- 297 Janvier 2011
- 296 Novembre 2010
- 295 Mai 2010
- 294 Avril 2010
- 293 Mars 2010
- 292 Février 2010
- 291 Janvier 2010
- 290 Décembre 2009
- 289 Octobre 2009
- 288 Septembre 2009
- 287 Avril 2009
- 286 Février 2009
- 285 Novembre 2008
- 284 Septembre 2008
- 283 Juillet 2008
- 282 Avril 2008
- 281 Mars 2008
- 280 Janvier 2008
- 279 Novembre 2007
- 278 Juillet 2007
- 277 Mai 2007
- 276 Mars 2007
- 275 Janvier 2007
- 274 Décembre 2006
- 273 Octobre 2006
- 272 Juillet 2006
- 271 Mai 2006
- 270 Mars 2006
- 269 Janvier 2006
- 268 Décembre 2005
- 267 Octobre 2005
- 266 Septembre 2005
- 265 Mai 2005
- 264 Avril 2005
- 263 Janvier 2005
- 262 Décembre 2004
- 261 Novembre 2004
- 260 Juin 2004
- 259 Mai 2004
- 258 Avril 2004
- 257 Mars 2004
- 256 Février 2004
- 255 Janvier 2004
- 254 Octobre 2003
- 253 Septembre 2003
- 252 avril 2003
- 251 Février 2003
- 250 janvier 2003
- 249 Novembre 2002
- 248 Septembre 2002
- 247 Juillet 2002
- 246 avril 2002
- 245 mars 2002
- 244 février 2002
- 243 Décembre 2001
- 242 octobre 2001
- 241 Septembre 2001
- 240 mai 2001
- 239 Avril 2001
- 238 février 2001
- 237 Janvier 2001
- 236 octobre 2000
- 235 septembre 2000
- 234 mai 2000
- 233 Avril 2000
- 232 février 2000
- 231 janvier 2000
- 230 Novembre 1999
- 229 Septembre 1999
- 228 mai 1999
- 227 avril 1999
- 226 mars 1999
- 225 fevrier 1999
- 224 décembre 1998
- 223 novembre 1998
- 222 octobre 1998
- 221 mai 1998
|
Eugène de Mazenod et les Jeunes
 |
Documentation OMI |
| No. 247 - juillet 2002 |
Eugène de Mazenod
et les Jeunes
Bernard Dullier, o.m.i. |
|
Introduction:
Avant de regarder les
relations de saint Eugène de Mazenod avec les jeunes, il ne me
paraît pas inutile de rappeler qu'il fut lui-même un jeune.
Je veux dire par là qu'il fut un adolescent puis un jeune homme
partageant la vie des jeunes de son époque, avec ses joies et
ses peines, avec ses rêves et ses désillusions.
Il partage le sort de
tant de jeunes qui voient leur famille voler en éclats quand
le père et la mère divorcent. Il fut tiraillé entre
des parents qu'il aime et admire l'un et l'autre mais qui, eux, ne s'aiment
plus.
A Palerme, il partage
le sort de tant de jeunes qui se laissent attirer par tout ce qui brille.
Il connaît le désir de paraître en se donnant le
titre de comte auquel il n'a guère de droit. Il se plaît
à être admiré par la meilleure société.
De retour à Aix,
il partage la satisfaction d'eux-mêmes de tant de jeunes qui se
trouvent bien fait de leur personne et qui aiment briller dans les salons.
Mais il partage aussi avec tant de jeunes l'impression de ne plus être
compris des siens et le poids étouffant d'une famille qui décide
toujours à sa place.
Il partage avec tant de
jeunes un avenir bouché quand il se rend compte que son éducation
est en complet décalage avec les besoins du monde nouveau qui
naît. Il partage avec tant de jeunes les échecs à
répétitions : perspective de mariage avortée, carrière
préfectorale manquée
Il partage avec tant de
jeunes une prise de distance avec la foi de son enfance
Cette jeunesse d'Eugène
de Mazenod n'est sans doute pas étrangère au fait que,
quelques années plus tard, il sera si attentif aux jeunes et
saura si bien les comprendre et parler à leur cur.
Mais il a la chance de
trouver sur sa route des éducateurs qui sont là, aux moments
cruciaux pour l'aider à prendre les tournants qui feront de lui
un adulte épanoui. En premier lieu, il faut placer son digne
oncle Fortuné. Il faut citer évidemment don Bartollo Zinelli,
à Venise. Mais il ne faut pas oublier le père Magy, à
Marseille, dans les années 1807-1808 et un peu plus tard, à
Saint Sulpice messieurs Emery et Duclaux.
