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D O C U M E N T A T I O N
O M I
No 250
(français)
janvier 2003 Frères en
communion avec les pauvres Karl M. Gaspar
c.s.s.r Conférence présentée au
congrès national des Frères des Philippines [Dans cette conférence
le frère Karl Gaspar présente le frère Mauricio Zuyco
o.m.i.comme exemple d’un religieux frère proche des pauvres et sûr de son
identité. Les considérations de l’auteur peuvent contribuer à la poursuite de
notre propre réflexion sur la vocation des frères. Les sous-titres sont de la
rédaction.]
l est très significatif que nous
soyons réunis icicomme frèresà Bacolodjuste à temps pour le festival de
Masskara [Mass signifie peuple et karaface. Un festival
où les protagonistes portent des masques et des costumeset dansent sur des
rythmes latins de mardi Gras.] Je vois là un symbole utile pour vérifier et
célébrer l’identité des frères. Bacolod estévidemmentla porte d’entrée sur
l’île de Negros. Lorsque nous entendons le nom de Negrosje suis
certain que diverses images nous viennent à l’espritque ce soit ou non la
première fois que nous visitons cette île. Il y a l’image d’un « volcan
social » rendu populaire par l’ancien évêque du diocèse de BacolodMgr Antonio
Fortich. Pour les anthropologues et les historiensil y a l’image de Papa
Isiaoce héros révolutionnaire légendaire dont le sanctuaire sur le mont
Kanlaon s’apparente à celui d’Hermano Pule sur le mont Banahaw. Il y a aussi l’image persistante du contraste
entre les riches propriétaires et les sacadas opprimésces ouvriers agricoles
ambulants originaires d’Antique dont la vie a fait l’objet de reportages dans
des documentaires aussi dramatiques que le livre explosif du père Junie Jesena
s.j. intitulé The Sacadas of Negrosparu au début des années 1970. Comme l’a mentionné le frère Armin Luistro […]il y a aussi l’image de ce garçon dont
le visage émacié a fait la couverture du magasine Asiaweekrévélant toute
l’étendue de la faim et de la malnutrition ici à Negrosdurant los tiempos
muertos
(les temps morts)les dernières années de l’automne de la dictature de Marcos
lorsque le prix du sucre a chuté. Je me souviens clairement de cette période
parce que 1985 a été l’année de mon postulat parmi les sacadas de La Granjajuste à
l’extérieur de Bacoloddans une plantation de canes à sucrepropriété d’un
des copains de Marcos. Devant
ces imagesje trouve que ce qui convient le mieux est de partager certaines
réflexions sur le sujet qui m’a été assignéc’est-à-dire « Les frères en
communion avec les pauvres ». S’il y a un endroit dans ce pays où nous
pouvons être confrontrés directement à la pauvreté dans sa réalité cruec’est
bien ici à Negros. S’il y a un lieu dans tout l’archipel où un frère peut être
vraiment en communion avec les pauvresc’est à Negrosun pays de contrastes
et de contradictions. Le leitmotif du masquetel que symbolisé par l’icône des
masques de la joie et de la tristesseest un symbole qui convient à cette île. La mission de
Kulaman Permettez-moicependantde ne pas
parler des pauvres de Negros mais de ceux d’un autre endroitKulamanSultan
Kudaratoù je demeure et fait partie de la mission itinérante des
Rédemptoristes. Pour vous familiariser avec le contexteje vais vous conter
l’histoire d’un frère dont la vie en communion avec les pauvres révèle
l’identité d’un frère que nous devrions imiter et honorer. Kulaman est un plateau situé dans la
cordillère de Cotabato qui traverse MaguindanaoSultan Kudarat et
Cotabato-Sud. Il fait partie de la patrieles terres ancestrales des Dulangans
Manobosun peuple indigène de cette région. Dans les régions avoisinantesse
trouvent les pays des Teduraydes T’boli et des Magulndanaon musulmans. On lui a donné un autre nomcelui de
municipalité de Senator Ninoy Aquinomême si la plupart des gensdes Manobos
et des colonsutilisent le nom de Kulaman. Jusqu’à la fin des années 1950la
population de Kulaman était composée uniquement de Manobos. Depuis ce temps et
jusque dans les années 1960des Ilocanos et des Pangasinenses ont immigré des
régions côtières de Lebak et Kalamansig sur ce plateauen rêvant d’acquérir un
