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DOCUMENTATION OMI
No. 258 - avril 2004
XXXIV Chapitre général
« Témoigner l'espérance : un appel, notre mission »
Partage et réflexions (2)

Espérance théologale ou optimisme humain?
(Une perspective à partir des zones Nord/Nord-Ouest)

Richard G. Côté, o.m.i. (Etats-Unis)

Le gouvernement de la Congrégation
Quelques réflexions

Francis G. Morrisey, o.m.i. (Canada)

Quelques réflexions sur
la signification des Chapitres généraux

Michel Courvoisier, o.m.i. (France)

Le dialogue inter-religieux
Chemin pour la justice et la paix

Eliseo « Jun » Mercado, o.m.i.
(Administration générale)

Dans l’aujourd’hui du monde

Yves Chalvet de Récy, o.m.i. (France)

La commission précapitulaire a demandé à des Oblats de diverses parties du monde de mettre par écrit une réflexion de type non-académique sur le thème du Chapitre “Témoigner l’espérance : un appel, notre mission” en relation avec la situation missionnaire de leurs Régions respectives. Nous présentons ici cinq autres de ces essais.


Espérance théologale ou optimisme humain?
(Une perspective à partir des zones Nord/Nord-Ouest)

Richard G. Côté, o.m.i.

Introduction : Une différence
Nous avons souvent eu l’occasion, ces dernières années, de réfléchir sur notre projet « une immense espérance » et sans doute nous avons tous essayé d’articuler – pour soi-même et pour sa communauté oblate – la « raison de l’espérance qui est en nous » (1 P 3:15). Cependant il ne faudrait pas confondre espérance théologale et optimisme humain. Le premier n’a rien à voir avec les signes concrets de promesse ou de progrès qu’on peut parfois constater dans notre ministère ou notre mission. L’espérance proprement chrétienne, et donc baptismale, n’est pas basée sur des évidences empiriques ou des statistiques encourageantes. Saint Paul le dit bien : «Voir ce qu’on espère, ce n’est plus l’espérer : ce qu’on voit, comment pourrait-on encore l’espérer? » (Rom 8:24). L’optimisme purement humain, par contre, a besoin de signes palpables de progrès, des indications que les choses vont mieux. On est optimiste quand « tout va bien », c’est-à-dire lorsqu’on constate une croissance de vocations dans la Congrégation ou lorsqu’on constate avoir suffisamment de ressources disponibles pour assurer l’avenir de nos projets missionnaires.

L’espérance théologale – et donc missionnaire – est beaucoup plus exigeante! Elle nous oblige à regarder « au-delà des apparences », au-delà des chiffres et des signes observables de progrès, au-delà de tout ce qui se laisse mesurer, calculer ou apprécier. En somme, l’espérance chrétienne ne nous laisse pas d’autre choix que de devenir mystiques…ou de disparaître (K. Rahner). Pour nous, comme pour tout chrétien, la seule chose qui ne peut pas se mesurer en ce monde, qui échappe à tout calcul et qui dépasse toute compréhension, et ce sur quoi seul notre espérance est fondée, c’est le Christ vivant et l’amour infini de son Père qui met son espoir et sa confiance en nous. Il connaît très bien le risque d’une telle espérance. Dieu le connaît, Dieu le vit. L’exégète français Jacques Guillet dit bien : « La Bible est pleine de pages qui mettent en scène un Dieu en train de cultiver la terre, de travailler sa vigne, de rassembler ses bêtes, de bâtir sa maison, de fonder et d’organiser sa cité, de se choisir une fiancée et de rêver à elle » (L’Homme, espoir et souci de Dieu). Notre espérance missionnaire en effet prend sa source dans l’espoir même que Dieu a en nous, son épouse missionnaire, l’Église.

Témoigner l’espérance : « Un appel »
Dans un monde sécularisé, pluraliste, technologique et en rapide transformation, comment pouvons-nous témoigner l’espérance? Notre monde occidental est autosuffisant et tellement préoccupé de ses propres intérêts que nous pourrions le croire fermé hermétiquement à tout témoignage chrétien. Ne prend-t-il pas au sérieux, de façon presque dogmatique, la non-nécessité mondaine de l’espérance chrétienne? Comme si son optimisme humain et automoteur lui suffisait! Et nous, Oblats dans les zones Nord/Nord-Ouest? Que faut-il faire, que faut-il changer, pour que notre témoignage devienne plus authentique et donc plus crédible, séduisant et contagieux dans ce monde que Dieu aime? Voilà la question! Voilà notre défi!

En premier lieu, notre espérance missionnaire nous appelle à un nouvel exode : « savoir lâcher ». Beaucoup de réponses au Questionnaire en vue du Chapitre vont dans ce sens, surtout en ce qui concerne nos paroisses oblates. Dans le rapport synthèse, on lit ceci : « Certains déplorent que les Oblats soient parfois comme prisonniers des paroisses…Dans de telles situations, les Oblats perdent vite leur disponibilité pour répondre aux nouveaux besoins missionnaires. » Ou encore : « En fidélité à leur charisme, les Oblates devraient-ils laisser le ministère paroissial et se risquer plus avant dans d’autres ministères plus spécialisés? » Une chose est certaine : « Savoir lâcher » est le propre de la vie et du témoignage missionnaire. Avons-nous suffisamment lâché?

Un deuxième défi pour nous, Oblats du monde occidental, c’est de devenir, avec l’aide de l’Esprit de Dieu, assez reconnaissants, assez libres, assez humbles, assez détachés pour pouvoir lire et déchiffrer clairement les signes des temps en nous et autour de nous. En 1971, le Pape Paul VI a formulé une vision avec laquelle nous pouvons « lire les signes des temps. » Vision inouïe, admirable, à couper le souffle.

L’Esprit du Seigneur, qui anime l’homme et la femme rénovés dans le Christ, bouscule sans cesse les horizons où leur intelligence aime trouver sa sécurité, et ses limites, où volontiers leur action s’enfermerait; une force les habite qui les appelle à dépasser tout système et toute idéologie. Au cœur du monde demeure le mystère de l’homme et de la femme qui se découvrent enfants de Dieu au cours d’un processus historique et psychologique où luttent et alternent contraintes et liberté, pesanteur du péché, et souffle de l’Esprit. Le dynamisme de la foi chrétienne triomphe alors des calculs étroits de l’égoïsme. Animés par la puissance de l’Esprit de Jésus-Christ, Sauveur des hommes, soutenus par l’Espérance, les chrétiens s’engagent dans la construction d’une cité humaine, pacifique, juste et fraternelle, qui soit une offrande agréable à Dieu. (Octogesima Adveniens – Appel à l’action, § 37)

Paul VI continue en nous rappelant que nous ne pouvons « lire les signes des temps » qu’en dialogue avec d’autres croyants et des gens de bonne volonté qui sont aussi guidés par l’Esprit, et qu’un dialogue respectueux et critique avec eux nous prémunira contre le danger évident du pseudo-prophétisme et du néo-cléricalisme et contre le risque de sous-estimer l’apport de la science. Le maître mot de notre espérance aujourd’hui est donc le dialogue. Non par tactique ni opportunisme mais parce que le dialogue est constitutif de cet échange d’amour dont Dieu prend toujours l’initiative. Quoi de plus nécessaire et de plus urgent aujourd’hui que de créer des lieux où l’on apprend à se regarder, à s’accueillir, et à collaborer avec l’étranger (l’autre). Ceci est d’autant plus nécessaire dans notre société pluraliste où chacun porte un message, une vérité, une conviction qu’il cherche à faire partager. Si le pluralisme est un défi majeur de notre temps, le dialogue est un des appels majeurs de notre espérance missionnaire.

À la base de ce dialogue et cet exercice de lecture des signes des temps, on retrouve une spiritualité – très ancienne et très nouvelle – un regard mystique qui cherche à voir et à trouver la présence et l’action de Dieu partout et en toutes choses. Au cœur de la modernité séculière et profane, de la rationalité scientifique et technologique, notre espérance missionnaire consistera ainsi à déchiffrer la mystérieuse présence de Dieu et du Règne de Dieu en ce monde moderne. Au lieu d’être un « vendeur de perles », le missionnaire aujourd’hui sera de plus en plus un « chasseur de trésor. » Si « savoir lâcher » est un premier élément constitutif de notre espérance missionnaire, et « savoir dialoguer » un deuxième, « savoir chercher Dieu » en est certainement un troisième. Comment parler d’espérance chrétienne (ou oblate) à moins qu’elle soit inscrite et vécue dans une vraie quête existentielle, à savoir cette aventure d’une foi vivante et audacieuse qui cherche Dieu partout, en tout lieu et sans cesse? Pas d’espérance authentique sans quête sérieuse! Celui qui ne cherche pas Dieu partout aujourd’hui risque de ne le trouver nulle part. C’est pourquoi le psalmiste nous exhorte si souvent : « Recherchez Yahvé et poursuivez sa face sans cesse (Ps 104:4). » Et pourquoi Saint Augustin à prié si ardemment : « Seigneur, ne permets pas que je me lasse de te chercher. Mais mets-moi au cœur un désir encore plus ardent de te chercher. » Ou S. Grégoire de Nysse d’exclamer : « Trouver Dieu veut dire le chercher sans fin! »