Eugène de Mazenod
sait ce qu'il leur doit. Il sait qu'ils ont été pour beaucoup
dans sa construction et dans son épanouissement personnel. Ils
lui ont appris que les jeunes, pour grandir, ont besoin de trouver sur
leurs routes de tels adultes.
|
|
I - Le jeune prêtre Eugène
de Mazenod et la Jeunesse
|
|
Ordonné prêtre
à Noël 1811, Eugène de Mazenod ne rentre à
Aix qu'en octobre 1812 car, entre temps, il a assuré la fonction
de supérieur du séminaire Saint-Sulpice, en remplacement
des Sulpiciens chassés par Napoléon Ier.. De
retour à Aix, il refuse toute charge ecclésiastique, même
la charge curiale, afin de pouvoir se consacrer à une autre manière
de servir l'Eglise.
"Lorsque, de retour
à Aix, l'évêque de Metz, alors administrateur
du diocèse, me demanda ce que je voulais faire, il n'y eut
pas un cheveu de ma tête qui songeât à se prévaloir
de ma position sociale pour laisser entrevoir des prétentions
que tout le monde à cette époque eût trouvées
raisonnables
Je répondis donc à l'évêque
de Metz que toute mon ambition était de me consacrer au
service des pauvres et de l'enfance."(Eugène de Mazenod
Journal du 31 mars 1839)
Toujours émerveillés
par la prodigieuse actualité du sermon de la Madeleine prononcé
au début du Carême 1813, en provençal, pour les
domestiques, les artisans, les ouvriers agricoles, les gens méprisés
de la ville d'Aix, les Oblats ont souvent oublié que ce coup
d'éclat de leur Fondateur ne fut pas le premier, mais, si l'on
peut s'exprimer ainsi, le troisième.
Il y a d'abord l'affaire
de la Germaine, cette condamnée à mort pour un crime horrible
qu'il accompagne jusqu'à l'échafaud, allant ainsi à
l'encontre des pratiques jansénistes de l'époque.
Puis, dès février
1813, l'abbé de Mazenod décide de se consacrer aux jeunes
qui traînent dans les rues d'Aix, livrés à eux-mêmes.
Plus tard, quand il se
souvient de son premier ministère, il ne retient d'ailleurs que
ces deux actions :
"Je fis mes premières
armes dans les prisons et mon apprentissage consista à m'entourer
de jeunes que j'instruisais." (Eugène de Mazenod
Journal du 31 mars 1839)
A regarder les textes
de près, nous découvrons même que, de 1813 à
1817, son action auprès des jeunes occupe l'essentiel de son
temps et constitue, à ses yeux, sa première et sa plus
importante mission.
C'est en février
1813 qu'il commence à réunir quelques jeunes dans la petite
propriété familiale de l'Enclos, à la sortie d'Aix.
Avec 7 jeunes, il fonde officiellement le 25 avril de la même
année la 'Congrégation de la Jeunesse d'Aix'. Ils sont
environs 60 à la fin de l'année, 120 en 1815, plus de
200 en 1816 et 322 à la fin de 1817.
Si, au début, il
a surtout voulu rassembler de jeunes adolescents (les premiers ont entre
12 et 16 ans), il élargit très vite son uvre aux
plus grands et, en mai 1815, il ouvre une section pour les garçons
de plus de 18 ans.
Toutes les classes sociales
sont représentées. Parmi les 7 premiers, nous trouvons
un certain Maffé de Foresta, enfant difficile et fils du premier
président de la Cour d'appel, un certain Ginoux, enfant d'une
pauvre famille d'artisans qui habitent une mansarde dans le quartier
Saint Sauveur et un certain Paul Laurent, fils naturel sans cesse battu
par sa mère adoptive.
Contrairement à
ce qu'insinue l'historien M. Sevrin quand il affirme :
'l'abbé de
Mazenod réunit la jeunesse distinguée de la ville" (Sevrin
les Missions religieuses en France sous la Restauration, page
62)
Ces jeunes proviennent
de toutes les classes sociales. En décembre 1837, on dénombre
23 fils de la noblesse, 37 rejetons de la bourgeoisie, environ de 80
fils d'artisans et une centaine de jeunes issus des milieux les plus
pauvres et de familles indigentes. D'ailleurs, la marquise d'Arlatan
note avec mépris :
"L'abbé de
Mazenod reçoit dans son uvre aussi bien le fils d'un
conseiller à la Cour que celui d'un savetier !'
Cette uvre est extrêmement
prenante. En effet, Eugène de Mazenod rassemble les jeunes deux
jours pleins chaque semaine, le jeudi et le dimanche. Parfois, il y
ajoute même le samedi. Il passe toute la journée avec eux
de 7 heures du matin à la tombée de la nuit, alternant
les catéchèses, les prières et aussi de nombreux
moments de détentes. Voici à titre d'exemple le programme
d'un dimanche :
"Au coup de 7 heures,
nous commençons une petite lecture pour donner le temps de
se rassembler. On dit ensuite Matines de la Sainte Vierge. Je fais
après une instruction d'environ une heure. L'instruction est
suivie de Laudes. Puis vient la sainte Messe. Après la Messe
une grande détente et on déjeune. L'après-dîner,
après Vêpres, une heure de catéchisme per i più
bisognosi(1). Tout le reste du temps jusqu'au soir est employé
au jeu." (Lettre d'Eugène de Mazenod à Forbin Janson
du 1er juillet 1814)
De plus Eugène
de Mazenod prépare souvent certains de ces jeunes à la
première communion ou à la confirmation. Cela veut dire
des journées de retraite supplémentaire ainsi qu'une rigoureuse
préparation des cérémonies.
