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DOCUMENTATION OMI No. 244 February 2002
DOCUMENTATION OMI
No. 244 February 2002
Holy Cross - Liverpool
Vincent DennyO.M.I.
Avec les pauvres immigrants...Un journal catholique
La famine en Irlande et l’émigrationVaincre l’opposition et développer l’estimede soi
Neuf cents immigrants par jour À la recherche de fonds pourl’éducation des jeunes et des adultes
Un lieu de célébration liturgique La construction d’une église
Le renouveau spirituel par la prédicationd’une mission L'épidémie de typhus
La construction d’écoles Répondre aux besoins grandissants
La Société de la doctrinecatholique La première visite du Fondateurdans la province d’Angleterreen 1850

Le numéro de décembrede Documentation OMI présente un bref historique des premierstemps de la paroisse Holy Cross ainsi qu’un compte rendu de lapremière visite de Mgr de Mazenod dans cette Provinceen 1850. La visite de celui-ci à Holy Cross a étéle point culminant de son voyage. Les deux comptes rendus présentésici sont tirés de l’histoire de la Province anglo-irlandaise(1841-1921) que le père Vincent Denny a publiée sous letitre de Reaching Out. Selon l’expression du pèreDenny : « C’est dans les quartiers pauvres de Liverpool quele Fondateur a vu se réaliser pleinement la vocation de l’Oblatd’évangéliser les pauvres. »

Note de la rédaction:Les cent cinquante-deux ans d’histoire de la paroisse Holy Crossde Liverpool ont pris fin le 16 septembre 2001. Elle était l’unedes plus vieilles paroisses oblates hors de France datant du temps duFondateur. C’était aussi l’une des premièresfondations des Oblats d’Angleterre et d’Irlande à survivrejusqu’à nos jours. L’espace manquantle numérode décembre dernier (no 407) d’Information OMIn’a pu s’étendre sur l’ingéniositéet l’application de ses fondateurs. Leur souci pastoral ne s’estpas limité aux besoins spirituels de ce qui constituait littéralementune marée d’immigrants irlandais. Ils se sont préoccupésdes divers besoins de l’être humain. Ils ont aidéces maladesces pauvres et ces désespérés fuyantla famine à retrouver leur dignité et à reprendreespoir. Ils ont alors institué une pastorale des immigrants quis’est poursuivie jusqu’à nos jours et qui demeure l’unedes caractéristiques de la Province anglo-irlandaise.

Avec les pauvresimmigrants...

Peu de temps aprèsses débuts apostoliques dans la ville de Manchesterle pèreJohn Noble était invité à prêcher une missionqui a connu un immense succès. Mgr Brownle nouvelévêque de Liverpoola été si impressionnépar ce qu’il avait entendu dire du travail accompli par les Oblatset du talent de prédicateur du père Noble qu’il adécidé de confier la mission Holy Cross à la Sociétédes missionnaires Oblats. Le quartier de Liverpool entourant les chantiersnavals était un vaste bidonville abritant ces centaines de milliersde personnessurtout des Irlandaisvenus en nombre croissant depuisle milieu des années 1840 pour fuir la famine qui sévissaiten Irlande. Lorsque la Providence a décrété queles Oblats prendraient soin des pauvres immigrants irlandais de Liverpoolen 1850il leur a semblé que le premier but de leur venue enAngleterre était mis en veilleuse. Mais il n’en étaitpas ainsi. On admet généralement que cette invasion desIrlandais a aidé plus au renouveau catholique qui a eu lieu dansce pays que tout autre ensemble de facteurs.

Lafamine en Irlande et l’émigration

Vers le milieu des années1840en Irlandela population serait tombée de huit millionsà moins de sixen raison de la faminede la peste et d’uneémigration en masse. C’est à partir de cette effroyablecatastrophe que Dieu a choisi d’étendre son Royaume en Grande-Bretagneetpar la suitedans tout le monde anglophone. Mgr de Mazenodétait étonnamment bien au courant du terrible fléauqui s’était abattu sur le peuple irlandais de l’époqueet il se proclame le seul évêque français àlancer un appel pour le soulagement des souffrances de ce peuple. Dansles deux lettres pastorales qu’il adresse au peuple de Marseillele 24 février et le 12 juin 1847il demande de prier pour lesvictimes de la famine irlandaise et de donner généreusementpour soulager leur misère(1). Son plaidoyer éloquent n’estpas tombé dans les oreilles de sourds. Malgré les demandesincessantes et le petit nombre de paroisses de son diocèselesfidèles ont répondu en donnant 20000 francs. Dans unelettre adressée à Mgr McHalede Tuamil relèvele fait quelors d’une inondation qui avait causé des ravagesconsidérableson n’avait ramasséà son appelque 8000 francs.