Dans notre monde sécularisé d’aujourd’hui, nous pouvons parfois croire que les bras de Dieu sont plus courts qu’autrefois, qu’il est absent, plus retiré et très loin de notre monde. Il n’en est rien! La question que nous devons nous poser est la suivante : « Est-ce que nous le cherchons aux bons endroits? » Le Dieu de notre espérance est un Dieu qui ne se répète jamais, qui fait toujours du nouveau. Voici comment Gustavo Gutierrez s’exprime : « Un Dieu qui n’apparaît pas dans la clarté de l’évidence, qui n’est pas disposé à se laisser rencontrer toujours au même endroit, fera irruption devant nous sous des modes toujours imprévues; il nous inspirera des formes nouvelles d’adoration; il créera des itinéraires inconnus pour nous approcher de lui. » Est-il donc possible pour nous, Oblats du Nord et du Nord/Ouest, d’envisager un Dieu qui est jeune – éternellement jeune – un Dieu qui est plein de vie et plein de surprises, et qui est toujours prêt à entreprendre une nouvelle aventure avec ceux et celles qu’il aime sans condition? En somme, un Dieu qui aime toujours prendre de nouveaux risques à notre égard en mettant tout son espoir et sa confiance en nous et en ce monde qu’il a créé. Est-il possible d’envisager notre vie oblate comme une vraie odyssée, une vraie aventure qui exige de l’audace (à-la-De Mazenod) et « une nouvelle créativité de la charité » (Novo Millennio Ineunte, § 50)? Ce qui manque à la Congrégation en son visage officiel, c’est l’audace. L’audace lui fait défaut, comme si elle avait perdu de vue la parabole du trésor enfoui. Il nous manque un peu de folie. Il nous manque, pour emprunter l’admirable expression de Thérèse d’Avila, d’aventurer la vie.

Une des caractéristiques saillantes de notre monde, c’est sans doute le phénomène du changement rapide. En nous lançant au large d’un nouveau millénaire, il faut s’attendre à encore plus de changement, pas moins, et ce à un rythme de plus en plus accéléré. Ce qu’il nous faut, selon Mgr Howard Hubbard, évêque d’Albany, N.Y., c’est une meilleure théologie et compréhension du changement. « Il faut accepter, dit-il, la réalité d’une course accélérée de changement, d’être à l’aise avec cette réalité, et au lieu d’en être les victimes, de savoir bien la gérer pour une nouvelle mission de l’église. »

Témoigner l’espérance : « Notre mission »
On ne s’étonnera pas que l’imagination apparaisse comme fonction, voire fonction propre de l’espérance théologale. Si l’espérance est possible, c’est parce qu’il y a possibilité d’initiative, possibilité de « mission. » C’est de l’imagination que surgissent l’anticipation de nos possibilités missionnaires et leur mise en projet. L’imagination, peut-on dire, est une fonction de l’espérance. C’est elle qui nous permet non seulement d’envisager « un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Ap 21 :1), mais d’ « ouvrir », de « projeter » ce que l’on voit et le proposer au monde comme une réelle possibilité de vivre.

La crédibilité de notre espérance – et donc de notre mission – compte deux ingrédients : un certain discours et un faire. Il faut en effet que notre discours soit appuyé par notre action, que notre discours représente une parole tenue, c’est-à-dire une parole vérifiable dans les risques pris. Quand les gens prennent de vrais risques, en effet, ils deviennent croyables. Matthieu 25:31-46 exprime bien cette dynamique. Mère Teresa en est un bon exemple. Elle a pris de vrais risques en Inde. La crédibilité de cette femme tient au fait qu’elle a véritablement risqué sa vie, donné sa vie. Elle ne s’est pas contentée de parler en l’air. Elle a tenu sa parole. Nous connaissons tous des Oblats qui prennent de tels risques en faveur de la justice, des pauvres et des exclus de notre société. « Mais, dans la plupart des cas, ce ne sont là que des initiatives individuelles. Quelles stratégies mettre en œuvre pour que ses engagements personnels deviennent plus souvent des engagements et des actions collectifs » (Synthèse, p. 10). En somme, comment donner plus de crédibilité au visage publique de nos unités, nos communautés et nos régions oblates?

Une manière prophétique d’amplifier notre crédibilité publique c’est de faire cause commune et de collaborer davantage avec les ONG [organisations non gouvernementales]. Le Père William Ryan, s.j., un penseur bien connu sur les questions concernant la foi, l’économie et la justice sociale, dit que la multiplication rapide aujourd’hui des ONG est un des plus grands phénomènes sociaux de notre temps. Certains spécialistes vont jusqu’à dire que l’essor des ONG ces dernières années est un phénomène aussi important qu’a pu l’être la montée des états nations au 19e siècle. Ces nouvelles ONG comprennent des mouvements de femmes, des mouvements pour la justice sociale, des mouvements écologiques, des mouvements anti-mondialisations, des mouvements hostiles à la guerre, et la liste est encore longue. Quoique plusieurs de ces ONG présentent des lacunes en matière d’administration ou de recherche, elles sont passées maîtres dans l’art du « réseautage » mondial (global networking). C’est ça qui constitue leur vraie force et leur donne tant de visibilité dans les media et le marché public. Voyez, par exemple, le succès étonnant qu’elles ont remporté en appui à l’Accord international sur les mines antipersonnel ou contre l’Accord Multilatéral sur les Investissements (AMI), qui aurait laissé le champ libre aux investisseurs étrangers dans le pays hôte. Ces ONG offrent un rayon d’espoir aux pauvres et aux exclus en proclamant et plaidant activement en faveur d’un monde plus juste, un monde qui ne soit pas intrinsèquement lié au libre marché mondial.

À l’instar des organisations religieuses, les ONG prônent des valeurs, comme le développement durable, la mise sur pied de services sociaux pour les pauvres, la conservation de la nature, les droits humains, la solidarité, l’égalité, etc. – autant de valeurs que nous devons endosser, de façon plus publique et plus prophétique, dans toutes nos unités oblates. Dans l’ensemble des réponses au Questionnaire en vue du Chapitre, plusieurs souhaitent une plus grande collaboration et interdépendance entre les unités à l’intérieur des régions oblates et même au niveau inter-régional. À ce besoin, j’ajouterais un appel urgent à collaborer davantage et de faire cause commune avec les ONG, non seulement avec les ONG religieuses mais aussi avec des ONG laïques modernes. Pour bien répondre à la situation missionnaire aujourd’hui, il nous faut non seulement une plus grande interdépendance parmi nous – « ad intra » – comme un bon nombre d’Oblats le souhaite, mais aussi une interdépendance « ad extra » plus efficace et croyable avec ceux et celles qui luttent pour la justice et la paix. Si nous voulons amplifier la crédibilité de notre visage publique et officiel, la mission de notre espérance aujourd’hui exige, me semble-t-il, ce double engagement.


Le gouvernement de la Congrégation
Quelques réflexions

Francis G. Morrisey, o.m.i.

Lorsque le P. Bernard Kéradec m’a demandé de faire part aux capitulants de ces quelques réflexions à propos des formes actuelles de gouvernement dans la Congrégation, j’ai eu quelques inquiétudes que celles-ci ne fussent reçues comme des espèces de recommandations à l’intention du Chapitre. Telle n’est pas mon intention.

Cependant, étant donné mon rôle dans la préparation de la révision de la 3e Partie des Constitutions et Règles, adoptée par le Chapitre de 1998, j’avais perçu les problèmes auxquels devaient faire face ceux qui essayaient d’appliquer cette partie de nos CC & RR.

Il va sans dire que, dans sa forme actuelle, cette 3ème Partie est un texte de compromis qui tient compte de divers points de vue et intérêts. Le type de gouvernement que nous avons actuellement n’est que l’une des multiples possibilités dont peut se doter une Congrégation internationale.

A la base du texte actuel, il y a quelques préalables fondamentaux dont il faut se souvenir pour en obtenir une bonne compréhension: (1) Nous cherchions à structurer une présence missionnaire et non pas simplement un groupe de prêtres et frères ou une quelconque entreprise; (2) le but était de nous permettre d’envisager l’avenir; (3) chaque niveau de gouvernement était à considérer comme partie organique d’un ensemble. Néanmoins, ces principes qui se veulent être l’expression de notre spiritualité missionnaire peuvent être appliqués de diverses manières.

Nos structures de gouvernement devaient aussi refléter, outre les caractéristiques propres à un corps missionnaire, un nombre d’autres valeurs significatives parmi lesquelles il convient de citer: (1) Le respect des personnes concernées; (2) la flexibilité, permettant les nécessaires adaptations aux divers contextes à travers le monde; (3) la subsidiarité en vertu de laquelle le gouvernement central laisse aux niveaux les plus compétents la latitude voulue pour prendre les décisions qui s’imposent; (4) un leadership fort à tous les niveaux.