Enfin le Fondateur tient
à garder le contact avec les familles qu'il rencontre le plus
souvent qu'il le peut.
Nous pouvons donc affirmer
que, pendant les premières années de son ministère,
les jeunes constituent l'essentiel de l'apostolat de l'abbé de
Mazenod. C'est à eux qu'il consacre, jusqu'au début de
1818, la plus grande part de ses activités missionnaires. A cette
date, il demande, pour se dégager un peu, à quelques-uns
des Missionnaires de Provence de l'aider et de prendre à leur
compte une partie des activités de l'uvre de la Jeunesse.
Il ne me paraît
pas indispensable de s'étendre sur les différentes activités
qui sont proposées aux jeunes. Le XIX· siècle n'est
pas le XXI· et, les temps ayant changé, les méthodes
ne peuvent qu'être différentes. Par contre, je pense intéressant
de s'arrêter aux raisons de la fondation de cette Congrégation
de la Jeunesse. Eugène de Mazenod les expose dans le Préambule
des Statuts.
Il commence par un constat
: une partie de la jeunesse a perdu tout sens de sa vie
"car l'impiété
est encouragée, les mauvaises murs pour le moins tolérées,
le matérialisme inspiré et applaudi."
Devant un tel état de chose, il
faut agir :
"Fallait-il, triste
spectateur de ce déluge de maux, se contenter d'en gémir
en silence, sans apporter aucun remède ?"
Le service de la jeunesse
devient sa préoccupation essentielle :
"Ce sera aussi pour
la jeunesse que je travaillerai ; je tâcherai, j'essaierai de
la préserver des malheurs dont elle est menacée."
Et cela, quelles qu'en soient les conséquences
:
"L'entreprise est
difficile, je ne me le dissimule pas, elle n'est même pas sans
danger. Mais je ne crains rien parce que je mets toute ma confiance
en Dieu, que je ne cherche que sa gloire et le salut des âmes."
La croissance de l'uvre
pose rapidement un problème à l'abbé de Mazenod
: celui du siège de l'association. Au début, l'Enclos
suffit. Mais rapidement, ce local s'avère trop petit.
Le 9 octobre 1814, elle
s'installe dans un coin de l'habitation la plus vaste de tout Aix, l'hôtel
de Valbelle de Meyrargues, sur le Cours :
"Les pluies et la
petitesse des jours allaient bientôt nous chasser du Jardin
et y rendre nos réunions impraticables, lorsque Madame de Valbelle
offrit son hôtel pour y rassembler la Congrégation."
(Journal de l'uvre de la Jeunesse du 9 octobre 1814)
Mais malgré les
vastes dépendances dont dispose l'hôtel, les jeunes se
montrent vite gênants et ils sont priés d'aller faire leurs
assemblées ailleurs :
"Les appartements
que la Congrégation occupait dans l'hôtel de Valbelle
étant devenus absolument nécessaires à la propriétaire,
la Congrégation a transféré ses séances
et ses réunions ailleurs." (Journal de l'uvre de
la Jeunesse du 16 avril 1815)
Les Petites Maries (Visitandines)
offrent un abri. Mais les désagréments y sont nombreux
:
"L'après-dîner, les Vêpres de
la Congrégation ne pouvaient commencer qu'après celles
des religieuses qui dépendaient du loisir ou de la volonté
de leur aumônier. Il fallait ensuite se battre pour faire vider
l'église et puis, si on avait voulu profiter des beaux jours
pour faire jouer la jeunesse, il ne fallait pas songer à revenir
à l'église à l'entrée de la nuit parce
qu'elle était fermée à cette heure-là."
(Journal de l'uvre de la Jeunesse de novembre 1815)
L'uvre doit décamper
une nouvelle fois. L'abbé de Mazenod ayant acquis une partie
de l'ancien Carmel en vue d'y installer la Société de
Missionnaires qu'il a l'intention de fonder, les jeunes s'y installent.
Ils en sont même les premiers occupants, dès novembre 1815.
Dans la pensée du Fondateur, il est clair que, maintenant les
déménagements sont terminés :
"La Congrégation
a choisi pour s'installer le chur de l'église autrefois
des Carmélites où elle espère se fixer pour toujours."
