LA CROIX, LES CONSTITUTIONS ET RÈGLES ET LA VIE OBLATE
Nous jetterons ici un bref regard sur les Constitutions et Règles, en prenant comme point de départ celles de 1982 et en nous référant aux éditions précédentes ainsi qu’à certains commentaires.
Dans la première partie, Le charisme oblat, au chapitre premier, La mission de la Congrégation, nous trouvons la première référence à la croix dans la constitution 4: «La croix de Jésus est au cœur de notre mission. Comme l’Apôtre Paul, nous prêchons «Jésus Christ et Jésus Christ crucifié» (1 Co 2, 2). Si nous portons «en notre corps les souffrances de mort de Jésus», c’est dans l’espérance «que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre corps» (2 Co 4, 10). À travers le regard du Sauveur crucifié nous voyons le monde racheté de son sang, dans le désir que les hommes en qui se poursuit sa passion connaissent eux aussi la puissance de sa résurrection (cf. Ph 3, 10)».
Sur la page opposée, on peut lire deux extraits des Constitutions et Règles de 1826: «Prêcher Jésus Christ crucifié» et «Avec Jésus en croix» [49]. Les Constitutions et Règles de 1853, 1928 et 1966 ont toutes ces deux articles [50]. Dans son apostolat, l’Oblat prend part à la passion et à la croix, qui font appel au renoncement mais aussi au courage. La constitution 57 de 1966 parle d’être «témoin de la Vérité» et «serviteur de la Parole», mettant au défi l’Oblat de pratiquer ce qu’il annonce et de ne pas se rechercher lui-même [51].
Nous reconnaissons là certains thèmes du Fondateur. Le sang de notre Sauveur crucifié rachète le monde, il nous convie à pratiquer la réparation, à être des témoins dans l’humilité et la vérité. Dans le contexte d’aujourd’hui, cependant, nous associons souvent la croix à la Pâque et à la joie de la résurrection. Nous sommes invités à regarder le monde avec les yeux du Sauveur crucifié pour purifier notre façon de considérer le monde et notre apostolat [52].
La seconde référence à la croix se trouve dans la constitution 24, qui porte sur le vœu d’obéissance et cite l’épître à Philémon 2, 8: «Obéissant jusqu’à la mort et à la mort sur une croix». Ce texte ne se retrouve que dans la Règle de 1966, lorsqu’elle parle de l’étendue de notre vœu d’obéissance [53].
Troisièmement, nous trouvons dans la section intitulée «Vivant dans la foi» la constitution 34 sur les épreuves et la pénitence. Les éditions de 1853 et de 1928 ont gardé textuellement la version de 1826, alors que l’édition de 1966 contient le texte de base de l’édition de 1982 [54]. Dans son commentaire de la Règle de 1982, le père Jetté a un passage assez long où il parle d’ascétisme missionnaire dans le contexte d’une oblation totale, de renoncement à soi et de discipline personnelle qui pousse à la générosité et à la conformation de sa volonté à celle de Dieu [55].
Quatrièmement, dans la section sur l’engagement religieux, la constitution 59, qui parle des premiers vœux, a une formulation qu’on ne retrouve dans aucune autre édition.
Cinquièmement, dans la même section, les constitutions 63 et 64 traitent de la croix oblate et de l’habit religieux. Les éditions de 1826, 1853 et 1928 ont le même article, même si elles ne se répètent pas mot à mot. L’édition de 1966 affirme seulement que «le crucifix reçu à leur oblation perpétuelle sera leur seul signe distinctif» [56].
La Règle de 1826, nous l’avons déjà vu, parle de la croix dans la section sur la conduite des missions [57]. Mais elle a aussi une clause qui rappelle la tradition de placer dans chaque nouvelle maison, à un endroit bien en vue, une croix qui devra être mise entre les mains d’un Oblat décédé. La croix avec laquelle on inhumait un Oblat n’était pas celle de sa profession. Celle-ci, en effet, devait être transmise à un nouvel Oblat [58].
Aujourd’hui on associe souvent la croix au problème de la bonté et de l’amour de Dieu, et de la souffrance et du mal qui nous entourent. Comment tout cela peut-il arriver? Les Constitutions et Règles nous invitent cependant à voir cela à travers le regard du Sauveur crucifié, à se rappeler que tous ceux qui souffrent prennent part aux souffrances du Christ. Elles nous invitent à intégrer tout cela dans nos vies. Comme le père Jetté l’a écrit: «Le point sur lequel il [Jésus] insiste le plus est celui-ci: qu’ils [les Apôtres] finissent par dépasser la conception purement humaine et terrestre du Royaume de Dieu. Et le critère qu’il leur donne, c’est le mystère même de la croix, du salut par la croix, scandale pour les Juifs, folie pour les païens, mais sagesse pour Dieu» [59].
[49] C et R de 1826, pars prima, caput tertium, § 1, De prædicando verbo divino, art. 5; pars secunda, caput secundum, § 3, De mortificatione et corporis afflictationibus, art. 1.
[50] «Prêcher Jésus Christ crucifié», C et R de 1853, pars prima, caput quartum, § I, art. V; édition de 1928, art. 98; édition de 1966, constitution 57; «Avec Jésus en croix»: édition de 1853, pars secunda, caput secundum, § III, art. I; édition de 1928, art. 263; édition de 1966, constitutions 14, 15 et 23.
[51] Voir Dans une volonté de renouveau, introduction à une lecture des Constitutions et des Règles, Rome, Maison générale, 1968, p. 160-161.
[52] Voir JETTÉ, Fernand, O.M.I. Homme apostolique, commentaire des Constitutions et Règles oblates de 1982, Rome, Maison générale, 1992, p. 55-57.
[53] Voir C 33 et 37.
[54] C et R de 1826, pars secunda, caput primum, § 3, De obedientiæ voto; édition de 1853, pars secunda, caput primum, § III; édition de 1928, art. 222, 230 et 232; édition de 1966, constitution 33.
[55] JETTÉ, Fernand, Homme apostolique..., p. 208-214.
[56] C et R de 1966, C 41; édition de 1826, pars secunda, caput tertium, § 3, De vestibus ac refectione, art. 3; édition de 1853, pars secunda, caput tertium, § III, art. II; édition de 1928, art. 309. Voir «Pourquoi l’Oblat porte-t-il la croix sur sa poitrine?», dans Missions, 70 (1936), p. 129-132; cet article fait écho à la lettre du 9 octobre 1816 du Fondateur à l’abbé Charles de Forbin-Janson.
[57] C et R de 1826, pars prima, caput secundum, § 2, Presciptum pro missionibus, art. 21, 64 et 67.
[58] C et R de 1826, pars secunda, caput quartum, § 2, De exsequiis, art. 4 et 5. Dans le manuscrit Honorat, le Fondateur a écrit à la suite de l’article 11 du chapitre quatrième de la deuxième partie: «Dans chaque maison de la Société, pour fournir aux sujets qui l’habitent quelques bonnes pensées sur la mort, on tiendra toujours en réserve un crucifix qui sera placé dans un lieu apparent de quelque salle commune de la maison. C’est ce crucifix qui sera placé entre les mains du défunt pour être renfermé dans la tombe avec lui», dans Études oblates, 2 (1943), note 132, p. [45].
[59] «Jésus Christ, premier formateur de l’Oblat», dans Le Missionnaire Oblat de Marie Immaculée, textes et allocutions, 1975-1985, Rome, Maison générale, 1985, p. 228.