Neufcents immigrants par jour

La principale vague d’immigrantsvenus en Grande-Bretagne a abouti à LiverpoolCardiff et Glasgow.Liverpool était le port le plus facile d’accès pources pauvres voyageurs et c’est là qu’ils se sont établisou ont trouvé passage vers des pays encore plus éloignés.On a comptéen janvier 1847neuf cents immigrants arrivantchaque jour à Liverpool et plus de quarante mille autres arrivésle mois suivant. À la fin de l’annéeplus de troiscent mille victimes sans ressources et souffrant de la fièvreavaient fui la misère de leur pays et trouvé refuge danscette ville. La majorité de celles qui étaient restéess’étaient établies dans ce quartier qui allait constituerplus tard la paroisse Holy Cross. Ils faisaient l’objet de soinsattentifs de la part des Oblatsdont certains allaient succomber àla peste. Ce que ces immigrants infortunés devaient endurer étaitéquivalent à une situation de mort en vie et c’estdans le contexte des conditions sociales et économiques danslesquelles ils étaient plongés que s’est inséréle travail pénible mais glorieux des premiers Oblats.

Le quartier oùles immigrants irlandais ont été forcés de s’établirprès des chantiers navals de Liverpoolétait constituéd’un dédale de rues dont certaines étaient misérablementétroites. C’était un ensemble de logements miteuxconstruits autour d’une cour où l’air étaitenfermésans bouche d’aération et polluépar des égouts ouverts et des tas de détritus. Un observateurcontemporain décrit avec précision ces cours comme desendroits dangereux :

« En parvenant àla rue Fontenoynous sommes entrés dans deux cours. Nous y avonstrouvé onze maisons dans un état des plus délabrésavec des habitants vivant pour la plupart dans des conditions semblables.Les maisons situées sur la droite sont les pires taudis. Leslogements sont constitués d’une pièce et d’unesorte de greniersombre et humide. Le robinet se trouve prèsde la porte de la salle de séjour. Une pauvre femmequi disaitpayer quelques shillings par semaine pour ce lamentable appartementse plaignait tristement de l’humidité qui montait jusqu’àla moitié des murs(2). »

Ceux qui habitaient desemblables taudis étaient mieux nantis que ceux qui devaientse contenter d’une vie de troglodyte dans les cavesdont 3 000avaient été condamnées en vertu de la loi sur lasanté de 1842. Un rapport médical de 1847 indiquait quele taux de mortalité avait dépassé de 2 000 pourcent la moyenne des années précédentes(3).

Unlieu de célébration liturgique

Les évêqueset les prêtres de tout le centre industriel du Nord de l’Angleterrefaisaient tout ce qu’ils pouvaient pour leur apporter une aidespirituelle. Dans la partie densément peuplée de Liverpooldont les Oblats allaient bientôt hériteron installaità la fin de 1848un lieu temporaire pour la célébrationde l’Eucharistie et l’abbé Newsham de St. Anthony assuraitles célébrations dans cette population grouillante decatholiques irlandais.

Le centre a étéremis aux Oblats qui se voyaient confier la mission Holy Cross. Unefois achevées les négociations entre le père CasimirAubert et Mgr Brownles Oblats ont pris officiellement possessionde la missionle 18 janvier 1850. Le père Noble étaitnommé supérieur. Lui et sa communauté s’établissaientdans le quartier pauvre de la rue Queen Anne. On ne pouvait choisirmeilleur supérieurcar ce qui l’attendait aurait abattuun homme moins courageux. La propriété fournie par ungénéreux catholique était située àl’intersection des rues Standish et Great Crosshall. C’étaitune maison de deux étages ; au rez-de-chaussée se trouvaitun magasin de chiffonnierle premier étage servait d’écoleet le secondde chapelle. Certaines maisons adjacentes avaient ététransformées de façon à permettre plus d’espacepour la messe. Les abbés Newsham et Nugent assistaient àla cérémonie d’ouverture. Ce dernier s’est révéléun ami inestimable des Oblats en les soutenant dans toutes leurs entreprises.