(Journal de l'uvre de la Jeunesse de novembre 1815)
Non seulement les jeunes
sont les premiers occupants mais ils sont les premiers à restaurer
le bâtiment, sur leurs propres deniers :
"Ce changement devenu
nécessaire occasionna quelque dépense. Le Conseil, dans
sa séance de ce jour, a délibéré d'y pourvoir
par le moyen d'une souscription volontaire qui a été
fixée de un à six francs. Cette souscription ne doit
être présentée qu'à ceux des congréganistes
qui sont le plus à l'aise." (Journal de l'uvre de
la Jeunesse de novembre 1815)
C'est le 21 novembre que
"le chur qui doit servir de chapelle aux jeunes" est béni
par l'abbé Beylot, l'un des vicaires généraux capitulaires.
Sans insister sur les
moyens pédagogiques qui sont ceux d'une époque, je veux
retenir seulement quelques points qui me semblent être les axes
saillants de cette uvre de la jeunesse, axes dont beaucoup me
semblent ne pas avoir pris une seule ride aujourd'hui :
|
-
Eugène de Mazenod
croit en l'éminente dignité de chacun d'eux, même
les plus pauvres et les plus délaissés. C'est ainsi
que, à la confirmation du 6 avril 1817, alors qu'aucune place
ne leur est réservée dans la cathédrale, il
n'hésite pas à faire installer ses jeunes dans le
chur de l'édifice autour de l'autel.
-
Eugène de Mazenod
fait régner une atmosphère de joie. Si les prières,
les catéchèses sont nombreuses, il y a aussi des jeux,
des sorties à la campagne, des après-midi autour des
marrons que l'on fait griller
|
|
Je terminerai cette première
partie par deux remarques.
La première est
qu'il n'a été question jusqu'à présent que
des garçons. N'en soyons pas surpris. A l'époque, les
uvres mixtes ne sont pas envisageables. Mais nous verrons que,
à Marseille, le Fondateur développera les uvres
en direction des garçons comme des filles.
La seconde est qu'il n'est
pas inutile de signaler que 36 de ces jeunes sont entrés chez
les Missionnaires de Provence et que 17 y sont restés, parmi
lesquels Marcou, Honorat, Courtès et Guibert.
|
| II La Jeunesse dans nos textes
fondateurs |
| 1 La Lettre aux vicaires capitulaires du 25 janvier
1816 |
|
Nous avons vu combien,
entre 1813 et 1815, Eugène de Mazenod s'est consacré aux
jeunes d'Aix. Aussi, lorsqu'il décide de rassembler quelques
prêtres pour évangéliser les campagnes provençales,
il ne peut pas oublier les jeunes, d'autant plus qu'ils envahissent,
deux jours par semaines les locaux des Missionnaires de Provence. Il
n'est donc pas étonnant, même si les Oblats l'ont un peu
oublié aujourd'hui, que ces jeunes figurent en bonne place dans
la lettre que les abbés de Mazenod, Tempier, Mye, Icard, Deblieu
et Maunier adressent aux vicaires capitulaires d'Aix pour demander la
reconnaissance des Missionnaires de Provence.
"Leur vie
(des Missionnaires de Provence) sera partagée entre
la prière, la méditation des vérités saintes,
la pratique des vertus religieuses, l'étude de la Sainte Ecriture
et des Pères et la prédication et la direction de
la jeunesse." (Lettre aux Vicaires Capitulaires du 25 janvier
1816)
Ainsi donc, après
une longue énumération de ce que les Missionnaires devront
faire pour leur sanctification personnelle quand ils seront à
l'intérieur de la communauté, deux activités missionnaires
sont envisagées à l'extérieur de la maison : la
prédication et les jeunes. Nous pouvons donc dire, au regard
de ce texte, que la mission auprès des jeunes est constitutive
de la mission de nos premiers pères.
|
|
2 La Règle dite de saint
Laurent du Verdon de septembre 1818
|
|
C'est lorsqu'une seconde
maison est proposée aux Missionnaires de Provence, celle de Notre
Dame du Laus dans le diocèse de Digne, qu'Eugène de Mazenod
se retire avec le diacre Moreau et l'acolyte Suzanne, dans la propriété
familiale de Saint Laurent du Verdon pour jeter les bases d'un texte
nouveau : des Règles en bonne et due forme, qui feront passer
le groupe de l'état d'une société de prêtres
à celui d'une congrégation religieuse.
C'est sur la base de ce
texte approuvé grâce aux voix des 'novices' Suzanne, Dupuy
et Courtès que les Missionnaires de Provence prononcent leurs
vux de religion le 1er novembre 1818.
