisonniers et des gardiens.
Comment peut-il persévérer dans une atmosphère
aussi rude et dangereuse ? «La prière est extrêmement importante. C’est
l’espérance que l’on rejoint par le biais de la prière.» (Par Nestor GREGOIRE,
traduit par Léonce PAQUET dans
www.omilacombe.ca)