morceau de terre à cultiver. Dans les années 1970lorsque les compagnies
forestières sont arrivées dans la régionla seconde vague d’immigrants est
venue s’établir sur ce plateauà savoir des Ilonggosdes Karay-as et des
Capizeños. Dans les années 1990c’était au tour des Cebuanos de venir des
autres parties de Mindanaoy compris Davao et Zamboanga. Aujourd’huiKulaman a une population
d’environ 40 000 habitantsqui compte uniquement 8 000 Manobos. Ils
ont été chassés de leurs terres avec la disparition des forêts. Au milieu de
paysages éblouissants et de vues impressionnantesqui constituent certains des
plus beaux paysages de ce côté-ci de Mindanaola pauvreté est le lot de la
majorité de la populationtant des Manobos que des colons. Un frère est
venu à Kulaman C’est dans le milieu des années 1980
qu’est arrivé à Kulaman un frère dont la viele travail et le témoignage de
frère constituent de quoi former une légende. Il est toujours bien-aimé des
gens de Kulaman longtemps après son départà la fin des années 1990. Son
histoire fait déjà partie de la tradition orale sur ce plateauet tant les
Manobos que les colons en gardent un souvenir ému. Chacun savait qu’il était frère et on
l’appelait par ce nom. Ce pouvait facilement être Kuya pour ceux provenant de LuzonManong ou Manoy
pour les Bisayas et Kakay pour les
Monobos. Il était partout dans la paroisse; il parcourait tous les chemins et
les sentiers pour rejoindre les genssurtout les pauvres. Pendant la décennie
où il a vécu à cet endroitson cœur a toujours été enflammé par le désir
d’être en communion avec les pauvres et il a fait tout ce qu’il pouvait pour
être à leur service. Lorsque je suis venu pour la première
fois à Kulamanen juin 2001j’ai aussitôt découvert qu’il était devenu une
légende dans la place. En me présentant comme frèreles gens ne m’ont pas demandé
quelle était la différence entre un prêtre et un frèresi je m’orientais vers
la prêtrise ou nonet toutes ces questions qui peuvent parfois être
irritantes. […] Dans un tel contexte uniquej’ai rencontré des gens qui
comprenaient la vocation de religieux frère. Le frère “Mau” En effetc’est grâce au frère Mauricio (ou Mau) Zuycoo.m.i.que l’identité du frère
est très claire à Kulaman. Et nous sommes privilégiés d’avoir le frère Mau
parmi nous aujourd’hui dans cette assemblée. Le frère Mauricio est originaire de cette île de
Negrosplus spécifiquement de Kawayandans le Negros occidental. Il y est né
le 8 février 1938. À neuf ansses parents ont déménagé à Marbelconnu
aujourd’hui sous le nom de Koronadal. À vingt ansil est entré chez les Oblats
de Marie Immaculée. Il a fait ses premiers vœux en1960 et sa profession
perpétuelle en 1967. Avant de venir à Kulamanau milieu
des années 1980il a travaillé à l’école Notre-Dame de Marbelà l’imprimerie
Notre-Dame et parmi les Tedurays à Upi. Il a collaboré à l’établissement des
écoles Notre-Dame de TubuanFantilMandalayKabug-kabugBlala et Upi-Nuro. Il a même été assistant directeur des
vocations. Le frère Mau à
Kulaman Mais c’est à
Kulaman que le frère Mauricio a donné sa pleine mesure et s’est ainsi forgé une
identité de religieux frère enraciné avant tout dans l’appel de l’Évangile à
être en communion avec les pauvres. Avec ses confrères oblatsil a répondu aux
besoins pressants des Manobos à travers la scolarisation des adultesles
projets axés sur la communauté de base et le développement agricole de même que
l’aide apporté aux gens dans la défense de leurs terres ancestrales contre les
usurpations des immigrants à la recherche de terres et les compagnies
forestières. Cependantil s’est aussi beaucoup soucié du
bien-être des colons immigrants. À une époque où le gouvernement était très
lent à répondre aux besoins d’éducation des enfantsle frère Mauricio a
rassemblé les citoyens intéressés etensembleils ont fondé l’école Notre-Dame
de Kulaman en 1986. C’est aussi bien la situation de
pauvreté que la déforestation massive qui l’ont poussé à s’engager dans des
projets d’écologie. Il a poussé les gens à planter des arbres fruitiers comme
le jackfruitle durianle rambutanle pomelo et l’avocatet des arbres à
replanter dans les forêts comme le narrale lauanle bagrass et l’eucalyptus.