Il est donc aisé
de comprendre l'importance de ce texte qui oriente toute l'action à
venir du groupe. Alors que l'uvre de Jeunesse, en pleine expansion,
comporte plus de 300 membres et que les pères Moreau et Tempier
se sont joints au père de Mazenod pour s'en occuper, il n'est
donc par surprenant de trouver au chapitre troisième du texte
:
"La direction
de la jeunesse sera regardée comme un devoir essentiel dans
notre Institut. Le supérieur général
chargera spécialement un ou plusieurs missionnaires de cet
emploi dont il s'acquittera lui-même aussi assidûment
que les autres devoirs de sa charge le lui permettront." (Règle
de 1818 chapitre 3)
Notons l'importance que
revêt ce travail auprès de la Jeunesse : il s'agit d'un
devoir essentiel des Missionnaires de Provence dont le supérieur
général lui-même devra s'acquitter. Le texte souligne
encore l'importance de cette mission lorsqu'il dit :
"Le supérieur
général se fera rendre compte de l'état
de l'uvre de la Jeunesse avec le même soin et dans le
même détail que du noviciat même." (Règle
de 1818 chapitre 3)
Enfin, alors que la Société
ne possède encore qu'une seule communauté, la maison du
Laus qui vient d'être acquise n'étant pas encore occupée,
la Règle de Saint Laurent précise, prévoyant les
implantations à venir :
"La Congrégation
de la Jeunesse doit être établie dans toutes nos maisons."
(Règle de 1818 chapitre 3)
Nous voyons bien qu'au
tout début de notre famille religieuse, le travail auprès
des jeunes est perçu comme constitutif de la mission. Cette uvre
est aussi importante que l'est le noviciat. Chaque communauté
doit s'y engager à fond et aucune n'en est dispensée.
Le supérieur général doit s'y investir lui-même
personnellement. Ce n'est pas une des missions parmi les autres et encore
moins un engagement plus ou moins facultatif, dépendant des lieux
et du charisme des Missionnaires.
|
| 3 La Règle approuvée
par le Pape le 17 février 1826 |
|
Lors de son approbation
par Léon XII, la Congrégation des Missionnaires Oblats
de Marie Immaculée a derrière elle dix années de
vie, de mission et d'expérience. Elle possède 4 communautés
(Aix, Notre Dame du Laus, Marseille et Nimes) dans lesquelles elle a
pu vérifier comment 'fonctionnaient' les différents points
de la Règle de 1818.
Compte tenu de tout cela,
la Règle de 1818 est modifiée dans le texte officiel présenté
à Rome. Certains points, considérés comme irréalistes
ou impossibles à vivre, sont abandonnés alors que d'autres
sont modifiés ou précisés.
Pour ce qui est de la
Jeunesse, l'article est entièrement maintenu et laissé
à sa place. Donc, dans le texte approuvé par l'Eglise
et qui sanctionne de façon définitive la Mission des Oblats
de Marie Immaculée, "l'uvre auprès des jeunes
est un devoir essentiel de l'Institut".
Tout ce qui était
dit dans le texte de 1818 est reproduit dans le texte de 1826. On se
contente d'ajouter deux précisions qui ne manquent pas d'intérêt
:
"Il (le supérieur
général ou celui qui sera spécialement chargé
par lui de l'uvre de Jeunesse) se fera un devoir de les (les
jeunes) connaître par leur nom."Il aura des rapports
fréquents avec leur famille."
Nos Constitutions approuvées
par Rome insistent donc sur le caractère très humain des
relations qui doivent s'établir dans la mission auprès
des jeunes. De plus ils doivent être considérés
dans la totalité de leur vie et la famille, dans toute la mesure
du possible, garde un rôle éducatif important.
|
| 4 Les textes postérieurs |
|
Cet article sur la Jeunesse
sera maintenu sans aucune modification, à travers toutes les
réformes de nos Constitutions, jusqu'au texte de 1966 qui le
fera disparaître. Le texte de 1982 réintroduira la présence
aux jeunes à l'article 53, mais uniquement sous l'aspect vocationnel.
Cela me semble très restrictif et assez contraire à l'esprit
même du Fondateur.
Mais cela n'est que l'aboutissement
d'une longue évolution qui commence avec la mort du Fondateur.
En effet, dès 1862, la mission auprès des jeunes semble
devenir une préoccupation de moins en moins importante chez les
Oblats. Cela en est à un tel point que le 16· chapitre
général, en mai 1898, rappelle avec vigueur les termes
de nos Constitutions :
"partout dans
la Congrégation, des Oblats doivent s'occuper de la jeunesse.
Il faudra, pour ce type de ministère, détacher les meilleurs
sujets, spécialement doués et qui auront reçu
une formation qui les y prépare." (Actes du Chapitre de
1898)
Le Supérieur Général
d'alors, le p. Cassien Augier, reprend cette insistance du Chapitre
dans la lettre circulaire qu'il envoie à l'ensemble de la Congrégation.
Il demande qu'on relance les uvres de la Jeunesse et il termine
ainsi :
"Nous nous sentons
pressé de faire cette publication par le vu émis
par le dernier Chapitre général." (Cassien Augier
Lettre circulaire de mars 1899)
Mais, après un
léger sursaut, la préoccupation de la mission auprès
des jeunes comme constitutive de la Congrégation retombe à
nouveau dans l'oubli. Certes, il y aura toujours des Oblats présents
auprès des jeunes. Certes il y aura des collèges oblats.
