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Dictionnaire des valeurs oblates... (55)



MARIE

MARIE DANS LA SPIRITUALITÉ DE LA CONGRÉGATION SELON LE FONDATEUR

Le nom d’une congrégation religieuse correspond au but et à la nature de sa spiritualité. Examinons d’abord les problèmes liés au nom de la Congrégation et ensuite l’aspect marial de la spiritualité qui distingue la vie communautaire et l’apostolat des Oblats.

1. LE NOM DE LA CONGREGATION

Le premier nom de la Congrégation a été celui de Missionnaires de Provence. Ce nom ne fut plus approprié lorsque les Missionnaires firent une fondation et exercèrent leur ministère hors de la Provence. On adopta alors le nom d’Oblats de saint Charles. Cela a pu être proposé par quelques membres de la Société puisque le père de Mazenod écrit à ce sujet: «Il faut que je vous avoue ici que j’étais tout étonné, lorsqu’on se décida à prendre le nom que j’ai cru devoir quitter, d’être si peu sensible, d’éprouver si peu de plaisir, je dirai presque une sorte de répugnance de porter le nom d’un saint qui est mon protecteur particulier, auquel j’ai tant de dévotion» [56]. Le premier document que nous connaissons, portant le nom de Missionnaires Oblats de saint Charles, est la lettre d’approbation des Règles, signée par Mgr Fortuné de Mazenod, le 8 mai 1825 [57].

Avant l’audience accordée par le Pape en 1825, le père de Mazenod décide de changer le nom de sa famille religieuse. Il fait alors un ajout à la supplique préparée le 8 décembre [58] et, le 20 décembre, il en parle au pape Léon XII. Le changement, introduit au dernier moment, pourrait indiquer une certaine hésitation de sa part ou l’instabilité de l’œuvre –facteurs qui rendent difficile sinon impossible l’approbation pontificale.

Quel fut le véritable motif de cette décision? Mgr Jacques Jeancard affirme que le Fondateur aurait appris à Rome qu’une association de prêtres diocésains, fondée à Milan en 1578 par saint Charles Borromée, portait déjà ce nom. Mais ceci ne correspond pas à la vérité puisque le père de Mazenod s’est inspiré des Règles des Oblats de saint Charles pour composer les Règles de son Institut [59]. On a aussi écrit que le désir de s’unir aux Oblats de la Vierge Marie de l’abbé Bruno Lanteri a pu jouer [60]. On doit surtout souligner le fait qu’il a préparé la supplique au Pape pendant la neuvaine et l’octave de l’Immaculée Conception, célébrées avec splendeur dans l’église des Douze-Apôtres près de la maison des Lazaristes où il habitait [61].

Ces motifs ne sont pas les seuls. Comme en fait la remarque le père Fernand Jetté, le nom d’une famille religieuse exprime habituellement sa nature, son essence, sa fonction [62]. Il semble bien que le choix du nom de «Missionnaires Oblats de la très sainte et immaculée Vierge Marie» soit, chez le père de Mazenod, la maturation d’une nouvelle et plus profonde vision de la mission de la Congrégation. Il découvre Marie comme le modèle le plus adéquat de la vie apostolique voulue pour sa Congrégation, comme la personne la plus engagée au service du Christ, des pauvres et de l’Église. Dans sa lettre au père Tempier, commencée le 22 décembre 1825, on est frappé par deux de ses réflexions: une certaine fascination pour le nouveau nom et aussi le regret de n’y avoir pas pensé plus tôt. Il semble prendre conscience que, même s’il avait toujours aimé Marie, il n’avait pas encore compris le rôle essentiel qu’elle joue dans le projet de la Rédemption. En cherchant le patron qui exprime le mieux le but de sa Congrégation, c’est-à-dire une personne marchant à la suite du Christ, engagée dans l’apostolat au service et à l’instruction des pauvres, il n’avait pas songé à Marie. À Rome, il comprend ce qu’est vraiment Marie. Le nom de la Congrégation naît donc d’une découverte selon laquelle ses membres, pour répondre réellement aux urgences de l’Église, doivent s’identifier avec Marie Immaculée, «s’offrir» comme elle au service du projet salvifique de Dieu.

2. LE CONTENU SPIRITUEL DU NOM DE LA CONGREGATION

Le père de Mazenod n’a pas choisi le nom de sa Congrégation pour une question de culte mais plutôt mu par le désir que l’identification des Oblats avec Marie soit le programme de leur vie. Il s’exprime par deux expressions équivalentes: «Ce sera aussi glorieux que consolant pour nous de lui être consacrés d’une manière spéciale» [63] et «consacrés à Dieu sous les auspices de Marie» [64]. Il s’agit ici beaucoup plus que de signes habituels et extérieurs de dévotion personnelle, ou de la propagation de quelque pratique de culte marial. À partir du jour de leur oblation, il ne suffit plus aux Oblats d’être de «simples serviteurs de Marie» [65], il faut qu’ils lui soient «consacrés d’une manière spéciale».

