No. 272 juillet 2006
La Mission Oblate auprès des peuples autochtones
Qui sont les peuples autochtones?
On estime qu'il y a présentement plus de 370 millions d'autochtones vivant dans 70 pays de l'univers. Ils vivent selon des traditions qui leur sont propres et se caractérisent sur les plans social, culturel, économique et politique par des éléments distincts des sociétés dominantes qui les entourent. Établis partout, de l'Arctique jusqu’au sud du Pacifique, ils sont, selon une commune acception, les descendants de ceux qui occupaient déjà le pays ou la région géographique quand y sont arrivés des groupes de culture ou d'origine ethnique différentes. Ces nouveaux arrivants sont ensuite devenus dominants par voie de conquête, d'occupation, de colonisation ou autrement.
On compte parmi les peuples autochtones ceux des Amériques, par exemple, les Lakotas aux Etats-Unis, les Mayas au Guatemala ou les Aymaras en Bolivie; les Inuits et les Aléoutes des régions polaires; les Saamis du nord de l'Europe; les aborigènes et les habitants du détroit de Torres en Australie, et les Maoris en Nouvelle-Zélande. De même que la plupart des autres peuples autochtones, ils ont conservé des traits caractéristiques clairement distincts des autres segments de la population nationale.
Pour comprendre le terme autochtone
Compte tenu de la grande diversité des peuples autochtones, aucun secteur aux Nations Unies n'a su donner de définition officielle du terme autochtone. On s'est plutôt formé un concept moderne du terme qui comprendrait les éléments suivants:
* une identification propre par le groupe autochtone lui-même et son acceptation par la grande communauté comme l'un de ses membres;
* la continuité historique avec les sociétés précoloniales;
* un lien étroit avec les terres et les ressources naturelles environnantes;
* un ordre social, économique et politique distinct;
* une langue, une culture et des croyances distinctes;
* la constitution d'un groupe social non dominant;
* l'intention de préserver et de perpétuer, comme peuples et communautés distincts, les conditions de vie ancestrales.
Une question d'identité
Selon les Nations Unies, l'approche la plus fructueuse est d'identifier plutôt que de définir les peuples autochtones. On se fonde ici, tel que le soulignent un certain nombre de documents concernant les droits de l'homme, sur le critère fondamental de l'identification propre par les groupes eux-mêmes.
Un peuple autochtone: un peuple avec un passé, une histoire,
une culture, qui ne mourra jamais.
Conquis, peut-être; oublié, jamais!
Oswald Firth, o.m.i.
Premier assistant général
Pour les Oblats de Marie Immaculée, vivre et travailler avec des peuples autochtones est comme une seconde nature. Depuis les débuts, les Oblats ont été proches des aborigènes du Pôle Nord. On raconte beaucoup d'histoires sur les voyages et les labeurs des Oblats parmi les Inuits. Les missionnaires se sont adaptés non seulement au climat nordique, mais encore aux habitudes alimentaires des Esquimaux qui menaient souvent une vie étonnante à la recherche du phoque, du saumon ou du caribou.
Puis, ce furent les Premières Nations ou les Amérindiens auprès de qui les Oblats ont travaillé en voyant à leur éducation et à leur santé, et en leur procurant toutes sortes d'assistance humanitaire. Les colonisateurs n'ont peut-être pas toujours porté autant d'attention qu'aujourd'hui à leurs droits fondamentaux, à leurs droits à la terre et aux ressources naturelles, à leur culture et à leurs personnes mêmes. Ces aberrations sont maintenant portées à l'attention et à la conscience mondiales en cette seconde décennie des Nations Unies consacrée aux droits des peuples autochtones; elles doivent recevoir la plus ample publicité.
Plus près de nous, les Oblats ont été à l'avant-garde de la lutte des autochtones du Bangladesh pour surmonter l'ostracisme dont ils sont l'objet et pour reconquérir leur droits à la terre. Travaillant hors du tapage de la fanfare médiatique qui considère les peuples autochtones et leurs pratiques culturelles comme des objets de musée ou des attractions touristiques, les Oblats ont aidé les Khashias cultivateurs de certaines plantes grimpantes, ou les fermiers Garos, et maintenant les gens des collines de Chittagong, à se faire reconnaître par les Nations Unies. Leurs représentants ont maintenant porté leur cause devant le Conseil économique et social des Nations Unies, en l'accompagnant de preuves irréfutables et de leur ferme conviction concernant le droit à leurs terres, à leurs valeurs culturelles, à leur langue, à leurs ressources et à la vie elle-même.
Que ce soient les campesinos de Bolivie, les Chiapas ou les Zapotecas du Mexique, les Mochicas du Pérou, ou encore les Guaranis du Brésil qui ont souffert de l'exploitation coloniale, on doit reconnaître que ce sont ces peuples de la terre qui ont protégé l'environnement, préservé et cultivé les plus précieux éléments de la nature - la terre, l'air, le feu et l'eau - indispensables à notre vie. Alors que l'homme moderne lutte frénétiquement pour combattre la pollution, nous sommes portés à oublier que notre survivance a été assurée pendant des siècles par les peuples autochtones. Les lignes suivantes nous le rappellent, non sans une certaine ironie :
Tout sur la terre a un sens,
chaque mal a une herbe qui peut le guérir,
et chaque personne, une mission.