Mais, après ce Chapitre de 1898, plus jamais aucun texte officiel
de notre Congrégation ne retrouvera cette insistance de nos textes
fondateurs.
Ne serait-il pas temps
de retrouver, à la suite de Saint Eugène et de nos premiers
pères, que la mission auprès des jeunes est constitutive
de notre existence et de notre mission ?
|
| III - Le supérieur général
Eugène de Mazenod et la Jeunesse |
|
Comme supérieur
général, Eugène de Mazenod, ne remet pas en cause
ce qu'il a vécu comme jeune prêtre dans les rues d'Aix.
L'uvre auprès de la jeunesse lui semble toujours d'une
extrême importance.
Quand il quitte Aix pour
Marseille en 1823, il insiste pour que les Oblats restés à
la maison de la Fondation continuent cette uvre. Il interroge
souvent le p. Courtès sur ce qui se passe et il souhaite que
les missions auprès des jeunes se multiplient.
Il n'a guère besoin
d'insister à la maison du Calvaire car il y a là des gens
comme Suzanne et Albini qui se sentent spontanément portés
au ministère auprès des jeunes.
Plus tard, il revient
souvent à la charge à Bordeaux auprès du p. Dassy
qui semble peu pressé de se lancer dans ce type de ministère.
Il en est de même
pour les missions ad extra. Par exemple, il se réjouit que le
p. Duffo, à Ceylan, se lance dans le travail auprès des
jeunes :
"Le succès
du p. Duffo près des jeunes prouve suffisamment ce qu'il faut
faire pour former une chrétienté qui connaisse et serve
Jésus Christ notre Maître. Les pères et mères
sont trop encroûtés dans l'ignorance et les habitudes
antichrétiennes pour espérer d'en obtenir grand'chose,
mais en s'occupant de l'enfance, en la soignant, en se l'attachant,
on parviendra à renouveler cette nation ; telle est ma conviction."
(Eugène de Mazenod Lettre au p. Semeria du 29 septembre
1853)
Il bout d'impatience quand
cette mission auprès de la jeunesse ne va ni assez vite ni assez
loin.
"Puissiez-vous bientôt
vous occuper de la jeunesse pour lui donner un autre esprit que celui
qu'elle suce dans les familles
Quand vous aurez des fonds, vous
verrez si vous êtes en force d'appeler des religieuses pour
cela." (Eugène de Mazenod Lettre au p. Semeria du
10 octobre 1857)
Il aide les Oblats qui
se lancent, de leur propre initiative, dans des actions auprès
de la jeunesse. L'exemple le plus connu est celui du p. Dassy qu'il
soutient contre vents et marées lorsqu'il crée l'uvre
des jeunes aveugles. Il accepte de le voir quitter la vie communautaire
pour développer son uvre. Il n'hésite pas à
écrire personnellement à l'Impératrice pour lui
demander des fonds en faveur de la première maison dont il tient
personnellement à poser la première pierre le 1er
mai 1859.
"L'uvre dont
il s'agit peut être d'un grand secours pour cette jeunesse particulièrement
malheureuse et pauvre. Aussi je ne saurai donc craindre d'imposer
votre auguste générosité et l'Empereur daignera
pardonner la liberté que je prends d'intéresser Sa Majesté
à cet établissement naissant." (Eugène de
Mazenod Lettre à l'Impératrice du 19 juillet
1858)
Nous pourrions dire la
même chose pour le p. Guigues au Canada. C'est à cause
de la mission auprès des jeunes que le Fondateur l'autorise à
ouvrir un collège à Bytown, alors qu'il estime que les
Oblats ne sont pas faits pour tenir des collèges.
De même pour Mgr
Allard en Afrique du Sud, auprès duquel il insiste :
"Qu'il (le p.
Barret) répugne à faire une école, je le conçois.
Ce n'est pas notre vocation
Cependant il est des cas où
il faut savoir s'y prêter." (Eugène de Mazenod
lettre à Mgr Allard du 30 mai 1857)
Nos premières communautés
ne ressemblent en rien à des couvents austères fermés
sur eux-mêmes. Elles ressemblent plutôt à des ruches
bourdonnantes souvent envahies par les jeunes.
Un coup de chance m'a
permis de découvrir une liasse de feuillets, datés de
1848 et de 1849 et qui décrivent les différentes activités
de la maison d'Aix en direction de la jeunesse. La liste est assez impressionnante.
Il y a d'abord le catéchisme
de persévérance. Le registre des conférences de
saint Vincent de Paul nous apprend qu'il fut institué dans la
ville d'Aix sur l'initiative des 'pères de la Mission'. Les 5
curés, tout en approuvant, refusèrent 'par manque de
temps' de s'y investir et 'dirent n'avoir aucun local paroissial
à mettre à la disposition de ces jeunes'.