C’est devenu une passion pour lui qui a planté des centaines d’arbres.
Aujourd’huila colline jadis dénudée sur laquelle l’église avait été
construite est une oasis d’arbres qui ont produit des semences quià leur
toursont devenues de jeunes plants puis des arbres servant à retenir l’eau. Lorsque le frère Mauricio a complété
ses dix ans de ministère auprès des Manobos et des colons pauvreset de
défense la natureKulaman n’était plus le même endroit que lors de son arrivée
en 1985. Avant de partir vers son nouveau poste sur l’île de Bato-batoqui
fait partie des îles Sulu que les Oblats desserventcette fois pour travailler
auprès des Tausogdes Sama D’laut et des colons chrétiensil avait bien servi
les gens de Kulaman. Et leurs cœurs reconnaissants en gardent toujours le
souvenirde sorte que chaque fois que le frère Mauricio va à Kulaman pour une
rare visiteil y a une fête spontanée en son honneur. Dans bien des années
lorsque nous tous auront disparu de la face de la terreje ne serais pas
surpris de voir les gens le canoniser sous le nom de San Mauricio de Kulaman L’histoire du frère
Mauricio est propice au thème de notre congrès. Par toute sa vie et son
témoignageil a approfondi eten même tempscélébré son identité de frère.
J’ai personnellement été témoin des fruits de la révélation de son identitéje
suis profondément convaincu que c’est cette même identité qui nous aidera tous
à promouvoircultiver et approfondir notre vocation de religieux frères. À
cette époque post-moderneoù la question d’identité est au cœur des
préoccupations des individusdes communautésdes groupes et même des peuples
nouscomme frèresaurions avantage à nous approprier une identité forgée sur
l’engagement actuel de frèrestels que le frère Mauricioauprès des pauvres
et en communion avec eux. Une diversité
de ministères et de services Aujourd’huiil y a plusieurs frères
Mauricio parmi nous aux Philippines. Il y d’autres frères qui travaillent chez
les Lumad(les peuples indigènes) : les Maristes à Palawan
et à Cotabato-Sudles Clarétains à Basilan et Ipilles Franciscains à
Zamboanga del Sur. Il y a des frères qui travaillent auprès des enfants de la
rue et des jeunes délinquantstels les frères qui ont mis sur pied et opèrent
le centre Kuya de Quezon Cityce qui pourrait conduireselon les mots du
frère Dennisà la fondation des Frères de Kuyaavec Chad comme premier novice. Il y a aussi des frères qui
travaillent auprès des malades et forment du personnel sanitaire comme les
Alexiensles Fils de Marie et les Frères hospitaliers. Il y a les frères qui
sont rattachés aux systèmes officiels d’éducation et qui répondent au besoin
des pauvres étudiants d’acquérir une formation en agriculturedans des métiers
ou en techniques ; ils aident ainsi à combattre la pauvreté. Les cours
publics du soir des écoles dirigées par les frères ont créé un pont vers un
avenir meilleur pour les communautés pauvres que nous desservonscomme celle
que dirige le frère Vincent icià Bacolod. La liste est encore longue etgrâce à
Dieuelle va en augmentant. Nous ne manquons pas de modèles et d’expériences
concrètes de frères qui ont manifesté leur capacité d’être profondément en
communion avec les pauvres. Depuis même avant Vatican II jusqu’à nos joursil
y a eu des frères qui nous ont montré le chemin pour marcher à la suite du
Christ. Poursuivant leur cheminement dans la réalisation de leur missionils
se sont forgé une identité qui est apparue claire aux yeux des mêmes genres de
personnes que Jésus a servies dans sa vie. Aux sources de
l’identité du frère Dans le mouvement actuel de
mondialisationque Mgr Chito Tagle a moralement défini comme
sans racines (walang ugát)sans pitié (walang awà) et sans
avenir (walang kinabukasan)et dans la perspective que présentent
plusieurs documents de l’Égliseà partir des actes et des décrets du second
concile plénier des Philippinesjusqu’à Vita consecratanous
religieux frères des Philippinessommes appelés à mettre en valeur et à nous
réapproprier une identité quiau plus profond d’elle-mêmes’enracine dans le
défi évangélique de servir les plus petits de nos frères et sœursles pauvres
et les opprimés parmi nousles anawim de Jésus dans le
monde d’aujourd’hui. À cet égardil est important d’ancrer
notre conception du frère tant dans notre contexte spatio-temporel que dans
celui de notre vocation dans la foi. Il n’y a qu’une chose sur laquelle
nous pouvons fonder notre conception du frèrec’est la source même de la
lumière que nous cherchons. Jean nous rappelle celui qui est cette
source : « Tout fut par luiet rien de ce qui futne fut sans lui.