C'est là la théorie indienne de l'existence.
(Sahish)
Les peuples autochtones aux Philippines
Federico LABAGLAY, o.m.i.,
Conseiller général pour l'Asie et l'Océanie
Des « espèces en voie de disparition » : voilà un terme qui, malgré son sens tragique, est apte à décrire beaucoup de « peuplades autochtones » dans le monde aujourd'hui. La lutte pour leur survivance semble caractériser ces groupes. C'est le cas pour plusieurs communautés culturelles aux Philippines, en particulier à Mindanao où travaillent bon nombre d'Oblats de la Province. Ces groupes aborigènes sont sans défense et font face présentement au danger d'extinction dans le milieu même qui est pourtant le leur. Parmi les problèmes qu'ils doivent affronter, on peut noter les suivants: la perte des terres ancestrales et le confinement à la plus abjecte pauvreté; la déshumanisation par des groupes dominants sous de nouvelles formes de colonialisme; l'éloignement des sources de leur propre culture dû au développement qui non seulement détruit l'environnement mais ne respecte pas leur façon de vivre traditionnelle.
Les peuples autochtones peuvent être considérés comme les plus pauvres parmi les pauvres. Voilà pourquoi les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée, sous l'inspiration et le dynamisme du charisme de saint Eugène de Mazenod, ont décidé de cheminer avec ces groupes et de leur consacrer leur ministère. Ce ministère auprès des autochtones ou
Lumad (nom générique donné à tous les peuples autochtones à Mindanao) est maintenant l'un des principaux engagements des Oblats aux Philippnes.
Selon les circonstances, les Oblats ont accompagné divers groupes aborigènes de Mindanao: pour citer quelques exemples, les
Manobos Dulangan à Sultan Kudarat, les
Tedurays à Maguindanao, les
Manobos Arumanen de la province de Cotabato, les
Badjaos et les
Mapuns de Sulu et Tawi-tawi. En allant vers eux, les Oblats ont expérimenté les souffrances de ces pauvres. Et dans leurs efforts pour les accompagner dans leur cheminement, plusieurs parmi les pauvres, beaucoup ont connu les terribles angoisses de la marginalisation.
Les études missiologiques actuelles ont inventé une certaine terminologie qui permet aux missionnaires de servir efficacement ces peuples. Par exemple, des termes comme
liminalité, convivance (une façon d'être présent ou de vivre
avec les pauvres plutôt que de faire quelque chose
pour eux),
mission à l'inverse, (apprendre des pauvres plutôt que leur enseigner quelque chose ou faire quelque chose pour eux): ce sont là des expressions qui font maintenant partie du parler missionnaire, et il y en a une foule d'autres qu'il vaut la peine d'explorer. Il ne s'agit pas de mettre les missionnaires à part dans l'ensemble des personnes engagées dans le ministère, mais plutôt de leur faire découvrir une façon plus juste de traiter avec des groupes encore assujettis aux puissants. Leur présence et leur cheminement parmi eux seront ainsi libérateurs et source de vie plutôt que de perpétuer une situation de domination. Il faut se rappeler qu'il y a eu des instances dans le passé où les missionnaires étaient devenus des instruments involontaires d'intentions coloniales et dominatrices des autorités.
Il y a aujourd'hui un appel et un défi pour un ministère de libération auprès des peuples autochtones encore marginalisés. Paradoxalement, en dépit de leur pauvreté, ces peuples sont porteurs de dons inestimables, en particulier pour ceux qui osent s'approcher d'eux.
Dans sa dissertation doctorale, Francis ZABALA a écrit ce qui suit:
Il pourrait même arriver, si nous y portons attention, que ce seront les plus marginalisés eux-mêmes qui libéreront le monde de ces puissances dominatrices. Toutefois, ce qui paraît le plus important c'est que Dieu qui prend toujours les initiatives appelle les missionnaires à se maintenir aux marges de la société avec ceux qui y sont relégués. Une telle rencontre avec les plus marginalisés peut faciliter la rencontre avec Dieu. Et le cheminement avec les plus abandonnés dans leur lutte pour éviter le précipice peut très bien être aussi un cheminement avec Dieu. Car Dieu marche et chemine avec son peuple aux bords des routes. Les missionnaires sont aussi appelés à cheminer ainsi pour rejoindre Dieu et son peuple qui luttent pour ne pas tomber dans le vide.
La mission oblate auprès des autochtones latino-américains
Loudeger Mazile, o.m.i.,
Conseiller général pour l'Amérique latine
La situation des autochtones latino-américains est aussi variée que celle des pays auxquels ils appartiennent. Une chose toutefois les unit : la misère. Ils représentent des citoyens de seconde catégorie sur une terre dont ils sont censés être les premiers propriétaires. Quelle contradiction ! C'est pourtant la réalité de l'Amérique latine aujourd'hui : les autochtones représentent, avec les Afro-américains, la face visible de la pauvreté sur le continent. Cette pauvreté est la conséquence de plus de cinq cents ans d'exploitation, de discrimination et de calculs mesquins des puissances de l'argent.