Le renouveau spirituel par la prédicationd’une mission

À peine les Oblatsavaient-t-il trouvé leur port d’attache qu’ils commençaientune mission qui devait durer de la mi-février jusqu’àPâques. Ils ont tout fait pour attirer la population qui a répondud’une façon réconfortante. C’était uneexpérience totale dans tous les sens. Ceux qui s’étaientéloignés des sacrements depuis plus de vingt ans étaientheureux de renouer avec la pratique religieuse. Après les instructionsles pères se rendaient disponibles jusqu’à huit heurespar jour au confessionnal pour donner leurs conseils. Au renouvellementdes promesses baptismalesà la fin de la missionon a estiméà plusieurs milliers les communions reçues. Les catholiquess’étaient réconciliés et environ trente convertisétaient reçus dans l’Église. Mgrde Mazenod a visité la mission en juin 1850 et la foi et la piétéardentes dont il a été témoin de la part de cespauvres Irlandais lui ont touché le cœur d’une façonincommensurable.

Laconstruction d’écoles

La mission de 11 000 âmesgrandissait avec l’arrivée de chaque nouveau bateau d’immigrants.Les problèmes de surpeuplement et de misère grandissaientdans la même proportion. La malpropretéles maladies etla boisson ajoutaient aux fardeaux que des gens infortunés avaientà porter. Les pères s’attaquaient à ces problèmesavec détermination. Pour le père Noblela créationd’écoles catholiques étaient d’une importancecapitale. La construction d’une église permanente et d’unpresbytère convenable pour la communauté devait laisserla préséance aux écoles. Le cardinal Manning devaitplus tard approuver ce choix. « En faisant celales Oblats avaientsuivi leur bon sens traditionnel(4). » Ils ne pouvaient s’attendreà aucune aide pour la classe de fortune installée sousla chapelle. Cela était clairement dit dans le rapport du Conseilprivé et par le Comité catholique des écoles pauvres.Les nouvelles écoles étaient assurées de recevoir750£ du Gouvernement et 200£ du Comité catholique.Ces subventionsbien que généreusesétaient loind’être suffisantes et le père Noble a jugénécessaire de lever une taxe sur la population indigente en faveurdes nouvelles écoles.

Une école protestantepour enfants pauvres avait ouvert ses portes dans le voisinage et certainsenfants catholiques s’étaient laissé attirer parla promesse de recevoir nourriture et vêtements s’ils s’yinscrivaient. Quelques-uns avaient succombémais pour résisterà toute autre tentationle père Noble a organisédevant l’école située sur la rue Hodson une manifestationde protestation.

Avec quelques supporteursles pères Noble et Egan se sont frayé un chemin dans l’écoleet ont enlevé les victimes candides de ce prosélytisme.Une collecte hebdomadaire d’un penny faite auprès de ceuxqui avaient les moyens de contribuer rapportait la somme de 30£par année. Le 31 mai 1851on posait la première pierrede l’école de la rue Fontenoy. Le 14 novembre 1853grâceà une énorme levée de fonds à l’intérieurcomme à l’extérieur de la villeles écolesouvraient leurs portes et les enfants étaient accueillis officiellementdans leurs classes.

LaSociété de la doctrine catholique

Avec l’aide de l’infatigableabbé Nugentle père Noble a collaboré àla formation d’un organisme qui allait prendre le nom de Sociétéde la doctrine catholique. Il était aussi préoccupépar le problème prédominant de l’ivrognerie chezses paroissiens. Il savait que la misère et l’extrêmepauvreté étaient les causes premières de cettefaiblesse. Il a fait l’acquisition de locaux sur la rue Bisphampour en faire un lieu de réunion pour les hommes de la mission.On y donnait des conférences sur les méfaits de la boissonetavec l’aide de l’abbé Nugentune magnifique sociétéde tempérance a pris forme dans la mission Holy Cross. On nemanquait pas de bonne volonté dans les autres domaines. Toutce qu’il fallait pour nourrir les bonnes dispositions de la communautéc’était un cours complet de doctrine chrétienne.La grande communauté de la missionqui avait étéprivée pendant si longtemps et si cruellement des secours dela foiavait un profond besoin d’être instruite de croyancesfondamentales. Il ne manquait qu’une personne pour prendre l’initiativeet la direction. Le père Noblequi s’était déjàrévélé capable de diriger une foulea commencédans la missionce qui allait être un premier exemple de CatholicEvidence Guild. Il s’est entendu avec un membre de sa communautépour que celui-ci monte dans une chair de la chapelle alors que luien ferait autant dans une autre. Les deux s’échangeaientdes objections et des réponses sur la religion. C’étaitune pratique à laquelle les Jésuites avaient souvent recoursdans leurs églises; les gens étaient ainsi témoinsd’un spectacle où un prêtre exposait leurs difficultéssur la foi et l’autre répondait doucement à leursinterrogations.