De plus, toute structure de gouvernement se doit de promouvoir la participation et la co-responsabilité. De même, animées par un esprit de service, ses structures doivent être telles qu’elles permettent une plus grande interdépendance et une profonde communion dans la Congrégation.

Ceci étant dit, il reste beaucoup de place à l’adaptation.

A l’occasion de la rencontre inter-capitulaire de 1995 à Bangkok (Thaïlande) les participants reçurent, pour étude, une proposition de gouvernement. Ils furent d’accord avec un bon nombre de points mais d’autres firent difficulté, si bien que le texte à présenter au Chapitre de 1998 fut modifié en conséquence. Voici quelques-uns des points qui firent difficulté:

Probablement, la première difficulté vint de la proposition d’élire les Supérieurs majeurs (Provinciaux) et leur Conseil. Le but en était de favoriser un plus grand engagement de la part des Oblats. Par exception une Unité pouvait demander la nomination de son Provincial ou du Supérieur majeur.

D’autres points firent problème comme par exemple la durée des mandats (12 ans non renouvelables pour le Supérieur général, 5 ans pour les Provinciaux et autres Supérieurs majeurs), les caractéristiques des différentes Unités (Provinces, Délégations, Mission) et en particulier le nombre minimum nécessaire pour appartenir à telle ou telle catégorie, ou encore la réorganisation, en fait mal interprétée, des communautés locales en «communautés établies, constituées ou communautés de district», etc… Mais il s’agissait là de changements de détails plus que de substance.

Ce fut sans doute au niveau du Gouvernement central que les changements les plus significatifs furent proposés et qu’ils suscitèrent le plus de réactions. Quelques exemples :

Avec le Vicaire général, il y aurait au moins quatre Assistants généraux à plein temps. Quelques-uns avec porte-feuille, d’autres seraient disponibles spécialement pour les visites;

Le poste de Conseiller général serait supprimé ce qui simplifierait le fonctionnement du Chapitre général, étant donné que les élections des Conseillers n’avaient pas toujours le sérieux qu’elles méritaient;

Le Supérieur général (ou le Vicaire) et deux membres du Conseil prendraient les décisions ordinaires;

Le Conseil se retrouverait en session plénière trois fois par année. A l’une de ces sessions, participeraient les présidents des Régions. Cette troisième session serait davantage de nature consultative et centrée sur l’échange d’information et la planification à long terme pour l’animation de la Congrégation;

Était envisagée également une révision des Offices généraux. Cependant aucun accord ne se dégageait quant à savoir quel officier devrait faire partie du gouvernement central;

Bien que le document de Bangkok ne l’ait pas retenue, il y eut une demande plutôt forte de donner une certaine autorité aux Régions et cela d’autant plus que deux Régions – et non des Provinces en tant que telles– avaient déjà en charge une mission. On pouvait dire la même chose des noviciats ou scolasticats régionaux, etc;

Il y avait également quelques propositions novatrices concernant la participation au Chapitre général.

On peut se demander pourquoi ces suggestions n’ont pas été acceptées. À cela, plusieurs réponses sont possibles; toutes n’ont pas la même importance ni ne sont partagées par les mêmes personnes.

Quelques Provinciaux ont pensé que si le Président de Région participait une fois par année à la session du gouvernement central, cela ferait de lui une sorte de super-provincial et menacerait l’autonomie de chacun des Provinciaux en particulier ;

Quelques participants craignaient que l’Unité du Président de Région s’en trouverait indûment avantagée;

Si un Provincial d’une grande Province était élu Président de Région, il aurait trop de travail et risquerait ainsi de négliger sa propre Province;

Par ailleurs, tout en reconnaissant l’ambiguïté du cahier des charges d’un Conseiller général, plusieurs participants estimaient que sa présence et son rôle dans la Région étaient très positives; de plus, n’étant pas identifié à telle Province ou telle structure, le Conseiller pouvait fournir un point de vue plus large au Conseil général au moment de prendre des décisions;

Certains craignaient aussi que, sans Conseillers généraux, les Régions ne seraient plus représentées au Gouvernement central, lequel pourrait même se replier sur lui-même. En effet, des décisions importantes pourraient alors être prises par seulement trois personnes;

Il faut ajouter que beaucoup s’opposaient à la désignation systématique des Provinciaux par mode d’élection. La même chose valait pour la durée des mandats (5 ans pour un provincial, avec, exceptionnellement, possibilité d’un deuxième mandat);

Quant à la représentation au Chapitre général, une proposition, âprement discutée mais qui fut maintenue par le Chapitre de 1998, concernait le comptage des Oblats en formation première. En vue de favoriser ces Unités à forte croissance, les Oblats en formation première étaient comptés deux fois.

Et où cela nous mena-t-il? Au Chapitre de 1998, il fut décidé de maintenir la structure mise en place en 1972: le Supérieur général, le Vicaire général, deux Assistants généraux et six Conseillers généraux. Le nombre des Conseillers dépend du nombre des Régions dans la Congrégation; ce nombre est déterminé par le Chapitre général avant de procéder aux élections.

A mon avis, le système a bien fonctionné, bien qu’il n’ait peut-être pas satisfait entièrement le critère d’interdépendance qui devait caractériser nos structures. L’Oblat de base se sent en quelque sorte tenu à l’écart du gouvernement et de son agenda. Le modèle proposé à Bangkok articulait mieux l’interdépendance entre gouvernement central et Régions du fait de la participation, une fois par année, du Président de Région à l’une des sessions du Conseil général. Quant à l’interdépendance entre la Région et ses Unités, elle était assurée par la présence des responsables des Unités dans la Conférence de la Région. Les individus auraient aussi leur mot à dire du fait que les élections remplaceraient les consultations.

Certes, sur ce point comme en d’autres, rien n’est absolu. Il y a plusieurs façons de tenir compte de l’interdépendance. En effet, aucune forme de gouvernement n’est parfaite et ne saurait contenter tout le monde.

Alors que fera le Chapitre de 2004? Sans prendre nullement position, je pourrais mentionner quelques domaines qui éventuellement mériteraient son attention:


1. Le nombre de Régions

Quelles que soient les structures mises en place par le Chapitre de 2004, nous aurons toujours besoin des Régions. Il y a de très fortes chances pour que le Canada et les Etats-Unis deviennent une seule Région; on pourrait profiter du moment pour réexaminer la composition des autres Régions dans la Congrégation. Les plus étendues parmi elles, et de surcroît en croissance, pourraient être divisées en deux. Si nous retenons la forme actuelle de gouvernement, de tels remembrements auront des répercussions sur la composition du Conseil général.


2. Faire des Régions une instance de gouvernement ?

Malgré la résistance que l’on sent ça et là à donner à la Région une fonction de gouvernement, en plus de son rôle d’animation, il faut bien reconnaître que, dans la pratique, les Régions exercent déjà un tel rôle comme, par exemple, dans le cas de projets communs de formation. Alors, l’heure est peut-être venue de reconsidérer la nature de la Région dans la Congrégation.


3. Les critères pour devenir une “Unité” dans la Congrégation

Il me semble que la multiplicité des “Unités” de gouvernement, chez les Oblats, mérite une évaluation. Beaucoup sont petites ; elles n’ont pas le potentiel voulu pour assurer leur leadership, ni des ressources suffisantes en personnel et en finances. Au départ, ce qui déterminait l’existence des « Unités » était souvent la langue et le pays d’origine des premiers missionnaires, il est temps peut-être de se demander quelle différence il y a entre être une Congrégation internationale et être une Congrégation établie en quelques 65 pays, et ses conséquences.


4. Une Congrégation internationale?

Si nous voulions évoluer vers un modèle plus international, nous devrions sérieusement revoir la façon dont nous gérons nos finances. Actuellement, nous sommes très décentralisés tant au plan des finances que pour les autres secteurs de gouvernement. Est-ce la seule façon de procéder ? J’en doute puisque les ressources en personnel et en finances ne sont pas également distribuées parmi les Unités. Quelques Unités bien dotées vieillissent, alors que d’autres sont en pleine expansion, avec peu de ressources.


5. La représentation au Chapitre et les Oblats en formation première

De sérieuses questions subsistent bien que cette question épineuse soit abordée à chaque Chapitre. Le Chapitre de 2004 pourrait toutefois se demander s’il est nécessaire, voire approprié, de compter deux fois les Oblats en formation première. Nous reviendrions ainsi au principe plus réaliste : « un Oblat, une voix » et à son application dans la vie quotidienne.


6. La relation entre Assistants généraux et Conseillers généraux

Une révision le la forme actuelle du Gouvernement central ne devrait pas être entreprise à la légère, car les ramifications sont nombreuses. Modifier un article entraîne des modifications ailleurs. Il est donc toujours préférable d’avoir une vue d’ensemble.