Le réveil des masses indigènes, symbolisé par la prise du pouvoir politique en Équateur et en Bolivie, est la culmination d'un travail lent de formation et de conscientisation auquel les Oblats ont pris part. En effet, dans beaucoup de pays de l'Amérique latine, les Missionnaires Oblats ont aidé les autochtones, à la lumière de l'Évangile, à prendre conscience de leur dignité, à valoriser leur culture et leurs traditions, à s'organiser en associations de toutes sortes pour défendre leurs droits.
Au Paraguay, qui a été leur première terre d'arrivée en Amérique latine, les Oblats ont aidé les autochtones à s'instruire dans leurs langues et à les transcrire dans une orthographe aujourd'hui accessible aux autres citoyens du pays. En Bolivie, la mission oblate auprès des autochtones a consisté surtout en la formation, la conscientisation et la création d'associations syndicales appelées à encadrer les masses indigènes dans la défense de leurs droits. Cette mission s'est réalisée à travers la mise en place d'un réseau de radios communautaires qui, pendant plusieurs années, ont donné une voix aux paysans pauvres et aux travailleurs des mines.
Au Pérou, au fort de la persécution et du massacre des autochtones par la guérilla et l'armée régulière dans les zones reculées du pays, les Oblats se sont placés à leurs côtés pour les aider à se protéger et à dénoncer les abus dont ils étaient victimes. Cette aide s'est aussi étendue à ceux qui avaient fui la campagne pour se réfugier en ville. Les Oblats les ont aidés à trouver un abri sûr et les moyens de subsistance dans un environnement étranger et hostile. Au Mexique, les Oblats offrent aux autochtones des opportunités d'instruction et d'accès aux soins de santé, grâce à une campagne de solidarité organisée auprès des catégories mieux pourvues de la société. De cette façon ont été construites des écoles, des cliniques, et ont été offertes des consultations gratuites grâce à l'aide de médecins bénévoles, amis des Oblats.
Ainsi donc, que ce soit au Paraguay, en Bolivie, au Pérou ou au Mexique, l'action missionnaire des Oblats auprès des autochtones est multiple et variée. L'annonce de l'Évangile est toujours accompagnée par l'organisation de la cité terrestre : éducation et conscientisation des masses indigènes pauvres, respect de leurs valeurs culturelles traditionnelles, défense de leurs droits civiques et politiques, regroupement en associations syndicales, etc.
Aujourd'hui les Oblats peuvent être fiers du résultat de leur travail, ajouté à celui d'autres missionnaires, auprès des autochtones de l'Amérique latine : l'affirmation graduelle et sans équivoque des masses indigènes qui réclament leur place sur la scène politique. Puisse ce réveil politique et social être le prélude de la disparition de la misère sur le continent !
Notre ministère auprès des peuples autochtones au Brésil
Michael Brady, o.m.i.,
de la province du Brésil
« Cinq cents ans de souffrance, de massacre, d'exclusion, de préjugés, d'exploitation, d'extermination de nos peuples et cultures, le viol de nos femmes, la dévastation de nos terres et de nos forêts qui nous ont été enlevées par les envahisseurs: nous sommes en deuil. Jusques à quand? N'avez-vous pas honte de cette mémoire qui habite nos esprits et nos coeurs? »
[1]
Je tire cette citation du texte de base de la
Campanha de Fraternidade (Campagne de fraternité), parrainée chaque année par la Conférence nationale des évêques. En cette année 2002, le thème était la solidarité avec les peuples autochtones. Comme Oblats, nous avons entendu cet appel et répondu comme nous le pouvions selon les circonstances où nous nous trouvions.
Joao Altino exerce son ministère dans une paroisse du Mato Grosso. Il est alors entré en un dialogue plus étroit avec le peuple ofaie qui habite un village voisin. Des terres sur lequelles ce peuple ont un droit constitutionnel ont été illégalement occupées. Avec des membres du Conseil missionnaire pour les peuples autochtones, Joao a aidé ces gens à devenir conscients de leurs droits et à chercher à les faire respecter dans la pratique; il continue à les assister dans leur réclamation. Ils ont droit à des octrois du gouvernement; il les tient informés à ce sujet et les aident à les obtenir. Et quand l'argent arrive, il réfléchit avec eux sur le meilleur usage qu'ils peuvent en faire. Il se rend compte que s'il ne le faisait pas, ils pourraient facilement se procurer une vieille voiture ou une vache. Il leur aide à être raisonnable dans l'usage de ces subsides; sinon, la source en deviendrait rapidement tarie. Par exemple, il leur a aidé à se procurer des ruches d'abeilles, et maintenant, ils peuvent vendre du miel!