Unjournal catholique

Un autre instrument donton avait grandement besoin pour instruire les gens est un bon journalcatholique pour répondre à la propagande maligne émanantde la presse laïque et des pamphlets orangistes. Les mensongeshaineux et un déluge de faussetés sectaires sur la doctrinecatholique dépassaient parfois ce qu’une population peuinstruite pouvait supporter. Il y a eu un temps oùavec la restaurationde la hiérarchiedes préjugés anti-catholiquescirculaient même dans les journaux de qualité. Une brochureintitulée Catholic Vindicator (Le défenseur catholique)circulait depuis un certain temps en exposant le point de vue catholique.Elle avait cependant connu l’échec parce qu’elle manquaitde nouvelles et d’opinions. Le père Noble a réunitous les responsables catholiques en juillet 1851. M. Rossoriun dirigeantcatholiquea proposé de publier un journal avec le mêmeobjectif que le Vindicator. Un comité représentanttoutes les tendances politiques était mis sur pied et décidaitde publier un journal hebdomadaire qui aurait pour titre CatholicCitizen et dont le rédacteur serait M. McConveryauparavantdu Belfast Vindicator. Le réputé professeur etprédicateurl’abbé Cahillde Maynoothest venulancer ce projet qui l’intéressait grandement. Le journaloffrait un commentaire sur les sujets du jour qui intéressaientparticulièrement les gens de la mission Holy Cross. Il a faitbeaucoup pour éclairer une population de plus en plus éduquée.

Vaincre l’opposition et développer l’estime de soi

La mission a prospérégrâce aux soins des pères JolivetNobleEganBradshawet Dutertre. Un grand nombre de défavorisés ont peu àpeu retrouvé leur dignité et pris conscience de leursengagements chrétiens. L’immoralité faisait graduellementplace à l’estime de soi. Le centre social de la rue Bisphama joué un rôle important dans cette transformation. Cetédifice était volontairement tenu bien éclairébien aéré et propredifférant ainsi des caveshumides où les gens vivaient. Ils commençaient àavoir un but communà apprendre à vivre etsi possibleà améliorer leur situation. Par-dessus toutils ont apprisà se supporter mutuellement dans leurs entreprisesàêtre fiers de leurs réalisations et solidaires àlutter contre les influences extérieures. Les protestants quivivaient à proximité appartenaient à la classeouvrière etdans certains casn’étaient qu’unpeu plus prospères que leurs voisins catholiques. Cette arméede catholiques affamés parachutés soudainement parmi euxconstituaitpensaient-ilsune menace à leur image et àleur sécurité.

Les autorités orangistesqui avaient la main mise sur tous les logements et sur la policepouvaientprofiter de la situation. Au début de 1852l’abbéCahill a donné une série de sermons. Un lundi soir defévrierla chapelle était remplie de gens intéressésà assister au débat. Le jubé était rempliplus que d’habitude et le poids de la foule a entraînél’effondrement partiel de la structure. La panique s’est emparéede l’édifice de trois étages et on a fait sortirdans l’ordre les gens dans la rue. Très rapidement les factionsrivales en sont venues aux mains. La police est venue restaurer l’ordremais elle a profité de l’occasion pour brandir la matraquecontre les catholiques. La situation aurait pu se détériorersans l’intervention rapide et calme du père Noble. Il ainterdit aux catholiques de répliquer en leur promettant qu’uneenquête aurait lieu. Celle-ci a abouti à la démissiondu commissaire de police et de plusieurs autres membres de la police.L’affaire a eu une importance considérable. Le pèreNoble a agi sagement en soumettant l’événement àla couravec pour résultat que l’image de l’Églisecatholique s’en est trouvée grandement amélioréeet que les gens ont compris qu’il était sage de suivre lesdirectives du clergé de Holy Cross.