Ainsi peut-il être préférable que le Chapitre demande d’établir une commission post-capitulaire, chargée d’étudier les nouvelles possibilités de gouvernement, à la lumière des propositions faites par les Capitulants. Ce travail serait alors soumis à l’examen du prochain Chapitre. Il se peut aussi qu’il soit nécessaire de faire quelques changements immédiatement, à la suite des remarques de ceux qui auront appliqué la nouvelle 3ème Partie des CC& RR et qui, expérience faite, auraient noté des déficiences dans le texte présent.

Quelle que soit l’option choisie, il faudra y consacrer un très sérieux travail étant donné les implications très pratiques pour la vie et la mission de la Congrégation dans les années à venir.


Quelques réflexions sur
la signification des Chapitres généraux

Michel Courvoisier, OMI

NB: Ces réflexions n’engagent que leur auteur. Elles ont surgi dans mon esprit de membre d’un Chapitre et de témoin plus ou moins proche de plusieurs autres. Elles se sont enrichies de la relecture rapide de l’histoire. Pas d’autre prétention que de contribuer à la recherche. Ajoutons qu’elles se limitent à l’expérience oblate; d’autres Instituts masculins ou féminins ont aussi leur expérience originale…

Chapitre général, un concept utile, des réalités très variées
La tradition oblate veut que le prochain Chapitre, convoqué pour 2004, soit le 34ème Chapitre général. Cette façon de compter comprend le Chapitre de 1818 réunissant tous les Missionnaires de Provence dont le Fondateur, y compris aussi les trois scolastiques et un prêtre ordonné six semaines auparavant… Le même nom est donné au Chapitre de 1861, rassemblant 22 Oblats quasi tous français, au Chapitre de 1947 avec 70 capitulants d’une dizaine de nationalités, au Chapitre de 1998 avec une centaine de capitulants originaires d’une quarantaine de pays… Les définitions du terme de Chapitre général ont également changé, et dans le Droit canonique, et dans les Constitutions oblates. La formule de 1980: «Le Chapitre général est la plus haute autorité dans la Congrégation» (C 125) était impensable au temps du Fondateur. Elle semble ne dater que de Vatican II et le canon 631 §1 du Code de 1983 a une formule équivalente… Que sera le Chapitre de 2004?

Mes remarques portent sur trois points:
- Comment le Chapitre général représente-t-il la Congrégation?
- Quelle autorité le Chapitre général a-t-il de fait dans la Congrégation?
- Signification du Chapitre général.

Comment le Chapitre général représente-t-il la Congrégation ?
La réflexion doit partir de ce qu’a été la réalité de la Congrégation aux différentes étapes de son histoire. Une remarque majeure pour commencer. Personne ne met sérieusement en doute la continuité historique entre la petite «Société des Missionnaires de Provence» d’Aix en janvier 1816 et la Congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée au cours de ses 188 ans d’existence. Les crises n’ont pas manqué, certaines d’origine externe (expulsions, guerres mondiales avec leurs ruptures), d’autres d’origine interne. D’autres Instituts ont connu des schismes ou des changements majeurs d’orientation. Les Oblats jusqu’à présent ont vécu à la fois la fidélité et le renouveau, maintenant les liens entre eux dans l’espace et dans le temps… Cet effort est à ne pas oublier.

Cela dit, le Code de 1983 rappelle que «le Chapitre général doit être composé de telle sorte que représentant l’Institut tout entier, il soit un vrai signe de son unité dans la charité…» Ce souci que «l’institut tout entier» soit «représenté» par le Chapitre ne semble pas avoir été formulé expressément chez les Oblats. Mais, quoique implicite, le souci a été présent au cours des années, ainsi que dans les multiples essais de formulation de règles pour la désignation des capitulants.

Quoi qu’il en soit de l’époque du Fondateur, la Congrégation a vécu pendant plus d’un siècle avec une règle claire: sont membres du Chapitre les membres du Conseil général sortant, les provinciaux et vicaires des missions, les délégués des provinces et vicariats (un chaque fois), plus quatre invités par le Supérieur général. Du fait que les vicaires apostoliques étaient aussi supérieurs religieux, les photos (en noir et blanc) des anciens Chapitres comportaient beaucoup de violet (!). Cette règle d’un délégué unique par entité avait un gros inconvénient. Au Chapitre de 1959, le vicariat des missions de Whitehorse, avec 31 Oblats, avait deux capitulants (le vicaire des missions et le délégué élu), tout comme la province St Joseph (Montréal) avec 631 Oblats. Les Constitutions de 1966 décidèrent que les provinces de plus de 200 membres éliraient deux délégués…

Il serait fastidieux de rappeler les réponses successives que les Chapitres qui suivirent ont apportées à cette difficile question: des délégués aussi pour les Délégations oblates de plus de 20 membres, les provinciaux de vice-provinces, ou de provinces comptant moins de 100 membres, ne viennent au Chapitre que s’ils sont élus comme capitulants par leur province (certains provinciaux ne furent pas élus!), les Oblats en formation comptés deux fois dans les chiffres des membres des provinces, la constitution, ressentie comme arbitraire, d’unités électorales entre des entités ne se connaissant pas… Les règles actuelles déterminent le nombre de délégués par Région, à charge à la conférence régionale des provinciaux de les répartir aussi équitablement que possible dans la Région.

Il faudrait aussi faire l’histoire, peu exemplaire, de la place qu’ont eue les Frères. Ils sont électeurs pour la première fois (mais pas éligibles) pour le Chapitre de 1972. Depuis 1982, ils sont éligibles comme capitulants. La Congrégation s’est donné diverses règles pour que des Frères soient capitulants (habituellement un par Région)…

Qu’en dire? Les démocraties modernes n’apportent-elles aussi à ce problème de représentation que des solutions très discutables et toujours remises en cause. «Représenter l’Institut tout entier», cela veut-il dire représenter les personnes? Certes tout Oblat a le droit d’être représenté, mais cela veut-il dire que les anciens doivent être représentés par un ancien, les jeunes par un jeune, pour ne donner que cet exemple? Comment en conséquence établir les unités électorales? Il y aura toujours des Oblats, peut-être même en assez grand nombre, qui ne se sentiront pas représentés. Cela signifie-t-il représenter plutôt les dynamismes missionnaires, on dit parfois les forces vives? Mais selon quelles règles? Peut-on concevoir, par exemple, que la Chine n’ait pas son représentant au Chapitre, même si la Délégation ne compte qu’une dizaine de membres? Et telle œuvre que l’on sent majeure à tel moment de l’histoire ne doit-elle pas avoir voix au chapitre? La désignation de quatre capitulants par le Supérieur général (c’est sa responsabilité personnelle, mais habituellement il le fait après avoir consulté son conseil) permet parfois d’apporter quelques correctifs aux insuffisances manifestes des élections…

Le problème, chez les Oblats comme partout, reste ouvert et crucial… Il se corse du fait qu’avec l’évolution de la pyramide des âges, la réalité communautaire (tous les Oblats) ne coïncide plus avec la réalité missionnaire (les Oblats actifs). Le pari est qu’un équilibre soit trouvé, tant bien que mal, entre ces deux aspects toujours en tension dans une Congrégation religieuse missionnaire.

Quelle autorité le Chapitre général a-t-il de fait dans la Congrégation?
Nos Constitutions, tout comme le Code de droit canonique, disent que le Chapitre général est l’autorité suprême de la Congrégation. Il vaut la peine de s’interroger. Cela a-t-il toujours été le cas? Comment peut-il l’être? Est-ce même opportun? Quelques modestes remarques sur ce point.

On peut dire que les décisions qu’ont eu à prendre les Chapitres généraux au cours de l’histoire sont de cinq ordres: l’approbation de la gestion du gouvernement sortant, les élections, les modifications aux Constitutions, les documents d’orientation, des décisions d’ordres divers. Nous allons les parcourir successivement, compte tenu que la question se posait évidemment d’une tout autre manière au temps du Fondateur…

L’approbation donnée par le Chapitre à l’administration sortante est un moment important de chaque Chapitre. Elle se fonde sur le rapport fait par le Supérieur général sortant. Le Chapitre joue ici son rôle d’autorité suprême, puisque le Supérieur général lui rend compte. Il en est de même pour l’approbation de la gestion financière.

Les élections. Il s’agit avant tout de l’élection du Supérieur général (ce qui est advenu 13 fois depuis 1861, et est désormais au programme tous les six ans, sauf cas de force majeure), de l’élection du Vicaire général (6 fois déjà) et des autres membres du conseil général. Incontestablement c’est le moment où le Chapitre met en œuvre son autorité suprême. Inutile de souligner l’importance, pour la vie et la mission de la Congrégation, des choix faits alors. Bien souvent certains capitulants, peut-être même la plupart, sont obligés de reconnaître qu’ils ne connaissent que très mal tel ou tel dont le nom est mis en avant. D’où l’intérêt de tout ce qui précède le vote, notamment échanges confiants et discrets entre capitulants, réunions entre capitulants de la même Région ou avec ceux qui se connaissent déjà. Les élections doivent être préparées, tant du côté des électeurs que du côté de ceux à qui la Congrégation souhaite confier des responsabilités (il est normal qu’un futur élu puisse se préparer spirituellement et psychologiquement à ce qu’on lui confie une tâche souvent lourde, et donc qu’on lui ait fait savoir qu’on s’apprête à compter sur lui, cela évite des refus dont la portée peut être grave). Les procédures de mise en candidature sont indispensables, elles ne peuvent que compléter les échanges informels préalables.