"Les pères
de la Mission acceptèrent alors de prêter des locaux
de leur communauté et demandèrent à nos messieurs
de bien vouloir les aider dans cette mission et d'acheter quelques
jeux pour distraire les jeunes gens entre les différentes instructions''
(Société de saint Vincent de Paul d'Aix délibération
du Conseil du samedi 2 juin 1849)
Les listes méticuleusement
tenues nous apprennent que ce sont ainsi 132 jeunes, âgés
de 11 à 15 ans, qui se réunissent chaque jeudi, toute
la journée, dans les locaux du Cours, sous la conduite de 2 ou
3 oblats.
Il y a ensuite l'uvre
des jeunes indigents. Le titre sonne sans doute mal à nos oreilles
d'aujourd'hui, mais l'uvre n'en est pas moins admirable puisqu'il
s'agit d'assurer un soutien scolaire pour ces jeunes de milieu très
défavorisé. Ils sont 21.
Il y a encore l'ancienne
uvre de la Jeunesse qui a changé de nom et s'appelle maintenant
l'uvre du patronage. Mais son principe est resté le même.
Elle regroupe 117 jeunes gens de 12 à 16 ans, encadrés
par 23 'vétérans' de plus de 16 ans. Confiés au
supérieur de la maison, ils se réunissent le dimanche
toute la journée et parfois aussi aux vigiles des grandes fêtes.
L'uvre des 'petits
savoyards' date du temps du Fondateur. Elle a pour mission de veiller
sur les jeunes qui, pour échapper à la misère,
descendent en ville en hiver et trouvent de l'argent en ramonant les
cheminées. Ils sont totalement livrés à eux-mêmes,
ne sachant ni où loger ni où manger. Toujours en lien
avec la Société de Saint Vincent de Paul, les Oblats prennent
ces jeunes en charge, subvenant à leurs besoins matériels
et spirituels et veillant à ce qu'ils suivent une certaine scolarité.
En 1848, ils sont 11, âgés de 11 à 17 ans.
En 1847, un Oblat (je
n'ai pas réussi à trouver lequel) ouvre dans la maison
d'Aix une école du soir pour de jeunes ouvriers. En 1848, ils
sont 32 inscrits à venir plus ou moins régulièrement.
Le plus jeune a 15ans et le plus âgé 29.
Dans le même ordre
de chose, et semble-t-il à la demande du Fondateur lui-même,
les Oblats, toujours aidés par la Société de Saint
Vincent de Paul, ouvrent leur maison aux jeunes militaires en garnison
à Aix et créent à leur usage une sorte de 'club'
où ils peuvent se détendre, être catéchisés
et se préparer à la première communion et à
la confirmation. 4 sections de 7 à 11 membres chacune, dont 2
sont des sections d'analphabètes.
Terminons en rappelant
que, la maison d'Aix continue à cette époque comme au
temps du Fondateur, à loger quelques jeunes étudiants,
principalement des étudiants en droit et nous aurons le tableau
à peu près exhaustif des jeunes qui, à des titres
divers, fréquentent la maison de la Fondation dans ces années.
Notons encore que les Oblats se font aider pour beaucoup de ses missions
par des laïcs, en particulier par la très dynamique Conférence
de Saint Vincent de Paul qui a, elle aussi, son siège au 60 du
Cours.
Ce qui est vrai pour Aix
l'est également pour le Calvaire. Un registre nous montre à
peu près les mêmes uvres, avec en plus deux missions
orientées vers les jeunes migrants : les jeunes Italiens (c'est
le fruit du travail du p. Albini) et les jeunes Allemands. Nous trouvons
aussi la trace d'un groupe de jeunes sortis de 'maisons de redressement'
se retrouvant au Calvaire, sous la responsabilité du p. Mye.
Ce tableau est évidemment
impressionnant. Pour ma part, sans ces feuillets écrits soit
par un Oblat, soit plus vraisemblablement par un 'confrère' de
la Société de Saint Vincent, je n'aurais jamais soupçonné
que la maison d'Aix pouvait recevoir tant de jeunes. Jamais non plus
je n'aurais pu penser que la mission auprès de la Jeunesse, considérée
comme si importante par le Fondateur, avait été prise
tellement au sérieux à Aix et à Marseille.
Ces uvres de jeunesse
prennent place dans tout un ensemble. Elles ne sont pas exclusives des
autres formes d'apostolat mais, de même que la Jeunesse fait partie
constitutive d'une société civile, la mission auprès
des jeunes est bien vécue comme constitutive de la mission auprès
de tout un peuple auquel les Missionnaires sont envoyés.
|
| IV L'évêque Eugène
de Mazenod et la Jeunesse |
|
Une étude approfondie
de l'attitude de Mgr de Mazenod vis à vis des jeunes déborderait
le cadre du regard que nous voulons porter, comme Oblats, sur la mission
du Fondateur.