Àla recherche de fonds pour l’éducation des jeunes et des adultes

Le père Noble aété récompensé par la confiance qu’onlui accordait. Un bienfaiteur dont on ignore le nom lui a remis un chèquede 100£ en disant : « C’est pour vos écoles.Lorsque vous entreprendrez la construction de votre églisevenezme voir. Je vous en donnerai autant et encore plus. » L’administrationde l’école entraînait des dépenses considérablesqui taxaient les maigres ressources de la mission. Les pèresfaisaient des collectes d’argent dans la rue. Un grand bazar tenuà l’hôtel de ville a rapporté environ 4000£.Une subvention annuelle de 400£ du Gouvernement aidait àdéfrayer les salaires des professeurs. En plus des classes dejour pour les enfantsil y avait des cours du soir pour les jeunesapprentis qui désiraient améliorer leur situation. L’écolese méritait de bonnes notes de la part des inspecteurs du gouvernementet les cours du soir étaient bien fréquentés. Dansle rapport de 1860une mention spéciale se lit ainsi : «L’école du soir pour les garçons continueavec lesmêmes dévoués professeursd’être fréquentéepar une foule considérable et intéressée de vendeursde rue qui lui doivent tout ce qu’ils possèdent d’éducationet de culture. Je regarde cette institution comme d’une grandevaleur pour la société(5). »

Le père Noble s’estencore fait remarquer en organisant une marche devant la Chambre duParlement pour protester contre une motion conservatrice hostile auxintérêts catholiques. En 1856le père John Nobleétait transféré à Galashiels et le pèreCharles Jolivet lui succédait comme supérieur. Le pèreNoble n’avait que vingt-sept ans à son arrivée àLiverpool. Né à Dublin en 1823il avait fait ses étudesau collège Castleknockoù il s’était méritéles meilleurs éloges du recteur le père Duff. C’étaitun prédicateur réputé qui avait animé desmissions à travers toute la Grande-Bretagneun prêtreet un religieux consciencieux et dévoué. Pendant son séjourà Liverpoolil a donné des assises solides et durablesà la mission Holy Cross.

Laconstruction d’une église

Le père Joliveta fait l’acquisition d’un terrain pour la nouvelle égliseau prix de 5000£. Le vieil édifice de la rue Standish n’étantplus sécuritairela messe était célébréedans l’école de la rue Fontenoy. Mais l’assistanceétait si nombreuse dans cette chapelle de fortune qu’unlieu de culte plus grand était absolument nécessaire.

Le 13 juin 1859on posaitla première pierre de la nouvelle églisedont les plansavaient été dessinés par Edward Welby-Pugin. L’ouverturede l’église a eu lieu le 14 novembre 1860 en présencede Mgr Goss. Mgr Roskeliévêquede Nottinghamoriginaire de Liverpoola prêché àla messe d’ouverture du matin et l’abbé Marshall àl’office du soir. La résidence de la communauté aété achevée à peu près en mêmetemps et apar la suitetoujours laissé ses portes ouverteset offert son hospitalité à toussurtout aux Irlandaiset aux politiciens. Avec l’ouverture de cette belle égliseet la présence d’une communauté fervente tout prèson a noté une reprise de la pratique religieuse. Le nombre deconfessions a augmenté considérablement durant la missionprêchée durant le carême de 1861 par les pèresGobertKirby et Arnoux. Cinq cents personnes ont étéconfirmées cette année-là.