Les Constitutions et Règles. Huit ou neuf Chapitres ont eu pour thème principal, voire unique, la révision des Constitutions. Chaque fois le texte était préparé par une commission ad hoc. Par deux fois, le texte préparé par cette commission n’a pas été reçu comme base de travail par le Chapitre, faute de directives précises pour la commission et faute aussi de consensus dans le Chapitre… Aussi bien le refus que le vote positif sont des actes d’autorité du Chapitre.

Les Chapitres récents ont publié des documents d’orientation. Trois documents en 1972: La visée missionnaire; La communauté; Les structures. Missionnaires dans l’aujourd’hui du monde en 1986; Témoins en communauté apostolique en 1992 ; Evangéliser les pauvres à l’aube du 3ème millénaire en 1998. Ces documents sont destinés à toute la Congrégation, leur mise en œuvre est confiée tout particulièrement au gouvernement général nouvellement élu; c’est un peu la charte de son gouvernement (cf. C 126). Dans quelle mesure les capitulants qui les ont votés se sentent-ils chargés de la mise en œuvre? L’élaboration de ces documents est souvent difficile, par manque de temps, parce qu’on veut trop dire, parce qu’on a peu l’habitude (et la discipline?) exigée par la rédaction de ce type de document, etc. Le Chapitre gagnerait sans doute à se limiter à l’essentiel (ne pas vouloir tout reprendre chaque fois) et à se faire aider par des experts, comme cela s’est fait au Concile. Même si les conditions sont loin d’être optimales, un Chapitre peut ici aussi exercer son autorité.

De multiples autres décisions sont prises par un Chapitre. On est frappé par la place que prenaient les questions de préséance au temps du Fondateur, ou encore l’importance donnée à l’adjonction ou non de telle invocation à nos litanies… On n’en est plus là. Des filtres, pour le meilleur et pour le pire, sont en place pour accueillir ou non les vœux des capitulants… Le Chapitre de 1992 a voté cinq déclarations et messages, dont un sur le 500ème anniversaire du commencement de l’évangélisation des Amériques, un autre sur les communications sociales et les médias. La décision la plus importante a été celle sur finances et partage, engageant le partage du capital en vue d’accroître l’autonomie financière de toutes les provinces. Le Chapitre de 1998 a repris la question du partage et celle des médias (Obcom). Significative aussi la lettre du Chapitre général aux personnes laïques qui partagent le charisme oblat (des laïcs associés se sont exprimés devant le Chapitre). La proposition sur l’annulation de la dette des pays en voie de développement acceptée par le Chapitre mériterait de ne pas être oubliée…

Cela dit, il reste difficile à un Chapitre général de prendre ses dimensions d’autorité la plus haute de la Congrégation, et cela le sera de plus en plus, pour de multiples raisons. La principale est l’extrême diversité des situations missionnaires et communautaires dans lesquelles vivent et travaillent les Oblats, (ces situations étant reconnues comme le lieu dans lequel nous choisissons de lire l’appel de Jésus Christ), diversité se conjuguant avec l’extrême diversité des cultures (et d’abord des langues – cf. les problèmes de traduction au Chapitre et ailleurs…). Cette diversité existe déjà à l’intérieur des Provinces. Même sans la Délégation de Belém désormais intégrée dans la province du Brésil, la Province de France connaît ces diversités, comptant au moins une quinzaine de langues maternelles parmi ses membres… Inutile d’insister sur les problèmes que ces diversités posent aux capitulants. Or c’est à partir d’elles que doit se construire un Chapitre. L’uniformité, l’unité culturelle, et même la prédominance d’un pays ou d’un groupe de pays (la France pendant cent ans, puis l’Amérique du Nord) sont et seront de plus en plus de l’ordre du passé. Le Chapitre tend alors à s’en remettre à tel ou tel leader, à qui l’on demande de trouver des solutions…

Pendant longtemps, l’autorité de fait, sinon de droit, dans le Chapitre, a été celle du Supérieur général. Ce n’est pas, ou plutôt ce n’est plus conforme à nos Constitutions. De nouveaux équilibres doivent être trouvés. La préparation du Chapitre telle qu’elle a été organisée ces dernières années a été à la fois indispensable et difficile. Il est impossible qu’un Chapitre mal préparé trouve la sérénité et l’efficacité exigée, et donc trouve son rythme. Par contre, un Chapitre trop préparé va se sentir à l’étroit dans un cadre préétabli et trop rigide, qui ne lui permet pas de prendre les responsabilités qui lui incombent…

Il apparaît fondamental que les capitulants soient bien conscients des enjeux du Chapitre, qu’ils aient toute la Congrégation pour horizon, et pas seulement la communauté qui les envoie, et donc qu’ils se préparent en conséquence aux responsabilités qu’ils ont à exercer.

Signification du Chapitre général
Constitution 125: «Le Chapitre général est la plus haute autorité dans la Congrégation. Il se réunit régulièrement pour resserrer les liens de l’unité et exprimer la participation de tous à la vie et à la mission de la Congrégation.

Rassemblée autour du Christ, la famille oblate partage l’expérience vécue de ses communautés, ainsi que les appels et les espoirs de ses ministres. Le Chapitre est un temps privilégié de réflexion et de conversion communautaires; ensemble, en union avec l’Eglise, nous discernons la volonté de Dieu dans les besoins urgents de notre époque et nous le remercions pour l’œuvre de salut qu’il accomplit par nous.»

Constitution 126: «Le Chapitre général élit le Supérieur général et son conseil, il formule la visée missionnaire et détermine l’orientation générale de la Congrégation, il prend les décisions qui s’imposent…»


Reprenons ces divers objectifs:

- resserrer les liens de l’unité,
se vouloir et se sentir tous Oblats, ensemble et chacun à part entière, donc s’ouvrir à la dimension de la Congrégation. Ce qui veut dire reconnaître (parfois il s’agit de simplement découvrir) qu’il y a des Oblats dans d’autres provinces que la mienne, qui utilisent une autre langue, vivent d’autres projets, ont d’autres manières d’annoncer l’Evangile et de vivre la communauté… Le reconnaître, et s’efforcer d’en tirer les conséquences pour moi-même et pour la vie de ma province.

Etre le lien de l’unité est la responsabilité propre du Supérieur général (C 133). Mais les Chapitres ont aussi cette responsabilité. Se rencontrer d’abord pour affirmer que l’on est tous de la même Congrégation, pour re-choisir de construire ensemble. Derrière l’idée de Chapitre général, il y a, implicite, l’idée que l’on se fait de l’unité de la Congrégation. Peut-être devons-nous nous redire ce qu’est en 2004 une Congrégation religieuse missionnaire à dimension et vocation mondiale.

- partager les expériences vécues. Cela se faisait autrefois par les rapports des provinces qui remplissent des centaines de pages des volumes des Missions. On n’a sans doute pas trouvé les moyens de vraiment partager les expériences vécues. Comment procéder?

- partager les appels, que les Oblats perçoivent en Eglise à travers les besoins de salut des hommes… Ici aussi, dans un monde aussi complexe que le nôtre, comment être à la hauteur?

- discerner la volonté de Dieu : Dans les besoins de salut, parmi les appels entendus, discerner quelle est, concrètement, la volonté de Dieu sur la Congrégation. Où Dieu veut-il nous conduire, dans quelles tâches missionnaires, en prenant quels moyens, etc.? Peut-il y avoir une réponse unique, ou plutôt des réponses différenciées et jusqu’à quel point? Volonté de Dieu mériterait d’ailleurs des éclaircissements théologiques.

- un temps d’action de grâce, il est bon que cela soit mentionné, rappel nécessaire surtout dans des temps difficiles. Relire l’Evangile de Luc, 10, 17-24. Que l’action de grâce s’exprime à partir d’un partage en Congrégation…, que la liturgie ne soit pas vécue comme un extra, après les discussions parfois animées, que la prière exprime la vie partagée, le mystère de Jésus actif (par nous) dans le monde…

- un temps de conversion: Chacun peut trouver les lieux où il est appelé à se convertir et à croire à la Bonne Nouvelle pour les autres et pour lui. Vivre un Chapitre, c’est à chaque instant accepter de devenir et de se faire autre, pour rencontrer, accueillir, partager, chercher ensemble, prier ensemble, accueillir de nouveaux appels, se mettre en route pour répondre avec d’autres…

Tout ceci est évidemment la tâche du Chapitre. Comment ne pas reconnaître que chaque Oblat est appelé à son niveau, à cette démarche?