Ici, à Goiania, nous avons la
Casa do Indio (Maison de l'Indien) où les autochtones peuvent séjourner en cas de maladie grave. Ils y viennent habituellement accompagnés de membres de leur famille. En 2002, au
Dia do Indio (Jour de l'Indien), nous avons invité ces familles à célébrer avec nos
Comunidades de Base (communautés de base). La journée fut bien réussie. Les autochtones ont parlé d'eux-mêmes et, à mesure qu'ils se faisaient connaître, se révélaient aussi leurs qualités particulières et se dissipaient des préjugés stéréotypés à leur égard. Nous avons gardé contact avec eux depuis.
Cette année, pendant la Semaine sainte, nous avons reçu un appel de membres du peuple xavante présent en ville à cause de la maladie de l'un des leurs. Ils voulaient savoir s'ils pouvaient se joindre à nous pour l'Eucharistie de Pâques. Heureuse coïncidence: l'un d'eux fit la première lecture rapportant la prédication de Pierre dans la maison de Corneille. Quelques-uns d'entre eux ont décidé de demander le baptême, grâce à la prédication missionnaire des Salésiens dans le Mato Grosso. Ils nous invitent parfois à visiter leurs parents malades à l'hôpital. Récemment, un jeune Xavante venu d'un village avec son grand-père m'a demandé d'aller le voir et de prier avec lui. En m'approchant du lit, je pensais que la communication serait impossible avec ce Xavante de 102 ans. Le petit-fils lui a dit que j'étais un padre. Sa figure s'est alors illuminée. Il me tendit les bras pour m'embrasser comme le ferait un enfant de deux ans. Quelques questions théologiques s'étaient agitées dans mon esprit alors que je me rendais à l'hôpital, mais quand il m'embrassa ainsi comme un ami, je me suis rendu compte que ce geste dépassait toute discussion. Je pense pouvoir affirmer que notre présence parmi ces aborigènes est comme la réponse à une invitation plutôt que partie d'un plan préétabli.
Le ministère des Oblats auprès des autochtones
du Nord et de l'Ouest du Canada
Camille Piché, o.m.i.,
de la Province Lacombe
Le message d'excuses des Oblats au Lac Sainte-Anne (Alberta) en 1991 a profondément secoué la Congrégation et l'Église du Canada dans leur ensemble. Devant 20 000 aborigènes, le p. Douglas Crosby, alors président de la Conférence oblate du Canada, a reconnu que « la mentalité créée par l'impérialisme culturel, ethnique et religieux où les Oblats ont aussi joué un rôle... a constamment mis en péril les traditions culturelles, linguistiques et religieuses des peuples autochtones. Considérant les langues, traditions et pratiques religieuses des Européens comme supérieures, ajouta-t-il, on a vu un avantage à éloigner les enfants de leur communauté naturelle. »
Plusieurs ont accueilli ce message en félicitant les Oblats pour cet acte courageux, audacieux et prophétique, alors que d'autres le considérèrent tout simplement comme choquant.
Quinze années se sont maintenant écoulées. Les Oblats ont continué leur ministère auprès des Premières Nations, mais ils ont eu aussi à faire face à des milliers de poursuites intentées par d'anciens étudiants des Écoles-pensionnats pour les Indiens. Ces Écoles avaient été établies par nécessité à une époque où disparaissaient les bisons des plaines et s'effondrait le marché de la fourrure. La population autochtone était décimée et réduite au plus grand dénuement suite à de multiples épidémies telles que la vérole, la tuberculose et la grippe espagnole. Le gouvernement du Canada pensa que c'était la fin de la «race rouge » ou des « Indiens » comme on les appelait alors et il parlait d'eux comme d'une « race en voie d'extinction ». Selon lui, l'avenir appartenait désormais aux nouveaux immigrants européens qui affluaient dans l'Ouest par milliers.
Mgr Vital Grandin, évêque de Saint-Albert, et le p. Albert Lacombe, tous deux Oblats, pensaient pourtant autrement; à partir des années 1880, ils devisèrent un programme d'éducation pour les enfants des Indiens de l'Ouest canadien. Le journaliste Ed Struzik écrit en décembre 2005: «Ayant vécu avec les Pieds-Noirs, les Cris et d'autres tribus alors qu'ils étaient de prospères chasseurs, ces deux prêtres se sentaient humiliés de voir ces Indiens, après qu'ils eurent signé des traités et se soient établis sur des réserves, réduits à chasser des écureuils et des rats ou à tuer leurs propres chiens pour nourrir leurs familles. » Et il poursuit: « En regardant ces Indiens démunis des Prairies tout comme Monseigneur de Mazenod voyait les pauvres de France comme des membres précieux mais mal-aimés de la société qui appelaient au secours ..., lui (le p. Lacombe) sentit que c'était son devoir de les pourvoir de savoirs et de techniques qui leur permettraient de prendre leur place dans ce nouveau monde blanc. »
Malgré ces bonnes intentions, un certain nombre de facteurs contribuèrent à créer de sérieux problèmes, le sous-financement gouvernemental n'étant pas le moindre. La vision du p. Lacombe « cherchait à obtenir pour les Écoles-pensionnats les enseignants les plus qualifiés et les plus dévoués possible ». L'assistant-commissaire pour les Indiens, Hayter Reed, pensait le contraire: « On s'attend à ce que les Écoles-pensionnats emploient du personnel à des salaires moindres et achètent des provisions au plus bas prix. » Ainsi furent établis les principes à suivre pour les prochains 125 ans: un manque chronique de financement a affligé les Écoles tout au long de leur histoire et a conduit, comme résultat, à des édifices pauvrement construits, à une éducation de moindre qualité dû au manque de livres et d'enseignants qualifiés. Ajoutons à cela, un personnel insuffisant et de pauvres conditions sanitaires. On pouvait donc prévoir les piètres effets de telles circonstances.