En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes et la lumière brille
dans les ténèbreset les ténèbres ne l’ont point comprise » (Jn 13-5). Notre conception du frère peut
incarner cette lumière parce que notre identité même s’enracine en Jésusla
source de lumièrecomme notre frère. Nous sommes des frères parce que Jésus
est notre frère ; Jésus est notre « kuya » (frère aîné)
« manong »« manoy »« kakay ». C’est un
contexte culturel qui peut s’avérer une mine riche de réflexion théologique sur
l’identité du frère. C’est pourquoi nous espérons qu’un plus grand nombre de
supérieurs enverront des frères étudier la théologiede telle sorte que nous
ne dépendions plus des clercs pour réfléchir sur notre vocation. C’est parce
que Jésus nous invite tous à être des frères et des sœurs les uns pour les
autres que nous le suivons et faisons ce qu’Il commande. C’est parce qu’Il est
le frère de tous que nous pouvons aussi être des frères pour tous les autres
surtout les plus abandonnés […]. Vita consecrata déclare que
les frères participent « à la mission de proclamer l'Évangile et d'en témoigner
par la charité dans la vie de tous les jours » (no 60). Dans notre vie de chaque jourJésus est le
cultivateur dans les champsl’ouvrier sur la place du marchél’habitant des
taudisl’enfant de la rue. Prenant notre frère Jésus pour modèle
nous avons l’audace d’ouvrir des perspectives qui peuvent être source de
lumière pour les autres. En communiquant avec Jésus notre frèrenous nous
lions aussipar solidaritéavec nos frères et nos sœurs dans le besoin. Pour
le frère Joel Giallanzac.s.c. : « C’est à travers notre relation
avec le Seigneur que nous démontrons qu’il est possible de suivre l’exemple de
Jésus dans le monde actuel…[caractérisé par] le désintéressement… et le service
des autres... Agir comme des frères dit clairement l’importancela nécessité
et l’urgence de suivre de l’exemple Jésus aujourd’hui[1]. » Promouvoir
la paix et l’unité – créer des liens Une des réponses concrètes au défi
d’entrer plus profondément en communion avec les pauvres est de s’approprier
une façon de voir permettant d’établir des relations avec les gens qui
manifestent la possibilité de vivre en paix et dans l’unité. Le frère Giallanza
nous propose ceci : « La riche diversité que représentent les
différences socialespolitiquesreligieusesculturelles et ethniques sert
trop souvent à créer des divisions entre les gens. Et en même temps que les
barrières supportant ces divisions se renforcentla destruction mutuelle
semble plus efficace que le dialogue et la coopération. Les conflitsla
violence et la guerre deviennent alors les façons habituelles d’affronter les
différences dans la vie. Agir comme des frères signifie faire tous les efforts
possibles pour montrer que les différences entre les gens sont des motifs
d’action de grâces et non des fardeaux et des ennuis à éviter[2]. »
À cet égardnous pouvons relever ce que le frère Armin Luistro a dit hier à
propos du défi que nous avons de dénoncer la guerre contre l’Irak que propose
George Bushcomme le suggérait le chroniqueur de l’estimé EnquirerConrado de
Quiros. Le frère David Werthmannc.s.s.r.ajoute à cette
réflexion: « La vie religieuse a toujours été une réponse prophétique aux
besoins de la société à un moment particulier. Le monde contemporain est plein
de liens rompus : d’abus physiquesémotifs et sexuels ; de
contestations politiques et de guerres. Parmi les plus grands besoins de la
société contemporaineil y a certainement le témoignage de ceux qui se
réunissent en communauté pour vivre le partage de la foise supporter les uns
les autres dans leur croissance et leur bien-êtretravailler côte à côte dans
une paix et une harmonie relatives et se rapprocher les uns des autres… et du
Seigneur[3]. » Une véritable
fraternité Se situant plus près de chez luidans
le contexte de l’Asiele frère Armin Luistrof.é.caffirme : « Le
scandale de la division même entre les nombreuses races et cultures de l’Asie