Dans la circulaire de convocation du Chapitre, notre Supérieur général écrit ceci: A la suite du travail Immense espérance, «la commission précapitulaire a proposé pour thème du Chapitre: Témoigner l’espérance, un appel, notre mission. Le Chapitre est un temps de grâce pour recevoir à nouveau ce feu spirituel (le charisme, don de l’Esprit) et raviver sa flamme, et pour laisser s’embraser nos cœurs d’un zèle missionnaire accru. C’est un temps pour intensifier l’unité et l’esprit de communion entre nous, tout particulièrement aujourd’hui où la configuration de la Congrégation devient de plus en plus multiculturelle… Nous réalisons de plus en plus combien le charisme de saint Eugène est précieux pour notre temps…». Témoigner l’espérance, l’appel doit rejoindre chacun, la réponse missionnaire est entre nos mains.


Le dialogue inter-religieux
Chemin pour la justice et la paix

Eliseo « Jun » Mercado, o.m.i.

Une nouvelle affirmation des religions…
L’institut de sondage Zogby international et le département “religion” de l’université de Rochester (www.zogby.com) affirment que les personnes accordent une plus grande importance à la religion qu’à la politique. En particulier, la religion est considérée comme une priorité par les deux tiers des Israéliens, des Musulmans et des Chrétiens « born again ».

Un autre phénomène qui étonne l’homme moderne, (l’homme sécularisé), est la réintroduction des religions dans le discours public, et plus particulièrement dans les processus de paix. Les religions ne sont plus considérées comme des partenaires de second rang dont la marge d’action varierait selon le bon vouloir de leurs protagonistes. Aujourd’hui, on prend de plus en plus conscience que les religions ne sont ni une simple dimension d’un conflit ou d’un processus de paix, ni même juste un véhicule qui mobilise les passions nationales et ethniques. En fait « l’identité religieuse se diffuse dans les groupes et fournit une source d’inspiration qui influence les décisions et les comportements » (Roy Hange. Le rideau de fer : identité religieuse et émergence des conflits sur le site Web MCC).

Cette prise de conscience a commencé à émerger d’une manière évidente après la publication au milieu des années 90 de l’importante contribution du professeur Samuel Huntington dans son ouvrage « Le choc des civilisations ». Sa thèse met en avant que la religion est à la base des civilisations et qu’elle constitue l’élément caractéristique d’une culture. Il soutient que les causes principales des conflits futurs, dans le monde post moderne, ne seront ni idéologiques ni économiques. Il pense que les grandes divisions à l’intérieur de l’humanité et que la source principale d’affrontement seront culturelles. Les nouvelles divisions dans le monde ne sont pas définissables en termes de système politique ou économique ni en terme de degrés de développement mais plutôt en termes de culture et de civilisation (Huntington, Samuel P. Le choc des civilisations et la reconfiguration de l’ordre mondial. New York: Simon & Schuster, 1996).

A la lumière de ce postulat, Huntington dénombre sept civilisations majeures qui sont caractérisées par une certaine « consanguinité » et qui partagent un système de croyance fondamentale. Sa théorie soutient qu’au travers de ces civilisations, les peuples partageront une compréhension, des préoccupations, un système de croyances et une certaine conception du monde. Et ceci peut être considéré comme un mode normal pour constituer des communautés de personnes. Cela est souvent interprété à tort comme un retour à un état pré-rationnel, à un âge de la superstition. Au contraire, cette analyse se réfère à un contexte post-rationaliste dans lequel de nouvelles dimensions de la sensibilité humaine se font jour accompagnées de nouvelles attentes aussi pressantes que prometteuses.

Dans la même veine, Francis Kukuyama (cf. ces deux travaux : La fin de l’histoire et Confiance, vertus sociales et création de la prospérité) remarque que le succès économique requiert la confiance entre les personnes. Il confirme un certain nombre de valeurs citées par Max Weber comme des éléments clés du capitalisme : l’application, l’épargne, la rationalité, l’innovation, la prise de risque, etc…Mais Fukuyama note que cela ne peut fonctionner que si le tout est vécu dans un climat d’honnêteté, de confiance, de coopération et de responsabilité. Si tout cela venait à manquer et que la confiance faisait défaut, l’initiative ne pourrait aller de l’avant et ne serait pas récompensée. Or cet ensemble de vertus de base provient de cultures qui sont enracinées dans la foi.

Il est remarquable que les deux penseurs les plus populaires et les plus stimulants de notre époque soulignent tous deux que la rationalité n’a pas été suffisante dans le passé et ne le sera pas davantage dans l’avenir, et qu’elle aura donc toujours besoin d’un climat de confiance sous-jacent qui est le propre des sociétés fondées sur la foi et la famille.

De plus, Huntington tout comme Fukuyama semble mettre en évidence que l’économique et le politique ne constituent plus le centre d’intérêt majeur, ils ont été remplacés par la question de l’identité personnelle et des ses racines religieuses en termes de valeurs, de cultures, de religions et de civilisations. Le même glissement est repérable dans différents forums et institutions comme les Nations-Unis, la Maison Blanche, le sénat américain, la Communauté Européenne et les instances financières internationales (Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International et Banque Asiatique de Développement). Cela est particulièrement observable dans les différents forums sociaux mondiaux : l’OMC et les réunions au sommet et conférences du type Rio sur l’environnement, Kyoto sur les changements climatiques, Johannesburg sur le développement durable, du Caire sur la famille et Beijing sur la femme.

Un nouveau paradigme dans nos relations inter-religieuses
Huntington nous laisse comme postulat que les relations impliquant les valeurs, les cultures, la question de l’identité culturelle et les religions, c’est à dire tout ce qui contribue à façonner une civilisation ne peuvent se développer sur un plan conflictuel.
 
Nous avons besoin aujourd’hui d’une nouvelle herméneutique des religions. Cette herméneutique doit pouvoir lire et interpréter les religions et les civilisations comme des entités s’apportant mutuellement quelque chose bien qu’étant différentes les unes des autres. Aux "sécularistes" des universités et des allées du pouvoir, une telle herméneutique donnerait la capacité de faire face à la différence religieuse et de traiter avec les personnes qui manipulent les religions dans leurs propres intérêts. L’incapacité actuelle est le fruit des préjugés hérités des Lumières et la confiance apparemment aveugle du 19ème siècle dans le concept d’Etat nation dans le cadre des relations internationales. Tout cela a contribué à exclure les religions de la scène de la politique internationale.

Ainsi, une nouvelle herméneutique rendrait-elle possible de nouvelles attitudes et un nouveau paradigme pour les relations entre religion et civilisation qui sont particulièrement importantes dans le domaine de l’instauration de la paix et dans les travaux de reconstruction sociale.

Nous vivons au milieu d’une multitude de croyances, de cultures et de peuples. Face à cette diversité, nous n’avons pas à nous montrer hostiles ou bien simplement indifférents les uns aux autres. En fait, ces diversités nous invitent à nous déplacer, à passer de l’hostilité au partenariat, de l’indifférence à l’engagement, de la fermeture à l’ouverture à l’autre.

Ce paradigme relationnel nous apprend qu’en dépit de nos différences et diversités, nous vivons tous sur la même planète, sur le même bout de terre. On ne peut nier que nous sommes tous embarqués dans le voyage de la vie. Pour le meilleur et pour le pire, nous sommes voisins et nous espérons et croyons qu’en tant que voisins nous pouvons nous associer pour construire non pas seulement un monde meilleur mais une communauté accueillante où nous pourrons vivre fraternellement. Je propose trois exemples qui illustrent le paradigme relationnel.

Le premier est l’histoire du moine bouddhiste Kaha Ghosananda (le patriarche suprême du bouddhisme cambodgien) et de sa pratique pour construire la paix. Il montre comment sortir du gouffre dans lequel sont plongés vainqueurs et vaincus assassins et victimes, ennemis et amis. Dans la pensée bouddhiste traditionnelle, ces contradictions sont ressaisies et trouvent une solution dans la bonté qui s’écoule des cœurs où les graines du bien sont semées.

La seconde illustration reprend une expérience de Rusmir Mahmutcehajic, en Bosnie, sur les racines religieuses de la tolérance. Tout tourne autour d’un mot bosniaque « gehuta » qu, d’après lui, recèle la clé de la réconciliation et de la cohésion sociale entre et à l’intérieur des différentes communautés « sacrées ». Le « gehuta » peut se traduire par « le mal » ou « le péché » qui délite tous les liens constitutifs de la personne humaine dans son être et dans ses relations. Au travers de ce concept, une porte s’ouvre sur la dimension la plus intime de chaque être, sur la partie la plus profonde des communautés « sacrées » et sur la problématique la plus prégnante de chaque habitant de Bosnie : rétablir des relations entre les habitants, Musulmans, Chrétiens et Juifs, pour qu’un « vivre ensemble » soit de nouveau possible.