De plus, malgré les sérieux efforts des missionnaires pour apprendre les langues indigènes, le p. Théodore Labouré, supérieur général, lors d'une visite au Canada en 1936, réprimanda les directeurs d'école « pour avoir abandonné les langues indigènes », en ajoutant:
« Les règlements défendant aux enfants de parler leur langue maternelle même pendant les récréations étaient si stricts qu'en certaines Écoles la moindre infraction était sévèrement punie; au point, disait-il, où les enfants en étaient venus à considérer que parler leur propre langue était une faute grave et qu'en retournant chez eux, ils avaient honte de la parler même avec leurs parents. »
Les anciens élèves des Écoles incluent ces abus linguistique et culturel dans la liste de leurs griefs. C'est dans ce contexte historique que doit se situer la présentation des excuses faite en 1991.
Depuis ce temps, les Oblats ont maintenu leur présence auprès des communautés autochtones alors même que des milliers d'anciens élèves des Écoles - ils sont plus de 80 000 - ont intenté des poursuites contre le gouvernement, les Oblats, d'autres communautés religieuses et des diocèses, pour une série de plaintes allant de la séquestration forcée jusqu'aux agressions physiques et sexuelles. Les Oblats et les gens d'Église se sont efforcés d'en arriver à la vérité, affirmant que si des torts ont été commis et des abus démontrés, ils doivent être redressés. Ce ne fut pas tâche facile: on avait à traiter de dossiers qui, en certains cas, remontent jusqu'à 125 ans, et la majorité des Oblats accusés sont maintenant décédés et incapables de se défendre. Ces réclamations sont devenues une importante question de justice, non seulement pour les élèves qui ont été affectés, mais aussi pour sauvegarder la réputation des Oblats. On a porté une attention particulière aux cas d'agression sexuelle qui ont marqué profondément la vie de jeunes à nous confiés.
Au cours des récentes années, beaucoup ont qualifié ces poursuites judiciaires comme une très lourde croix à porter. Il serait facile de nier toutes ces accusations et d'affirmer que nous avons été injustement pris à partie. La croix a une valeur rédemptrice pour tous. Partout dans le monde, victimes d'un colonialisme aveugle, les autochtones ont subi de graves injustices et en bien des cas en ont payé le prix de leur vie. C'est vrai: nous leur avons imposé la langue latine et nos rituels, nos coutumes religieuses et nos façons de faire, et trop rapidement jugé leur spiritualité comme de la superstition. Comme on l'a mentionné dans le message d'excuses: « nous avons cassé leurs calumets de paix. »
Maintenant que nous comprenons mieux ces douloureux événements comme une certaine purification de notre mission, nous pouvons continuer notre service missionnaire dans un nouvel esprit de dialogue. Notre engagement envers les autochtones, ou les Premières Nations comme ils préfèrent qu'on les appelle, exigent que nous travaillions
avec eux et non
pour eux. Dans cet esprit, le ministère, les projets et les programmes devront être approuvés et évalués à la fois par les Oblats et les peuples autochtones eux-mêmes. Le message d'excuses l'affirmait: « Toute présentation d'excuses sincère comporte implicitement le ferme propos de se comporter dorénavant d'une autre façon. Nous, les Oblats du Canada, nous nous engageons à chercher à avoir une relation renouvelée avec les peuples autochtones. »
Nous avons maintenant l'occasion de le réaliser. Les Oblats ont engagé d'importantes sommes d'argent et du personnel dans le ministère auprès des autochtones pour les prochains dix ans. C'est là le défi de cette nouvelle relation avec les peuples aborigènes du Canada.
Depuis le début des missions au Canada en 1841, sous saint Eugène de Mazenod, les Oblats ont évangélisé les peuples autochtones dans le Nord et l'Ouest du pays. Gardant en mémoire les actes d'héroïsme tout comme les erreurs du passé, les Oblats de la province Lacombe du Canada écrivent maintenant le dernier chapitre de cette histoire. Dans l'esprit de saint Eugène, ils s'engagent à continuer leur marche avec les autochtones sur les chemins de la guérison et de la réconciliation.
Le ministère auprès des autochtones dans la capitale canadienne
Edward MacNeil, o.m.i.,
de la province Lacombe
Le ministère auprès des autochtones à Ottawa trouve son siège dans un édifice prêté par les Soeurs de la Charité (Soeurs grises) et utilisé par une grande variété de services. Appelé Centre Bronson, il est principalement orienté vers l'éducation et la formation au leadership.