Comme l’observe le père Léo Deschâtelets «il s’agit d’une sorte d’identification à Marie Immaculée [...], d’une donation de nous-mêmes à Dieu par Elle et comme Elle, qui va jusqu’au fond de toute notre vie chrétienne, religieuse, missionnaire, sacerdotale [66], [...] d’une manière à nous de nous engager à fond, par la pensée, le cœur et l’action, dans le mystère de Marie, pour mieux vivre notre engagement total au service du Christ et des âmes. C’est à ce point de vue qu’elle est pour nous exemplar totius perfectionis [67], alors, «devenir Oblat de Marie Immaculée, c’est [...] en quelque sorte nous incorporer à Marie pour engendrer avec elle Jésus dans les âmes, enseignant par la parole et par l’exemple ce qu’est le Christ» [68]. On a donc là une identification mystique et réelle [69], par laquelle chaque Oblat devient Marie elle-même qui vit et sert dans l’aujourd’hui de l’Église.

3 CONSEQUENCES DU CHANGEMENT DE NOM

On peut dire que pour l’essentiel cela n’a rien changé puisque Marie jouait déjà dans la congrégation le rôle qui lui était dû. La première conséquence secondaire, dans l’ordre chronologique -même si elle est la moins mesurable, est la préoccupation d’aimer Marie encore davantage. Le 22 décembre 1825, le père de Mazenod invite ses fils à se renouveler «surtout dans la dévotion à la très sainte Vierge, pour [se] rendre dignes d’être les Oblats de Marie Immaculée». Dans sa lettre du 20 mars 1826, pour la première fois il écrit L.J.C. et M.I. au lieu de L.J.C., comme il faisait auparavant. Le 13 juillet suivant, en terminant le premier chapitre général après l’approbation pontificale, les Oblats signèrent les Règles, en mettant à côté de leur nom: «Oblat de Marie» [70].


[56] Lettre du père de Mazenod au père Tempier, le 22 décembre 1825, dans Écrits oblats I, t. 6, n° 213, p. 234
[57] Missions, (1952), p. 411, 413.
[58] Supplique au pape Léon XII, le 8 décembre 1825, dans Missions, (1952), n° 280, p. 57-62
[59] COSENTINO, Georges, Histoire de nos Règles, I, Ottawa, éditions des Études oblates, 1955, p. 165-166; lettre du père de Mazenod au père Tempier, le 9 octobre 1815, dans Écrits oblats I, t. 6, n° 4, p. 7
[60] THIEL, J., «Relations du Fondateur avec le père Lanteri», dans Études Oblates, 5 (1946), p. 136-138
[61] DROUART, Jean, «L’Immaculée Conception dans la vie du bx Eugène de Mazenod», dans Pôles et Tropiques, février 1981, p. 54
[62] JETTÉ, Fernand, «Essai sur le caractère marial de notre spiritualité, I: Chez le Fondateur», dans Études oblates, 7 (1948), p. 25
[63] Lettre du père de Mazenod au père Tempier, le 22 décembre 1825, dans Écrits oblats I, t. 6, n° 213, p. 234
[64] Lettre du père de Mazenod au père Tempier, le 20 mars 1825, dans Écrits oblats I, t. 7, n° 231, p. 65
[65] Lettre du père de Mazenod au père Honorat, le 18 août 1843, dans Écrits oblats I, t. 1, n° 24, p. 60
[66] DESCHÂTELETS, Léo, «Notre vocation et notre vie d’union intime avec Marie Immaculée», lettre circulaire n° 191, du 15 août, 1951, dans Circ. adm., V (1947-1952), , p. 51
[67] Ibidem, p. 67
[68] JETTÉ, Fernand, art. cit., p. 43
[69] GILBERT, Maurice, «Notre consécration à Marie Immaculée», dans Études oblates, 12 (1953), p. 193
[70] Registre des délibérations des Chapitres généraux... Ms. A.G. I, 1, p. 29. Voir aussi: lettre du père de Mazenod au père Guigues, le 5 décembre 1844: «Lorsque vous faites annoncer quelque chose qui vous concerne dans vos journaux, tenez à ce qu’on ajoute au mot Oblat, celui de Marie», dans Écrits oblats I, t. 1, n° 50, p. 117