fait ressortir la valeur de témoignage prophétique d’une communauté qui vit en
authentique fraternité. Presque toutes les formes de violence dans la région
sont suscitées et perpétuées par une organisation militaire ou pseudo-militaire
à prédominance masculinequi fausse le sens véritable de la fraternité. Les
structures de la société et de l’Église sont trop hiérarchiques et sont portées
à insister sur le pouvoir plus que sur le servicesur le travail plus que sur
les relationssur les réalisations plus que sur la personne. Il est facile
pour des religieux frères de tomber dans le même piège[4]. » En pratiquecette visée invite les frères à
s’engager dans les divers mouvements qui favorisent l’harmonie entre les
groupes que les différences ont conduits à l’affrontement. Dans notre pays et
dans les pays voisinscela comprend les conflits entre les gens de diverses
races et groupes ethniquesreligions et traditions de foiclasses et
cultures. Le chauvinisme masculin et les structures patriarcales qui ont
opprimé les femmes ont aussi engendré des tensions et des conflits. Si nous
sommes des frères imbus de cette viséenous devons nous engager dans des
mouvements qui favorisent le dialogue entre les religions et entre les ethnies
et la sensibilité aux différences entre les genres ! De tels engagements n’impliquent pas nécessairement des
interventions de grande envergure qui exigent des ressources financières et
techniques importantes. Certaines des meilleures initiatives de dialogue entre
les religions sont prises aujourd’hui sous forme de ministère de présence
d’immersion parmi les gens ordinaires et de réalisations communes des choses de
la vie quotidienne. Être un frère
aîné On peut aussi relier cette visée à
notre culture prédominante où un frère plus âgé est appelé kuya ou manong. Dans
plusieurs cultures asiatiquesle frère aîné joue un rôle très important. En
l’absence des parentsc’est le frère aîné que les parents chargent de voir aux
plus jeunes. Longtemps après que les plus jeunes frères et sœurs ont eu leurs
propres famillesle kuya veille encore sur leur bien-êtres’assurant
qu’ils ne manquent jamais des choses essentielles. En langage paulinienle
religieux frère est « le premier-né de nombreux frères » (Rm 829). « Ces
religieuxdit Vita consecrata sont
appelés à être des frères du Christprofondément unis à Lui [...] frères entre
euxdans l'amour mutuel et dans la coopération au même service pour le bien
dans l'Église; frères de chaque homme par le témoignage de la charité du Christ
envers tousspécialement envers les plus petits et les plus nécessiteux;
frères pour une plus grande fraternité dans l'Église » (no 60). La solidarité
avec les plus abandonnés Encore une foiscette visée se
concrétise chaque fois que les frères sont capables d’exprimer cette solidarité
avec les plus abandonnésqui sont aussi les plus marginalisés. Parfoiscela
peut signifier répondre directement aux affamés en leur offrant une soupe
chaudeaux malades en traitant leurs maladiesaux prisonniers en les visitant
en prison et aux sans-abri en leur offrant un toit. Mais d’autres frères peuvent
s’attaquer aux causes structurelles de l’appauvrissement des pauvres en
s’impliquant eux-mêmes dans les questions de justicede paix et d’intégrité de
la création. Que l’impact de leur engagement soit à brève ou longue échéance
c’est en servant les pauvres que les frères manifestent leur compassion. Pas des non-clercs Il nous fauten effetprojeter une image
positive et mieux définie de nous-mêmes par le fait que nous suivons le Christ
dans une vie consacrée par des vœux. Jusqu’à nos joursles frères se sont
débattus avec une crise d’identité manifestée par le problème de projection
d’image. Pendant longtempsnous et d’autres personnes avons défini notre
identité en termes négatifs : nous sommes des non-clercsnous sommes des
non-ordonnésnous ne sommes pas des séminaristes ou des cursillistes. En