L'Eucharistie y est célébrée chaque mois; à cette fin, la paroisse chinoise voisine partage ses locaux avec les autochtones. Ces réunions s'accompagnent d'agapes amicales qui favorisent la formation d'une solide communauté de foi. Les jours de fête voient augmenter le nombre des participants et se manifester un fort esprit de solidarité avec des gens des alentours venant célébrer avec eux. Une des ces rencontres nommée
Homelands Mass (Messe des nations) est célébrée en la cathédrale Notre-Dame et présidée par l'archevêque Mgr Marcel Gervais; elle réunit des représentants des diverses nationalités qui composent le peuple canadien. Une fois, ce sont les porteurs de l'
Eagle's Staff (Bâton de l'Aigle) de la communauté autochtone qui ont ouvert la procession.
Depuis sept ans, se réunit la
Annual Kateri Native Healing and Prayer Conference (Conférence Kateri des autochtones pour la guérison et la prière): un temps d'enseignement, de prière, de musique et de partage sous le patronage de la bienheureuse Kateri Tekakwita.
La célébration de l'Eucharistie à Noël est un temps de grandes réjouissances. Tambours, danses et chants s'unissent pour attirer des gens de tout âge, toute race et toute foi. Cette fête se déroule au Centre d'amitié Odawa pour les autochtones, un endroit moderne pour les habitants de la ville d'Ottawa et des environs.
Une partie importante de notre travail est le ministère auprès des hommes. Des professionnels et des volontaires s'unissent pour aider les hommes à développer plus de force intérieure, de confiance en eux-mêmes et de paix, à sortir de leurs prisons intimes pour mener des vies libres et productives. En bénéficient des itinérants, des victimes de la drogue ou de l'alcool, qui dans un environnement plus favorable découvrent l'amour de Dieu et leurs propres dons personnels. Certains sentent même un appel au ministère et se forment pour être mieux en mesure de partager avec d'autres les bienfaits qu'ils ont eux-mêmes reçus. Je cite ici un extrait du rapport annuel sur ce ministère particulier:
En certains cas, un homme a besoin de vaincre son analphabétisme, ou encore d'être traité en un centre spécialisé pour une dépendance de l'alcool ou des stupéfiants; un autre aura besoin de counseling ou d'attention médicale, etc. Une fois réglés ces problèmes, il faut voir si la personne sent un appel à une forme de service. Même si ce n'est pas le cas, la plupart deviennent chrétiens. Présentement, notre résidence est remplie à capacité.
Darren cheminait dans la vie sans abri, sans espoir, sans but, dominé par un grave problème de drogue. Toutefois, Dieu, dans sa bonté, a entendu les prières de sa mère et de la communauté, et amené Darren à un profond éveil spirituel. Il a été tellement secoué qu'il a maintenant consacré sa vie au Christ, au service du Centre Kateri et à l'évangélisation de ses conationaux. Il joue de la guitare, il chante et il exerce un leadership dans le service musical du Centre. Il voyage beaucoup pour donner un puissant témoignage de l'amour de Dieu et de sa puissance à changer une vie et à guérir complètement les maux dont on peut être affligé. Son ardent désir est de répandre l'espoir venant de l'Évangile, surtout chez les jeunes. Il veut faire connaître que notre Dieu est un Dieu de l'impossible et que rien n'est trop grave pour qu'il ne puisse le guérir.
D'autres formes de ministère du Centre sont: la formation à l'animation de journées de prière; la préparation des gens en d'autres régions de l'Ontario à la célébration de leur première Eucharistie comme autochtones; l'animation de réunions de jeunes, de journées de bien-être, de séances de guérison et de formation au leadership chrétien.
Mon ministère chez les Cris
Peter Altamirano, o.m.i.
OMI Lacombe
Depuis la nomination du père Sylvain Lavoie comme archevêque de Keewatin-Le Pas en août 2005, je suis principalement chargé du ministère à la réserve de
Makwa Sahgaiehcan, en Saskatchewan
, tandis que la réserve
Waterhen est confiée au Frère Kurt Stang. Ce ministère comprend la visite des foyers, la catéchèse dans les familles et à l'école; la prière, la célébration de la Parole de Dieu en famille, le tutorat à l'école de temps en temps, et le jeu de volley-ball et de soccer avec les jeunes. Je suis convaincu qu'établir une bonne relation avec les gens de la réserve est de suprême importance pour notre travail auprès d'eux.
Visites à domicile
. Je visite des foyers chaque jour, du lundi au dimanche. Une grande partie de mon ministère consiste à être présent aux gens, à écouter leurs problèmes se rapportant à leur emploi, à leurs difficultés conjugales, à l'éducation des orphelins, etc. À la fin de mes visites, j'essaie de prier avec eux pour que la paix de Dieu règne dans leur cœur et dans le mien. Je suis toujours reconnaissant envers ces gens qui m'ouvrent leur maison et partagent avec moi leurs préoccupations et leurs espoirs; j'aime voir le visage souriant des enfants qui m'accueillent si spontanément.
