Marseille a célébré samedi, le 21 mai, le
150e anniversaire de la mort de St Eugène de Mazenod, son évêque de
1837 à 1861 et le fondateur des Oblats de Marie Immaculée,
canonisé par le pape Jean-Paul II en 1995.
Au cours de cette journée, quelque 120
pèlerins sont partis sur les pas de saint Eugène à Saint-Ferréol, sur le
Vieux-Port, au Calvaire des Accoules, dans le quartier du Panier et à
Notre-Dame de la Garde. Une messe d’action de grâce a ensuite été célébrée à la
cathédrale par Mgr Georges Pontier, Archevêque de Marseille, entouré des
cardinaux Etchegaray et Panafieu et du P. Louis LOUGEN, supérieur général des Missionnaires
Oblats.
Une procession et une prière au tombeau du
saint ont clôturé la fête, après le chant du Salve Regina et la remise
du santon de saint Eugène à Mgr Pontier.
Homélie de Mgr Georges Pontier
dans la Cathédrale de la
Major
Samedi 21 mai 2011, 150e anniversaire de la mort de St Eugène
de Mazenod
Lorsque le Vendredi saint de l’année 1807,
alors qu’il est âgé de 25 ans, Eugène de Mazenod se rend à l’office religieux,
il ne se doute pas qu’il va vivre le moment le plus décisif de sa vie. La croix
de Jésus est proposée à la vénération des fidèles. Il ne l’a jamais regardée
avec les yeux de son cœur. Il n’a jamais pensé ni réalisé que Celui qui y est
cloué l’attend, les bras ouverts. «Puis-je
oublier les larmes amères que la vue de la croix fit couler de mes yeux un
Vendredi saint? Ah! Qu’elles partaient du cœur. Rien ne put en arrêter le cours.»
Saisi par l’amour infini qui meurt pour lui et pour les hommes ses frères, il s’ouvre
à un lien personnel fort et unique avec le Christ: il comprend qu’il est aimé
de Dieu à un point inimaginable, et qu’il en est ainsi pour l’humanité, et que
sa vie ne peut donc s’accomplir qu’en répondant à cet amour! Il était entré
pour accomplir un précepte religieux, il ressort ami du Christ pour toujours!

Voilà le point de départ de son chemin de
sainteté, en tout cas le point de départ de sa conversion, de son changement de
vie, de sa marche vers le ministère de prêtre.
Ce soir, entendons Eugène de Mazenod nous
redire à la manière de Paul: «Quand
je suis venu chez vous, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu
avec le prestige du langage humain ou de la sagesse. Parmi vous, je n’ai rien
voulu connaître d’autre que Jésus-Christ, ce Messie crucifié. »
Sortons, nous aussi, de la routine spirituelle.
Contemplons le Christ en croix. Laissons-nous toucher par la profondeur de l’amour
de Dieu pour nous. Percevons que la superficialité de nos existences ou de
notre foi ne peut que nous conduire à l’amertume et à la déception.
Laissons-nous enseigner par le Christ, par la sagesse de la croix, par la
puissance de la vie donnée pour les autres, par l’amour infini de Dieu pour
chacun de nous et pour l’humanité.
C’est dans cette contemplation sans cesse
reprise qu’Eugène de Mazenod puisera son zèle apostolique, son souci de ceux
qui sont petits, rejetés. Nous le savons, il n’aura de cesse d’organiser des
missions paroissiales pour lesquelles il s’entourera de missionnaires qui
deviendront un jour les Oblats de Marie Immaculée. Son cœur de pasteur aura une
attention pour les plus défavorisés, domestiques, paysans, condamnés à mort,
victimes du choléra. Il leur prêchera en provençal pour qu’ils entendent dans
leur langue qu’ils sont aimés de Dieu, au point que le Fils bien-aimé a versé
son sang pour eux aussi, pour eux tout particulièrement. Son attention aux plus
petits choquera ceux de son milieu d’origine, comme elle choque toujours
aujourd’hui, surtout quand les engagements auprès d’eux croisent les soi-disant
équilibres sociaux. Son engagement n’était pas d’ordre politique. Il était d’ordre
spirituel, pour vivre à la manière de son bien-aimé Maître et Seigneur
Jésus-Christ, venu à la recherche des brebis souffrantes et perdues.
Sa devise d’évêque était «Pauperes evangelizantur », «La
Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ».
Nous aussi encore, puisons dans notre
contemplation de l’amour du Christ pour tout homme le zèle nécessaire pour
annoncer à chacun sa dignité de fils de Dieu, et tout particulièrement à ceux
dont les conditions de vie matérielles pourraient les en faire douter:
réfugiés, détenus, sans travail, sans revenus suffisants, malades et tant de
jeunes quasi abandonnés au piège de l’argent facile. Comment rejoindre chacun,
les regarder comme le Christ les voit? Comment reconnaître derrière leurs
visages les traits du Christ souffrant? Comment se compromettre pour eux et
avec eux?
C’est encore dans cette contemplation du cœur
du Christ transpercé sur la croix pour le salut du monde qu’Eugène de Mazenod
va entendre les appels à la mission au loin et qu’il va envoyer les premiers
Oblats de Marie Immaculée au Canada, puis au Sri Lanka, en Afrique du Sud, aux
Etats-Unis. Il était habité par le grand large.
Les réalités d’aujourd’hui sont autres. Les
migrations durables et la rupture des transmissions font des terres d’ici le
lieu de la première annonce et celui du dialogue interreligieux. Nous n’en
oublions pas pour autant le souci de l’échange entre Eglises. Quatre prêtres
diocésains sont aujourd’hui en mission ailleurs.
Durant le temps de son épiscopat, le diocèse a
doublé de population. Il a accompagné ces mutations par la création de
nouvelles paroisses, par le déploiement du souffle missionnaire auprès de son
clergé. Il a eu l’idée géniale de bâtir l’actuelle basilique de Notre-Dame de
la Garde et d’initier celle de notre cathédrale consacrée à Notre-Dame de l’Assomption.
Sa dévotion à la Vierge Marie
est profonde. La congrégation qu’il fonde est mise sous la protection de Marie
Immaculée. Marie, il l’a contemplée au pied de la croix, portant à son
achèvement le oui initial donné le jour de l’Annonciation. Il la voit consentir
aux épreuves de son Fils et joindre à son oui à la volonté du Père le sien
propre. Eugène de Mazenod vivra, uni au Christ et à la Vierge du Calvaire, les
épreuves qu’il subira durant sa vie et son ministère. Et elles n’ont pas manqué!
Que saint Eugène de Mazenod nous accompagne en
ce temps qui est le nôtre. Qu’il intercède pour nous. Qu’il garde nos cœurs
tournés vers le cœur du Christ faisant de sa vie un don pour nous arracher à
une vie insignifiante, désespérée ou inhumaine. Qu’à son école, nous soyons remplis
de zèle apostolique pour révéler à chacun sa dignité de fils aimé de Dieu. Que
nos communautés soient fraternelles, ouvertes, enracinées dans la Parole de Dieu et la
célébration des sacrements. Qu’elles débordent de charité et d’attention aux
pauvres et aux malheureux. Qu’elles aient le souci que la Bonne Nouvelle soit annoncée
aux pauvres.
Que la Vierge
Marie, Notre-Dame de la Garde, Marie auprès de son Fils jusqu’au
pied de la croix, soutienne notre espérance par sa présence fidèle, maternelle
et bienveillante. Que son Fils bien-aimé comble nos cœurs. Que nous gardions le
désir de vivre en Lui, pour Lui et comme Lui.
Amen.