d’autres motsnous donnons à comprendre que le frère se définit par ce qu’il
fait. Tout cela a créé de l’ambiguïté sur ce que les frères sont en réalité. On
a pu appeler cela une « heureuse ambiguïté » ; c’est le titre
que porte un livre paru à la suite d’un congrès sur les frères parrainé par la
Conférence des supérieurs majeurs des communautés masculinesl’Union nationale
des frères religieux et par les Frères des écoles chrétiennes des États-Unis. Si
l’on voit cela dans une perspective post-modernel’ambiguïté n’en est pas une
dont on devrait nécessairement se soucier. Une personne
consacrée Il y a cependant un domaine où il ne
devrait pas y avoir d’ambiguïté sur la vocation du frère ; c’est celui qui
concerne notre identité de religieux. Finalementcette identité repose sur
notre façon de vivre nos vœux de pauvretéde célibat et d’obéissance. Le frère
Giallanza a les mots suivants : « Les frères doivent vivre de telle
façon qu’ils puissent en toute assurance et honnêteté faire cette
recommandation paulinienne : « Soyez mes imitateurscomme je le suis
moi-même de Christ » (1 Co 111). Si nous croyons que notre Dieu s’est
incarnéalors l’exemple de notre propre vie doit être la première de toutes nos
réponses à cette simple question : « Qu’est-ce qu’un
frère ? » De nouveaunous devons nous questionner sur notre volonté
et notre capacité d’y répondre[5] .» Conclusion Je soutiens
qued’une partl’ambiguïté disparaît lorsque nous nous situons là où l’acte
rédempteur de Jésus continue de s’accomplir. D’autre partnotre identité
devient claire comme du cristal lorsque nous sommes capables de nous approprier
l’appel de Jésus à le suivre en témoignant de la Bonne Nouvelle annoncée aux
pauvresla mémoire de nos ancêtresy compris celle du fondateur de notre
congrégation et ses premiers membreset le charisme de la congrégation vécu
dans le contexte ou la culture de notre temps et de notre milieu. Comme nous l’avons vu dans la vie du
frère Mauriciola crise d’identité devient le dernier souci d’un frère
lorsqu’il connaît une vie joyeuse et positive en compagnie des pauvresqui
peuvent entrevoir la venue du Règne de Dieu dans leurs vies. Après cet entretienje retourne à
Kulaman. Le père Rafael Tianeroo.m.i.a écrità la suite de ses études en
anthropologie à l’Atenao de Manillesune thèse sur la valeur fondamentale
chez les Dulangans Manobosde l’egfikadaet feduqui signifie
littéralement perdre courage devant un événement tragique ou très tristecomme
la mort d’un être cher. Si on perd courageon ne peut plus respirer et ce
n’est qu’à travers le milantek fedu ou en reprenant
courage que l’on peut respirer encore. En faisant nôtre cette valeur
culturelle riche de notre people autochtonenousfrèrespourrons facilement
connaître cette egfikadaet fedulorsque nous serons confrontés à la
douleurà la pauvretéà la souffrance humaine et à l’oppression des plus
petits de nos frères et sœurs. Cependantchaque fois que nous nous appuierons sur
l’Évangile et sur notre identité de frèresnous reprendrons inévitablement
couragele milantek feduet nous répondrons d’une manière radicale à
l’invitation de communier aux pauvresaux maladesaux faibles et aux petits. C’est ainsiune fois encoreque nous
pourrons retrouver le courage perdu et découvrir le souffle de Dieu en nous. Notes [1] Giallanza Joel
c.s.c.« Come Closer. I am Your Brother: Being and Doing
Brotherhood »dans Review for Religious585 (septembre-octobre
1999)p. 485. [2] Ibidem p. 485-486. [3] Verthman David
c.s.s.r.« Brothers in Clerical Institutes: A Hidden Gift »dans
Michael F. Meister f.é.c.dir.Blessed Ambiguity: Brothers in the Church Landover
MarylandChristian Brothers Publications1993p. 86. [4] Luistro Arminf.é.c.« The Religious Brothers Vocation as a Parable of Renewal for the Philippine Church »dans Religious Life for Asia13 (juillet-septembre 1999). p. 27-28 [5] Giallanza
Joelc.s.c. op. cit.p. 487. DOCUMENTATION OMI est une publication non
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