Tutorat. En décembre dernier, alors que je causais avec la directrice de l'école, l'enseignante de 3
ème année vint demander à la directrice si elle pouvait avoir trois jours de congé pour cause de maladie. Devant l'impossibilité de trouver un suppléant, j'ai suggéré que je pourrais peut-être faire le travail. À ma grande surprise, on a accepté mon offre et j'ai enseigné pendant trois jours à vingt-cinq enfants. Cela m'a donné l'occasion de connaître les enfants et de visiter leurs maisons. Bientôt, avec les étudiants des 10
ième, 11
ème et 12
ème années, je me suis offert pour leur donner des leçons particulières en mathématiques et en anglais, et les aider à rédiger leurs travaux. J'en ai aidé quelques-uns, mais je suis resté attristé de voir le peu d'intérêt de ces jeunes pour les études et leur peu de souci d'une bonne éducation. La directrice me disait : « Comment s'attendre à ce que les étudiants apprennent quelque chose s'ils viennent à l'école sans avoir déjeuné, ou s'ils n'ont pas dormi suffisamment pour être restés debout jusqu'à trois heures du matin à regarder des films. » Néanmoins, je suis toujours heureux quand je peux aider l'un ou l'autre avec ses devoirs et que j'arrive à les mieux connaître. Plusieurs m'ont même demandé de leur enseigner l'espagnol.
Catéchèse. Présentement, il y a environ quatre-vingt-dix enfants inscrits dans notre programme catéchétique appelé
The Kateri Klub. La directrice de l'école de
Makwa Sahgaiehcan, après avoir consulté le Conseil scolaire, m'a donné la permission de donner des cours de religion après les heures de classe. Elle a trouvé un local et du transport pour le retour des enfants chez eux après les cours. Mère Cynthia, une missionnaire laïque consacrée des
St. Joseph Missionaries of Sacrifice fait avec moi la catéchèse une fois par semaine, le mardi de 15 h à 17 h. Souvent les jeunes ne veulent pas rentrer chez eux et préfèrent rester avec Mère Cynthia. Elle est une excellente enseignante et aime ces enfants. Dans nos classes, nous partageons avec eux notre amour de Dieu, et nous les encourageons à se mieux connaître les uns les autres, à travailler ensemble, à se respecter et à respecter leurs parents, leurs grands-parents, les anciens et tout le monde dans leur communauté. Nous leur rappelons constamment que Dieu nous aime tous de manière inconditionnelle et qu'Il veut établir une relation intime avec chacun d'entre nous; ce qu'Il demande en retour, c'est de l'aimer et de nous aimer les uns les autres. Nous commençons toujours nos classes par la prière, avant de prendre une collation de biscuits et de jus de fruits, et nous terminons par une prière d'action de grâce et un baiser sur le front donné par Mère Cynthia à chaque enfant. La directrice et la directrice adjointe nous ont dit que cette classe a le meilleur taux de présences de toute l'école. Nous remercions Dieu de la grande joie que nous avons de partager son amour pour ces enfants.
Sports. Le volley-ball et le soccer font partie de nos rencontres avec les familles. L'année dernière, j'ai commencé des cours de catéchèse à la maison; un jour, après la classe, j'ai remarqué qu'un jeune avait un ballon de volley. J'ai alors demandé aux enfants si nous pouvions former deux équipes et, déjà dans l'après-midi, nous avons joué pendant une heure. Il me parut évident que les enfants apprennent plus vite si le plaisir s'en mêle. À partir de ce jour donc, j'ai inséré dans mes classes de catéchisme du temps pour le volley-ball, le soccer, une randonnée au lac, ou tout simplement, un goûter de pâtisseries et de crème glacée. Ils désirent tellement faire des choses avec moi que, l'an dernier, nous avons planté quatre-vingt-dix-huit petits pins d'environ 25 cm. devant l'école et le long du champ de football pour aider à embellir les lieux. J'ai toujours désiré avoir douze enfants, mais je n'ai jamais trouvé la femme qui serait d'accord avec ce projet. Mais Dieu qui est si généreux m'en a donné une centaine! Personne ne surpasse sa munificence!
Prier et célébrer. La prière est une partie importante de ma vie et de mon ministère. C'est ce qui me permet de voir les événements quotidiens dans une juste perspective. J'essaie de toujours prier avec les personnes que je visite, parfois ce sont des prières spontanées ou, à d'autres moments, le chapelet. Je rappelle aux gens qu'en Marie, ils ont une tendre Mère qui se soucie de tous les aspects de leur vie comme elle s'est souciée de Jésus. Récemment, j'ai commencé à rencontrer le dimanche deux familles pour une Célébration de la Parole. Nous apprenons le sens des différents éléments de notre célébration et l'importance de nous rassembler comme une famille pour dire à Dieu chaque semaine que nous l'aimons et le remercions pour ses abondantes bénédictions.