La troisième illustration est l’histoire de Raya Kalisman, fondatrice et directrice du Centre israélien pour une Education Humaniste. Dans l’histoire de la tour de Babel, Dieu fit que tous les peuples se mirent à parler une multitude de langues afin qu’ils ne puissent pas se comprendre. Dans le centre de Raya, les professeurs et les élèvent prient pour qu’un jour les peuples reparlent la même langue et reprennent l’édification de la tour… mais de la tour de la paix. Ceci n’est pas une tentative pour changer le monde, mais une tentative pour trouver un langage commun, pour que l’on puisse se regarder droit dans les yeux et se demander : « alors, mon frère (ma sœur), comment vas-tu ? »


Les religieux comme des personnes de paix
Concrètement, nous, en tant que religieux, sommes appelés à faire les pas suivants :

Le premier pas est de considérer le pluralisme sérieusement. Nous devons faire une vraie expérience de la fraternité au sein de la différence.

Le second pas à franchir est l’ouverture, non seulement pour apprendre les uns des autres mais pour vivre ensemble dans la tolérance. Nous devons être prêts à accepter, à faire confiance et à vivre ensemble.

Le troisième pas est notre engagement pour garantir les droits et la dignité de toute personne humaine à l’intérieur de notre société, de notre communauté, quels que soient sa foi, son sexe, sa culture ou sa couleur. Le fondement de cet engagement est notre conviction que toutes les personnes, bien qu’appartenant à des religions, des nations, des tribus différentes, forment une unique famille humaine créée par un et même Dieu, vivant dans le même monde et destinée à une fin commune.

Dans les relations inter-religieuses, il y a un mot qui peut décrire tous nos efforts : la confiance ! La confiance n’est pas une composante universelle des relations humaines. Elle doit être lentement, patiemment et parfois douloureusement construite dans le temps. Pour insister sur ce fait, je me réfère à une partie de l’allocution de Jean Paul II à Casablanca au Maroc le 18 août 1985 :

« Les personnes n’acceptent pas leurs différences. Ils ne se connaissent pas suffisamment. Ils rejettent ceux qui n’ont pas la même civilisation. Ils refusent de s’aider les uns les autres. Ils sont incapables de se libérer de leur égoïsme et de leur suffisance. Mais Dieu nous a crée tous égaux en dignité bien que différents en ce qui concerne nos dons et nos talents. L’humanité est un ensemble où chacun et chacune a son rôle jouer. La valeur des différents peuples et des cultures diverses doit être reconnue. Le monde est comparable à un organisme vivant. Chacun a quelque chose à recevoir des autres et a quelque chose à donner.»

Le développement du dialogue inter-religieux est maintenant pris en charge de partout précisément pour développer, promouvoir et sensibiliser les personnes au concept fondamental de la tolérance religieuse et du partenariat dans un monde pluriculturel.

Le discours de Jean Paul II en Syrie en mai 2001 réaffirme une fois de plus l’engagement de l’Eglise dans le dialogue inter-religieux :

« C’est mon espoir le plus ardent que les leaders ainsi que les enseignants musulmans et chrétiens se présentent dans l’avenir comme deux grandes communautes engagées dans un dialogue respectueux bien plus que comme deux communautés en conflit.

 Il est essentiel que les jeunes soient éduqués dans un climat de respect et de compréhension de telle sorte qu’ils ne soient pas amenés à mésuser de la religion pour promouvoir la haine et la violence. La violence détruit l’image du Créateur en ses créatures et ne devrait jamais être considérée comme le fruit d’une conviction religieuse. »

« Une meilleure compréhension réciproque nous conduira à une connaissance plus objective et plus complète des croyances religieuses des uns des autres, à un niveau pratique, à une nouvelle façon de présenter nos deux religions non pas en opposition, comme cela s’est produit trop souvent dans le passé, mais en partenariat pour le bien de la famille humaine. »

« De nombreux obstacles de taille demeurent, cependant le premier pas vers la paix doit être la conviction inébranlable qu’une solution est toujours possible dans le cadre du droit international et des résolutions des Nations Unis. Je lance un appel une fois de plus à tous les peuples concernés et à leurs leaders politiques pour reconnaître que la confrontation est un échec et sera toujours un échec. Seule une paix juste peut apporter les conditions nécessaires pour un développement économique culturel et social auquel les populations ont droit. »

Il y a un nombre croissant de croyants et de communautés de foi qui ont épousé la cause de la paix. Ils sont devenus eux-mêmes des artisans de paix. Nous pouvons en citer quelques exemples :

Les Mennonites ont dépensé du temps et des ressources, et ont mis en oeuvre des compétences pour faire aboutir une conciliation entre les Sandinistes et les Indiens Miskitos. La MCC (Mennonite Central Church) est active de part le monde pour la cause de la paix en plaidant pour la non-violence et en promouvant la justice, la paix et l’intégrité de la création.

Les Quakers ont fait un travail comparable par leur médiation envue d’une conciliation dans la guerre civile au Nigeria. Et au travers de leur réseau « Amis », ils continuent à être les fers de lance des mouvements de paix partout dans le monde.

Il faut aussi citer le soutien et la médiation apportée par la communauté de Sant’Egidio pour la paix au Mozambique. L’action en faveur de la paix de cette communauté est devenue une des plus significatives dans le monde. Leur soutien appuyé ainsi que leur participation au développement d’une nouvelle forme d’engagement d’une Europe qui s’agrandit, ouvrent deux perspectives : tout d’abord une redéfinition du rôle de l’Eglise dans les processus de paix et deuxièmement une reconnaissance de la place prépondérante des laïcs dans de tels mouvements.

On peut aussi citer le rôle qu’ont joué les différentes Eglises sud africaines pour mettre un terme au régime de l’apartheid par une solution pacifique, ainsi que leur rôle dans le processus de guérison et de réconciliation. L’archevêque anglican Desmond Tutu qui a reçu le prix Nobel de la paix pour son engagement en est le symbole.

Citons enfin la participation active de l’université Notre Dame dans le processus de paix dans le sud des Philippines auprès du gouvernement philippin et du Front National de Libération MORO, qui a aboutit à l’établissement d’un accord de paix en 1996. Cette université est aussi engagée actuellement dans les négociations entre le gouvernement philippin et le groupe islamiste MILF. Cette université a été le fer de lance de la diffusion d’une éducation en faveur de la paix dans le sud des Philippines et de la participation active des organisations non gouvernementales dans les processus de paix, domaine dont les seuls protagonistes furent longtemps le gouvernement et le front des rebelles.

Les leaders religieux et en particulier les peuples du Livre, avec quelques exceptions, se rassemblent pour prier et œuvrer en faveur de la paix. Un nouveau mouvement de paix sur la base de la religion est devenu une réalité avec un engagement grandissant de part le monde, à la suite de l’initiative de Jean Paul II à Assise en 1986, en invitant des leaders religieux pour prier pour la paix et pour découvrir le cœur véritable des diverses traditions religieuses, c’est à dire la paix dont le monde a grandement besoin.

Aujourd’hui, il y a un sentiment grandissant au sein des peuples et des communautés de foi pour s’opposer à l’utilisation de la religion pour légitimer des guerres, pour susciter la haine et inciter à la violence. De plus en plus, un programme de dialogue inter-religieux pour la paix et d’action commune pour la justice et l’intégrité de la création devient l’idée directrice qui s’impose aux Eglises et aux mouvements religieux. Jean Paul II s’est engagé résolument dans cette nouvelle voie afin de faire émerger chez les leaders un engagement fort pour la paix. Ainsi à Assise, le 24 janvier 2002, les participants à l’assemblée inter-religieuse initiée par le Vatican se sont une fois de plus engagés à travailler, sans ménager leurs efforts, à la grande entreprise de l’édification de la paix.

Pour les personnes qui ont la foi, la mission pour la paix n’est pas une option. C’est un devoir et une obligation (JP II).
Nous sommes appelés à devenir des artisans de paix.
« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils et filles de Dieu » (Mt 5,9).


Dans l’aujourd’hui du monde

Yves Chalvet de Récy, o.m.i.

Mes fenêtres donnent sur l’esplanade du Rosaire dans les Sanctuaires Notre Dame de Lourdes. De là, je peux regarder à longueur d’année tous les pèlerins qui se rendent à la grotte de Massabielle : hommes et femmes de toutes races, de tous âges, de tous pays, de toutes cultures, de toutes langues et de toutes couleurs. Mon propos est donc situé ! Comme la mission qui est la mienne auprès des jeunes générations depuis plusieurs années.

Je suis français et donc européen ! Je suis parisien de souche et donc français ! Mais je suis avant tout, par choix et par grâce, un fils d’Eugène de Mazenod. J’ose espérer que dans mes gènes de missionnaire oblat de Marie Immaculée, il y a un peu du feu et du mistral dont on avait coutume de dire qu’Eugène de Mazenod les portait en lui, tous deux à la fois.

Voici quelques notes à jouer, selon l’envie que vous aurez de les entendre résonner ensemble ou isolément…Il y en a sept comme les notes de la gamme, les sept jours de la semaine ou les sept sacrements !


Première note
 : Au plus près des plus loin.

J’ai toujours été frappé par l’audace d’Eugène de Mazenod. Son souci permanent, me semble-t-il, était celui de rejoindre au mieux et parfois le plus vite possible, tous ceux dont la situation humaine, chrétienne, spirituelle nécessitait une attention et un soin particuliers.

