Mgr de Mazenodsongeait depuis longtemps à visiter la province d’Angleterrepour constater personnellement ce que ses fils avaient accompli. Lepère Casimir Aubert avait aussi insisté pour qu’ilrende visite aux Oblats qu’il connaissait déjà etfasse connaissance avec ceux qu’il n’avait jamais rencontrés.Il a pris le bateau à Ostende le 17 juin 1850 pour accoster lelendemain matin à Douvresoù il a célébréla messe avant de poursuivre son voyage vers Londres(8). Il a célébréla messe chez les Oratoriens de Londresoù il a rencontréle père Dalgairnsqui l’a accueilli chaleureusement etlui a présenté le Duc de Norfolk et John Henry Newman.Le premier Lord du Royaume était catholique. Il s’est chargéde guider lui-même Mgr de Mazenod à traversle West End de Londres en terminant la visite par le Parlement. Mgrde Mazenod a été impressionné par ce qu’ila vu ainsi que par le charme et l’amitié du Duc et de safamille. Mais c’est l’autre Londres que Mgr deMazenod voulait voir. En compagnie du père Casimir Aubertilest allé ça et là d’Oxford Street àAldgate et White Chapel. Pour s’y rendreils ont traversé toute la partie qui longe la Tamiseen passantpar des ruelles étroites remplies d’hommes et de femmesaux prises avec la maladie et la faim. Ce qu’ils ont vu leur afait verser des larmes à tous les deux. Ces créaturesabandonnéessi pauvres dans les choses de ce mondel’étaientencore plus dans les choses de l’esprit. Bouleversé parla vue des êtres infortunésprivés des secoursde la religionl’évêque a pensé que c’étaitlà l’endroit désigné par la Providence pourl’établissement d’un centre missionnaire pour ses Oblats.Le moment de sa réalisationcependantne devait venir qu’aprèsla mort du bon évêquelorsque la pauvre chapelle de larue Virginiadémolie en 1852 pour faire place à un agrandissementdes chantiers navalsserait remplacée par une belle églisedédiée aux martyrs d’Angleterre. Mgr de Mazenodétait pressé d’aller vers le Nordà Birmingham.Installé à Maryvaleil a été impressionnépar la régularité et l’observance religieuse quiy régnaient. Il avait espéré voir MgrWisemanmais n’a pu le faire. Il a rencontré MgrUllathorne et a assistéen sa compagnieà la distributiondes prix au séminaire d’Oscott. Il a pu rendre visite àson ami Lord Shrewsbury et voir en personne la magnifique maison deretraites Saint-Wilfrid quibien qu’occupée par les Oratoriensavait été offerte aux Oblats. De Maryvaleil s’estrendu à Birmingham visiter la communauté établieà cet endroit. Il a refusé l’invitation de demeurerchez Lord Herries à Everinghampréférant habiterau petit prieuré« vraie miniature où je me trouvefort bien(9) »écrit-il. Il est allé àManchesterle 4 juilletvoir le père Daly et ses confrèresdans la paroisse très animée où ils travaillaient.Il a béni et posé la première pierre de l’églisequ’ils comptaient construire. Il s’est rendu ensuite àLiverpool visiter l’humble hangar qui était l’ancêtrede ce qui allait être un triomphe de l’architecte EdwardWelby-Pugin. Ce serait le point culminant de sa première visitede la province d’Angleterre. Il décrit sa visite comme «un autre genre de merveille ». Il se trouvait parmi les plus pauvresdes pauvresces Irlandais frappés par la famine qui avaientcherché un faible soulagement d’un sort encore pire en Irlande.Mgr de Mazenod était comblé en voyant de sespropres yeux les merveilles que ses Oblats avaient accomplies dans cemilieu pitoyable où ils apportaient les secours de la religionà un peuple exposé à la dégradation dansce quartier pauvre des chantiers de Liverpool : « La foule qui remplissaitla chapelle et les tribunes m’attendit au passageon se jeta surmoi pour me baiser les mainsles habits et même les pieds(10).» C’était lapremière fois qu’il était témoin de la forteémotivité de la foi des Irlandais; elle l'a fortementimpressionné. Pour le fondateurcette visite à Liverpoola été inoubliable. Dans les