Je suis tellement reconnaissant envers Dieu qui me permet de servir les Premières Nations dans la communauté de
Makwa Sahgaiecan. Par moments, je suis attristé devant tant d'apathie, de douleurs et de souffrances dans nos communautés autochtones. Toutefois, ce n'est pas la souffrance qui m'attriste, mais le fait que ces souffrances sont souvent vaines. Nos Premières Nations connaissent un Dieu Créateur, mais ils Le connaissent très peu comme Rédempteur. Un autochtone éduqué mais traditionaliste me disait : « Je n'ai jamais compris pourquoi le Créateur a permis aux Européens de voler nos terres. » Je lui ai répondu que le Créateur a permis qu'une telle chose arrive de la même manière qu'Il a permis que son propre Fils soit mis à mort par ceux-là même qu'Il avait créés, et qu'ainsi dans la personne de Jésus, notre Dieu Créateur et Père donne un sens à notre souffrance humaine. Je lui ai dit que les autochtones sont bien placés pour enseigner aux autres à pardonner s'ils peuvent eux-mêmes accepter ce qui s'est déjà passé comme une manière de racheter ces Européens. Cela leur permet ainsi d'embrasser de nouveau la vie avec confiance dans le Créateur qui continue à les aimer profondément. Depuis, cet homme m'a invité chez lui. En cheminant ainsi avec mes frères et mes sœurs autochtones, je désire partager avec eux les valeurs humaines et spirituelles qui nous sont communes et qui éclairent nos vies pour que nous devenions les meilleures personnes que Dieu nous appelle à être.
Les peuples autochtones Garos et Khasis du Bangladesh
face à l'expulsion de leurs terres ancestrales
Sanjeeb Drong[2],
Bangladesh
Les communautés autochtones Garos et Khasis vivent au nord et au nord-est du Bangladesh, près de la frontière de l'Inde. La majorité d'entre eux vivent toutefois dans le Meghalaya, en Inde, particulièrement à Tripura, Koch Bihar, Assam et Mizoram. Au Bangladesh, ils sont environ 120 000. Ils forment une société matriarcale, et la plupart d'entre eux sont devenus chrétiens au cours des années.
Pendant des siècles, les peuples autochtones du Bangladesh ont dû faire face aux graves conséquences de politiques gouvernementales telles que la saisie des terres, les migrations forcées, et la violation des droits humains, y compris l'application du principe colonial du pouvoir par la division des forces.
Après la fin de la domination britannique en 1947, le gouvernement du Pakistan d'alors mit à exécution un plan de transfert de populations dans le territoire des Garos; des milliers de Bengalis musulmans, s'établirent alors sur leurs terres. Ils devinrent bientôt une minorité dans leur propre patrie.
Des centaines de villages garos et khasis disparurent. Les terres qui avaient été source de subsistance pour les autochtones furent accaparées par des étrangers, poussant beaucoup des habitants originels à émigrer vers les centres urbains en quête de travail.
Le gouvernement du Bangladesh n'a pas de politique pour le développement des groupes autochtones. Ceux-ci ont souvent été victimes d'expulsion de leurs terres par des projets de développement tels que la construction de barrages, l'aménagement de parcs nationaux ou touristiques, de réserves forestières, de zones protégées, et même de bases militaires. C'est ainsi que les aborigènes sont devenus les groupes les plus marginalisés et vulnérables du pays. Depuis les trente-cinq ans de son indépendance, le Bangladesh n'a jamais reconnu dans sa constitution l'existence de ces groupes autochtones.
L'aménagement d'un parc touristique (Eco-Park)
menace les nations des Garos et des Khasis d'expulsion de la forêt de Modhupur.
Les autochtones de la forêt de Modhupur sont maintenant en danger. Environ 25 000 Garos font face à de graves violations de droits humains: exécution, torture, oppression due à la présentation de fausses accusations, emprisonnement, viol, etc. La politique officielle du Bangladesh détruira totalement leur mode vie en les expulsant de leurs terres ancestrales.
Le gouvernement se propose d'établir un parc touristique dans le district de Moulvibazar qui dépouillera les aborigènes d'environ 1500 acres de leurs terres à des fins de tourisme. On a commencé la réalisation de ce projet en juillet 2000 sans consultation ni consentement des gens qui y vivent depuis des siècles. Le gouvernement n'a jamais fait mention des villages des Garos et des Khasis dans son projet; il les traite, au contraire, comme s'ils étaient des habitants illégaux de la forêt.
Sept villages montagneux sont affectés par le projet: mille familles garos et khasis devront faire face à l'expulsion forcée de terres qui sont les leurs depuis des milliers d'années.
Les autochtones luttent depuis longtemps contre ce projet du gouvernement, mais celui-ci persévère dans sa mise à exécution. C'est là une cause de tension continuelle pour les communautés garos et khasis.
Les peuples garos et khasis au Bangladesh sollicitent un appui international dans la lutte pour leur survivance.
[1] Paroles de Matalaue, un jeune du peuple Paraxo le 26 avril 2000 à la célébration de l'Eucharistie à Coroa Vermelha, marquant l'arrivée, il y 500 ans, de ceux qui ont découvert le Brésil.
[2] Un proche collaborateur laïc des Oblats qui travaillent auprès de ces peuples autochtones du Bangladesh.
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