Les besoins des hommes sont toujours aussi pressants : trouver et garder un travail, se loger, se vêtir, se nourrir, se soigner, établir des liens de qualité avec ses semblables…s’entendre dire qu‘une vie a du prix et que l’on ne saurait la réduire ni à des performances ni à un compte en banque bien garni… Bien des petits et des pauvres de toutes sortes font les frais d’une société qui va vite, trop vite. L’accélération du temps et des rythmes est, sans aucun doute, une des composantes les plus marquantes de notre monde moderne.

Notre mission dans l’aujourd’hui du monde ne nous engage-t-elle pas à rejoindre ceux qui n’ont plus d’espérance, rejoindre ceux qui sont dans des situations d’inconfort et d’injustice. ? Rejoindre et demeurer, deux verbes d’action auxquels il convient d’ajouter préalablement ceux de partir, quitter, laisser… Pour suivre Jésus, les disciples ont fait l’expérience parfois douloureuse de tout quitter. La mission exige de nous la fidélité à l’Evangile.


Deuxième note
 : La grâce de la mobilité

Appartenir à une congrégation internationale est une grande richesse et une chance! L’occasion nous est souvent donnée de nous déplacer, d’établir de nouveaux contacts, de découvrir d’autres réalités missionnaires, de rendre visite aux uns et aux autres, d’entretenir les liens. Il n’est pas forcément besoin d’aller très loin pour vivre une rencontre de qualité, mais notre monde (qui n’a pas que des défauts heureusement) offre cette facilité de nous déplacer encore assez vite et parfois assez loin. Je suis toujours étonné du nombre impressionnant de voyages et de déplacements qu’effectue Jésus pour l’annonce de la Bonne Nouvelle et « Dieu sait » qu’à l’époque des évangiles, les destinations étaient peu sûres et les moyens de transports assez limités.

Depuis 6 ans, j’appartiens à la Communauté Internationale de Lourdes. La composition de cette dernière s’est modifiée de près de 80%. La grande mobilité des oblats (et souvent les efforts consentis par les provinces d’Europe et d’Afrique) a toujours permis d’assurer la mission. Encore une fois, c’est une chance mais aussi une grâce qui nous est donnée. Ne la perdons pas !


Troisième note
 : Audacieux pour l’Evangile

Il y a déjà de nombreuses années, dans ses émissions dominicales à la télévision française, le « Jour du Seigneur »[1], avait présenté un document sur la Vie religieuse. On assistait, au cours des temps et à de nombreuses époques, à la naissance des ordres religieux. On y montrait comment des hommes et des femmes « se levaient » pour répondre à des besoins urgents de l’humanité… en évitant adroitement d’opposer la vie contemplative et la vie apostolique.

Des témoignages et des évènements évoqués se dégageait une audace évangélique surprenante. Dans toutes sortes de situations, et le plus souvent dans les situations de déficiences et d’injustices (des sociétés ou de l’Eglise), des hommes et des femmes se révélaient d’extraordinaires témoins de l’Evangile.

Au cours des rencontres et des échanges qui font le lot quotidien de ma mission, je suis frappé de la vitalité et de cette audace évangélique qui se poursuivent dans les tâches, parfois humbles et méconnues des missionnaires Oblats. Je ne suis pas sûr d’en témoigner suffisamment !

« A besoins nouveaux, la charité invente quand il le faut, des moyens nouveaux ! » L’Evangile prendra toujours les traits de l’immigré, du prisonnier, du jeune perdu sans repères, du pécheur, de l’amoureux blessé, de l’abandonné, de l’assoiffé de justice, du condamné, du souffrant, du sans voix, du sans toit, de l’exploité, du chercheur de sens et du curieux de Dieu… Quelle audace que d’accepter d’épouser ces traits !


Quatrième note
 : Des communautés plurielles, internationales et vivantes

Plus que jamais, pour répondre aux besoins de la mission et rejoindre les hommes aux carrefours que sont les grosses métropoles, les centres économiques, culturels, les lieux de transit et de passages obligés…l’immense espérance que nous voulons communiquer à nos contemporains nous poussera-t-elle à créer, organiser, fonder des communautés missionnaires internationales et plurielles.

Internationales : composées d’oblats de diverses cultures, diverses langues, originaires de diverses provinces désireux avant tout de servir l’homme, tout l’homme, montrant ainsi l’universalité de la Bonne Nouvelle.

Plurielles : organisés autour d’une mission confiée mais non exclusive, les membres de ces communautés pourraient exercer différents ministères, chacun ayant à cœur de mettre ses compétences au service de la mission. On pourrait imaginer, à titre d’exemple, une communauté insérée dans une grande cité, dont la principale mission pourrait être la formation permanente ou les exercices spirituels ou encore les média et communications mais dans laquelle sont étroitement associés ceux qui ont en charge les jeunes générations, telle aumônerie de prison ou d’hôpital ou de réfugiés…

Déjà, ça et là, des voies sont ouvertes – La situation de la communauté internationale de Lourdes, quoiqu’un peu particulière, pourrait être un exemple parmi d’autres.


Cinquième note : Une attention particulière aux jeunes générations

Si ma mémoire est bonne, une des toutes premières missions à laquelle Eugène de Mazenod s’est consacré avait pour destinataires : les jeunes ! Sans aucun doute, à l’époque du Fondateur, la situation des jeunes était-elle différente ? Qu’importe ! L’aujourd’hui des jeunes générations prend bien souvent des allures de « parcours de combattant » : accélération du temps, course aux résultats, parcours de mise à niveau, embauche difficile, exclusion de toutes sortes, intégrations difficiles, mirage des drogues, perte de repères, mise sur la touche de ceux qui ne peuvent pas suivre l’école, familles éclatées… ET POURTANT, malgré ce tableau noir, les jeunes générations expriment un véritable dynamisme, se mobilisent pour les grandes causes, s’investissent quand leur cœur est touché, vivent des solidarités profondes tout en demeurant comme par le passé chercheuses de sens.

Le souci de formation des jeunes oblats, l’investissement en personnel, la préparation même des formateurs, leur qualification et surtout la mission qui leur est confiée par la Congrégation, ne doit pas nous faire oublier tous ces jeunes qui sont déjà l’aujourd’hui du monde et de l’Eglise.

Les jeunes générations franchissent allègrement les frontières, l’Evangile aussi !


Sixième note
 : A l’ère des médias et de la communication

A l’heure de l’ordinateur, des giga-octets, du Web, du câble, de la numérisation des images et des données, de la radio et de la télévision par satellite… avons-nous imaginé que pourrait exister en Europe et ailleurs également l’une ou l’autre communauté attelée à cette mission que de relier les hommes entre eux, leur offrir une communication « évangélique » et de qualité ? Bien des efforts en cette matière ont été fournis par le passé et le sont encore aujourd’hui. Pourrions-nous rêver que des oblats de différentes provinces d’Europe puissent se retrouver et s’unir pour créer l’un ou l’autre lieu communautaire investi de cette mission ? Bien sûr, il faut des hommes, des compétences, de l’inventivité, des moyens… et de l’audace. Je ne suis pas sûr que ce rêve soit irréaliste ! Je suis même convaincu du contraire ! Encore une fois à cause de l’Evangile qui nous pousse à passer toutes les frontières.


Septième note
 : « Au nom de Dieu, soyez saints » !

Des jeunes bénévoles de plusieurs pays, volontaires au Service Jeunes de Lourdes exprimaient leurs peurs devant l’avenir, les hésitations qui étaient les leurs pour choisir leur voie et réussir leur vie – Ils disaient combien leur générosité et leur volonté de servir avaient été prises « au sérieux ». Dans l’échange qui suivait, un intervenant avait prononcé cette phrase forte : « Dites vous bien que le Seigneur ne choisit pas des gens capables, mais qu’il rend capables ceux qu’il a choisis ».

C’est aussi de cela que nous devons témoigner : même le plus petit, le moins reconnu, même le déraciné, le bafoué a ses chances si nous lui prêtons nos bras et notre voix.

La sainteté à laquelle nous sommes appelés n’est pas l’accumulation de mérites ou de capacités, elle me semble être un don offert à tous : « refléter une parcelle de la Sainteté de Dieu ». Ce reflet prendra les couleurs que l’Esprit nous donnera. Aux uns la capacité d’enseigner, de soigner, d’inventer, de prêcher, d’accompagner, aux autres celle de défricher, de s’investir pour la justice et le respect de la création, d’établir de nouvelles plantations…et des nouvelles missions ! Nous ne sommes pas meilleurs que les autres, nous ne sommes pas plus compétents que les autres, mais par grâce, le Seigneur nous donne d’être des missionnaires pour l’aujourd’hui du monde avec pour consigne: dire aux hommes et aux femmes de notre temps que Dieu sauve l’homme et tout l’homme. Ce devait être pour nous et pour les autres une immense espérance.


[1] Emission catholique produite pour la télévision française sur la chaîne France 2, tous les dimanches matin.


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