L'épidémie de typhus

En 1862une redoutableépidémie de typhus a fait beaucoup de victimes dans lapopulation du quartier des chantiers navals et surtout de la missionHoly Cross. Plusieurs centaines de personnes en sont mortes. Frappépar la maladiele père Jean Dutertre est décédéle 5 février. D’origine françaisece pèreavait limité son ministère à la mission des pauvresde Liverpooloù la population fervente l’avait en admiration.Durant les dix jours qu’il a passé entre la vie et la morton a prié sans cesse pour sa guérison. Trois mille personnesont pris part à ses funérailles. Un jeune Oblatle pèreRobert Powera été victime du typhus et est mort le 6août 1863. Durant les années suivantesil y a eu des attaquesrécurrentes de cette fièvre dans le quartier et les misérablescours se sont avérées d’inévitables piègesmortels. Le Liverpool Mercury du 26 octobre 1865 soulignait l’indifférencegénérale des autorités municipales de la santépublique et les dangers que les gens couraient durant ces récurrencesde l’épidémie. Le rapport des ingénieurs dela ville décrit en détail ce qu’on entend par «cour ». À Liverpoolune cour typique est :

«Une bande de terrainde trente pieds (9 mètres) de largeur donnant sur une rue étroitepar soixante pieds (18 mètres) de profondeur butant sur les mursélevés d’entrepôts ou de manufactures dontles façades ouvrent sur la ruesur laquelle sont érigéesdes maisons d’un ou deux étages. Sous la maison situéeà l’avantil y a un tunnel ou un passagede trois pieds(un mètre) de largeur et de cinq ou six pieds (environ 15 mà 2 m) de hauteurdonnant sur le terrain situé àl’arrière. Sur ce terrain de trente pieds (9 m) seulementon a construit deux rangées de maisons d’un ou deux étagesse faisant face les unes aux autres. L’arrière de ces maisonsdonnait sur d’autres maisonschacune ayant onze pieds (335 m)de façade et autant de profondeury compris les murs. La courétait pourvue de deux toilettes publiques placées auxdeux extrémités de la cour et à la vue des résidents; l’eau leur était fournie par un seul robinet(6). »

L’évêque recommandait que les Jésuiteset les Oblats prennent à tour de rôle charge des hôpitaux.

Répondre aux besoins grandissants

En 1867le pèreJolivet était nommé vicaire apostolique du Natal et lepère Hilaire Lenoirsupérieur à sa place. En achetantplusieurs maisons du voisinagele père Lenoir a pu achever laconstruction de l’égliselui ajoutant un sanctuaire etune sacristie. La loi sur l’éducation de 1870 a apportéun changement radical dans tout le Royaume-Uni. Pour les catholiquesen particulierelle s’est révélée d’unprofit inestimabletout en créant pour les administrateurs d’écolesde nombreux problèmes. La plupart des écoles n’étaientpas encore en mesure d’assurer les locaux nécessaires nides professeurs pleinement qualifiés. À Liverpoolen1861on dénombrait quelque vingt-trois mille jeunes catholiquesprivés d’instruction(7). Les autorités ont accordéaux écoles du répit pour qu’elles puissent répondreadéquatement aux exigences de la loi. Une collecte de fonds faitesous le patronage du Duc de Norfolk en faveur des écoles catholiquesa atteint la somme de quarante-six mille livres. La mission Holy Crossconnaissait des difficultés ; l’école Fontenoy nepouvait accueillir un nombre croissant d’élèves etrépondre ainsi à ce que permettait la loi. Ce n’estqu’en 1882 que le père Laurent Roche a pu résoudrece problème et disposer d’espace suffisant grâce àun compromis heureux et ingénieux avec James Mellorun marchandde vins et spiritueux de la rue Hunter; ses locaux étaient louésannuellement et remis à neuf pour répondre aux besoinscroissants de la mission.

La première visite du Fondateur dans la provinced’Angleterreen 1850

Mgr de Mazenodsongeait depuis longtemps à visiter la province d’Angleterrepour constater personnellement ce que ses fils avaient accompli. Lepère Casimir Aubert avait aussi insisté pour qu’ilrende visite aux Oblats qu’il connaissait déjà etfasse connaissance avec ceux qu’il n’avait jamais rencontrés.Il a pris le bateau à Ostende le 17 juin 1850 pour accoster lelendemain matin à Douvresoù il a célébréla messe avant de poursuivre son voyage vers Londres(8). Il a célébréla messe chez les Oratoriens de Londresoù il a rencontréle père Dalgairnsqui l’a accueilli chaleureusement etlui a présenté le Duc de Norfolk et John Henry Newman.Le premier Lord du Royaume était catholique. Il s’est chargéde guider lui-même Mgr de Mazenod à traversle West End de Londres en terminant la visite par le Parlement. Mgrde Mazenod a été impressionné par ce qu’ila vu ainsi que par le charme et l’amitié du Duc et de safamille. Mais c’est l’autre Londres que Mgr deMazenod voulait voir. En compagnie du père Casimir Aubertilest allé ça et là d’Oxford Street àAldgate et White Chapel.