quartiers pauvres de LiverpoolMgr de Mazenod a vu se réaliser la vocation de l’Oblatd’annoncer l’Évangile aux pauvres. Dans cet endroitla Providence a voulu que les Oblats se chargent du soin des immigrantsirlandais réduits à la pauvreté. Le premier butde leur venue en Angleterre était mis en suspens. On reconnaîtgénéralement que le renouveau catholique en Angleterredoit plus à l’invasion des Irlandais qu’à toutautre ensemble de facteurs. On a souvent penséque si les Oblats avaient conservé leurs aumôneries auprèsdes riches et des puissantsils auraient pu faire plus pour la diffusionde la foi dans les campagnes d’Angleterre. Après LiverpoolMgr de Mazenod a visité Aldenhamoù il a confirmévingt-six personnesavant de retourner à Maryvale pour y fairele 21 juilletsept ordinations. Il a visité ensuite Penzanceoù il a baptisé et confirmé plusieurs convertis.Un mois après son arrivée en Angleterreil retournaiten France très heureux de ce qu’il avait vu. Il avait fréquentéles riches et les pauvres du Royaume et bien quepar inclinationilait été beaucoup plus à l’aise avec les pauvresil savaitpar tempérament et en raison des circonstancesêtreà l’aise dans les cercles des aristocrates. Il avait rencontréplusieurs d’entre eux durant leurs vacances sur le Riviera françaiseet était accepté par eux comme l’un des leurs. EnAngleterreils l’avaient accueilli avec toutes les marques derespectrivalisant entre eux pour l’avoir comme hôte. Sesmanières dignessa noble prestancesa distinction naturelleavaient gagné leur estime. Il a entretenu une longue correspondanceavec les aristocrates anglais qui lui ont donné des signes évidentsd’estime et d’affection sincère. Il savaitpour sapartqu’il pouvait compter sur leur appui en faveur des membresde sa Congrégation en Angleterre et pourtant il n’a jamaissollicité leur aide. Sa Congrégation était fondéepour annoncer l’Évangile aux pauvres et c’est dansles villes qu’elle allait les trouver. C’est ainsitout simplementque le Fondateur a voulu encourager en parole et en acte le caractèreurbain de la vocation oblate. Ses amis aristocrates d’Angleterresont venus au secours de ces missionssurtout celle de Tower Hill etcertains d’entre eux ont été appelés àvivre dans le triste milieu des quartiers pauvres du East End. Dans une lettre adresséeaux membres de la ProvinceMgr de Mazenod les félicitepour le travail qu’ils accomplissent et l’esprit de régularitéet de dévouement qu’ils manifestent partout. Les encourageantà accomplir leur travail dans l’esprit des saintes Règlesil ajoute: « Avais-je raisonde bénir Dieu de ce merveilleux accroissement ? C’est ceque je ne cesse de faire depuis que j’ai mis le pied en Angleterresurtout pendant le saint sacrifice de la Messe. Nonjamais nous nesaurons remercier assez le Seigneur pour tout ce qu’il a daignéopérer par le ministère de notre Congrégation enAngleterre. « Il est donc dela plus haute importancemes bien-aimésde correspondre àtoutes ces grâces par une grande fidélitécar ilne faut pas se dissimuler que le genre de ministère que vousexercezla position particulière dans laquelle vous vous trouvezdisséminés comme vous l’êtes dans l’immenseétendue de ce royaumele petit nombre d’ouvriers que vousêtesle genre de vie de ceux que vous êtes obligésde fréquenteravec lesquels vous avez des relations nécessairesles habitudes des ecclésiastiques mêmes dont vous devezcultiver l’amitié sont autant de dangers pour vous de vousécarter des saintes Règles que vous avez le devoir desuivre et de pratiqueren vertu de votre profession religieuse quivous sépare du monde et qui doit vous distinguer de tout autreecclésiastique. « Ainsi si vous ne voulez pas perdrele fruit et le mérite de vos travauxvivez toujours conformémentà vos saintes Règles dont vous devez méditer deplus en plus l’esprit pour vous y conformer en tout tempsen touslieuxen toutes circonstances(11). » |