Pour s’y rendreils ont traversé toute la partie qui longe la Tamiseen passantpar des ruelles étroites remplies d’hommes et de femmesaux prises avec la maladie et la faim. Ce qu’ils ont vu leur afait verser des larmes à tous les deux. Ces créaturesabandonnéessi pauvres dans les choses de ce mondel’étaientencore plus dans les choses de l’esprit. Bouleversé parla vue des êtres infortunésprivés des secoursde la religionl’évêque a pensé que c’étaitlà l’endroit désigné par la Providence pourl’établissement d’un centre missionnaire pour ses Oblats.Le moment de sa réalisationcependantne devait venir qu’aprèsla mort du bon évêquelorsque la pauvre chapelle de larue Virginiadémolie en 1852 pour faire place à un agrandissementdes chantiers navalsserait remplacée par une belle églisedédiée aux martyrs d’Angleterre.

Mgr de Mazenodétait pressé d’aller vers le Nordà Birmingham.Installé à Maryvaleil a été impressionnépar la régularité et l’observance religieuse quiy régnaient. Il avait espéré voir MgrWisemanmais n’a pu le faire. Il a rencontré MgrUllathorne et a assistéen sa compagnieà la distributiondes prix au séminaire d’Oscott. Il a pu rendre visite àson ami Lord Shrewsbury et voir en personne la magnifique maison deretraites Saint-Wilfrid quibien qu’occupée par les Oratoriensavait été offerte aux Oblats. De Maryvaleil s’estrendu à Birmingham visiter la communauté établieà cet endroit. Il a refusé l’invitation de demeurerchez Lord Herries à Everinghampréférant habiterau petit prieuré« vraie miniature où je me trouvefort bien(9) »écrit-il.

Il est allé àManchesterle 4 juilletvoir le père Daly et ses confrèresdans la paroisse très animée où ils travaillaient.Il a béni et posé la première pierre de l’églisequ’ils comptaient construire. Il s’est rendu ensuite àLiverpool visiter l’humble hangar qui était l’ancêtrede ce qui allait être un triomphe de l’architecte EdwardWelby-Pugin. Ce serait le point culminant de sa première visitede la province d’Angleterre. Il décrit sa visite comme «un autre genre de merveille ». Il se trouvait parmi les plus pauvresdes pauvresces Irlandais frappés par la famine qui avaientcherché un faible soulagement d’un sort encore pire en Irlande.Mgr de Mazenod était comblé en voyant de sespropres yeux les merveilles que ses Oblats avaient accomplies dans cemilieu pitoyable où ils apportaient les secours de la religionà un peuple exposé à la dégradation dansce quartier pauvre des chantiers de Liverpool :

« La foule qui remplissaitla chapelle et les tribunes m’attendit au passageon se jeta surmoi pour me baiser les mainsles habits et même les pieds(10).»

C’était lapremière fois qu’il était témoin de la forteémotivité de la foi des Irlandais; elle l'a fortementimpressionné. Pour le fondateurcette visite à Liverpoola été inoubliable. Dans les quartiers pauvres de LiverpoolMgr de Mazenod a vu se réaliser la vocation de l’Oblatd’annoncer l’Évangile aux pauvres. Dans cet endroitla Providence a voulu que les Oblats se chargent du soin des immigrantsirlandais réduits à la pauvreté. Le premier butde leur venue en Angleterre était mis en suspens. On reconnaîtgénéralement que le renouveau catholique en Angleterredoit plus à l’invasion des Irlandais qu’à toutautre ensemble de facteurs.

On a souvent penséque si les Oblats avaient conservé leurs aumôneries auprèsdes riches et des puissantsils auraient pu faire plus pour la diffusionde la foi dans les campagnes d’Angleterre. Après LiverpoolMgr de Mazenod a visité Aldenhamoù il a confirmévingt-six personnesavant de retourner à Maryvale pour y fairele 21 juilletsept ordinations. Il a visité ensuite Penzanceoù il a baptisé et confirmé plusieurs convertis.Un mois après son arrivée en Angleterreil retournaiten France très heureux de ce qu’il avait vu.

Il avait fréquentéles riches et les pauvres du Royaume et bien quepar inclinationilait été beaucoup plus à l’aise avec les pauvresil savaitpar tempérament et en raison des circonstancesêtreà l’aise dans les cercles des aristocrates. Il avait rencontréplusieurs d’entre eux durant leurs vacances sur le Riviera françaiseet était accepté par eux comme l’un des leurs. EnAngleterreils l’avaient accueilli avec toutes les marques derespectrivalisant entre eux pour l’avoir comme hôte. Sesmanières dignessa noble prestancesa distinction naturelleavaient gagné leur estime. Il a entretenu une longue correspondanceavec les aristocrates anglais qui lui ont donné des signes évidentsd’estime et d’affection sincère. Il savaitpour sapartqu’il pouvait compter sur leur appui en faveur des membresde sa Congrégation en Angleterre et pourtant il n’a jamaissollicité leur aide. Sa Congrégation était fondéepour annoncer l’Évangile aux pauvres et c’est dansles villes qu’elle allait les trouver. C’est ainsitout simplementque le Fondateur a voulu encourager en parole et en acte le caractèreurbain de la vocation oblate. Ses amis aristocrates d’Angleterresont venus au secours de ces missionssurtout celle de Tower Hill etcertains d’entre eux ont été appelés àvivre dans le triste milieu des quartiers pauvres du East End.

Dans une lettre adresséeaux membres de la ProvinceMgr de Mazenod les félicitepour le travail qu’ils accomplissent et l’esprit de régularitéet de dévouement qu’ils manifestent partout. Les encourageantà accomplir leur travail dans l’esprit des saintes Règlesil ajoute:

« Avais-je raisonde bénir Dieu de ce merveilleux accroissement ? C’est ceque je ne cesse de faire depuis que j’ai mis le pied en Angleterresurtout pendant le saint sacrifice de la Messe. Nonjamais nous nesaurons remercier assez le Seigneur pour tout ce qu’il a daignéopérer par le ministère de notre Congrégation enAngleterre.

« Il est donc dela plus haute importancemes bien-aimésde correspondre àtoutes ces grâces par une grande fidélitécar ilne faut pas se dissimuler que le genre de ministère que vousexercezla position particulière dans laquelle vous vous trouvezdisséminés comme vous l’êtes dans l’immenseétendue de ce royaumele petit nombre d’ouvriers que vousêtesle genre de vie de ceux que vous êtes obligésde fréquenteravec lesquels vous avez des relations nécessairesles habitudes des ecclésiastiques mêmes dont vous devezcultiver l’amitié sont autant de dangers pour vous de vousécarter des saintes Règles que vous avez le devoir desuivre et de pratiqueren vertu de votre profession religieuse quivous sépare du monde et qui doit vous distinguer de tout autreecclésiastique.

« Ainsi si vous ne voulez pas perdrele fruit et le mérite de vos travauxvivez toujours conformémentà vos saintes Règles dont vous devez méditer deplus en plus l’esprit pour vous y conformer en tout tempsen touslieuxen toutes circonstances(11). »

Notes

  1. Mandements de Monseigneur l’Évêquede Marseille du 24 février et du 12 juin 1847dans Écritsoblats It. 3appendices 2 et 3p. 188-197.
  2. H.ShimmensCourts and Alleysin Liverpoolcité par D. Murray dans Centenary Commemorationof Holy Cross1949p. 3.
  3. Cité par D. Murrayop. cit.p. 5.
  4. Allocution donnée au cours d’uneréunion à l’école de la rue FontenoyàLiverpoolle 27 août 1894cité par D. Murrayop. cit.p. 26.
  5. Cité par D. Murrayop. cit.p. 24.
  6. Rapport de 1864cité par D.Murrayop. cit. p. 32.
  7. John Nugentcité par D. Murrayop. cit. P. 33.
  8. Voir Achille Reyt. IIp. 341.
  9. Lettre au père Tempierle 1erjuillet 1850dans Écrits oblats It. 3no41p. 64.
  10. Mgr de Mazenod au pèreTempierle 10 juillet 1850dans Écrits oblats It.3no 42p. 65.
  11. Acte de visite de la province d’Angledans Écrits oblats It. 3appendice 4.p. 203-204.

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