Toutefois une vie d'homme
ne peut pas se couper en morceaux et, à partir de 1837, nous
ne pouvons pas comprendre les rapports d'Eugène de Mazenod avec
les jeunes sans regarder son attitude d'évêque.
|
| 1 La Catéchèse
|
|
C'est d'abord par la catéchèse
que Mgr Mazenod va montrer son souci des jeunes. Dès 1837, lors
des tournées de confirmation il note :
"J'ai été
fort content de l'attention que les enfants ont apportée à
mon instruction
Il n'est que trop sûr que personne ne
se met en peine d'exciter dans leurs âmes des sentiments dont
ils sont pourtant susceptibles. On leur apprend sèchement la
lettre du catéchisme
mais on ne s'applique pas à
faire ressortir la bonté de Dieu, l'amour infini de notre Seigneur
Jésus Christ pour les hommes. On ne façonne pas leur
cur." (Eugène de Mazenod Journal du 13 septembre
1837)
Il lui semble important
de leur parler une langue qu'ils comprennent :
"Ici (à
Auriol) comme partout, j'ai pu remarquer à l'extrême
attention des enfants quand je leur parle, combien il est indispensable
de les instruire dans leur langue." (Eugène de Mazenod
Journal du 3 octobre 1837)
Pour que l'instruction
qu'ils reçoivent ne soit pas abstraite, il décide rapidement
d'imposer dans son diocèse un nouveau catéchisme car
"C'est tout ce que
tiendront ces enfants pour tout le reste de leur vie. Tout est dit
après la première communion pour l'instruction religieuse
et les sacrements. Il est capital de leur atteindre le cur en
leur disant l'essentiel : l'amour que Dieu leur porte" (Eugène
de Mazenod Journal du 1er octobre 1837)
|
| 2 L'Education |
|
Mgr de Mazenod estime
qu'il n'est pas possible que les jeunes s'en sortent s'ils ne sont ni
instruits, ni éduqués, ni munis d'un métier.
C'est pourquoi il fait
venir les Dames du Sacré Cur de Mère Barat pour
les jeunes filles de la bourgeoisie et les surs de la Sainte Famille
pour celles des classes plus modestes.
En direction des garçons
de la bourgeoisie, il demande aux Frères des Ecoles Chrétiennes
d'ouvrir un second établissement et il installe deux collèges
tenus par les Doctrinaires.
Pour les garçons
des classes plus défavorisées, il s'adresse aux Frères
Maristes qui, durant son épiscopat ouvrent 19 écoles,
toutes gratuites, dans les paroisses les plus pauvres de la ville et
de sa périphérie.
Comme il ne réussit
pas à trouver de Congrégations féminines qui acceptent
de faire pour les filles ce que les Frères Maristes font pour
les garçons, il demande aux curés de trouver quelques
femmes plus instruites qui, bénévolement, accepteront
d'ouvrir des petites écoles. Dans l'état des documents
à ma disposition, j'ai pour le moment retrouvé 7 de ces
écoles.
Il multiplie les fondations
religieuses qui apprennent un métier aux garçons mais
aussi aux filles, pensant, par ce moyen, lutter contre le fléau
que représente le chômage (on dit alors le désuvrement)
et la prostitution. Après les catastrophes causées par
les épidémies, il fonde des nouvelles familles religieuses
(par exemple les 'surs du Choléra') pour recevoir les orphelines
entre 15 et 18 ans et leur apprendre le métier de couturière
et pour les plus douées celui d'infirmière.
|
| 3 Les uvres de Jeunesse
|
|
Mgr de Mazenod ne se contente
pas de lancer des uvres oblates ou de les favoriser. Comme évêque
du diocèse, il fait naître une grande quantité d'uvres
en direction des jeunes et il favorise celles que font naître
des prêtres de son diocèse.
Cela concerne toutes les
classes sociales. Il demande aux Jésuites qu'il a appelés
en 1839 de ne pas se contenter de leurs cercles d'adultes, mais de favoriser
aussi des groupes de jeunes hommes de la haute société.
Il soutient ce que l'abbé Allemand a entrepris pour les jeunes
gens des classes moyennes. Il pousse aux épaules Timon David,
finançant sur sa cassette personnelle, ses différentes
innovations en direction de la classe ouvrière. Contre la majorité
des curés, il soutient l'abbé Ricard qui, depuis la paroisse
Notre Dame du Mont, s'intéresse aux jeunes sans travail.
Quand une catégorie
de jeunes lui semble laissée à l'abandon, il n'hésite
pas à faire du neuf. Ainsi quand il découvre que personne
ne s'occupe des jeunes délinquants et des sortis de prison, il
crée une congrégation religieuse : les frères de
saint Pierre aux Liens.
|
| 4 La Présence aux
Jeunes |
|
Mgr de Mazenod tient à
être présent à toutes ces uvres. Il ne se
contente pas de lancer ou de soutenir. Il lui semble important de rencontrer
ces jeunes, de les connaître et de s'intéresser à
ce qu'ils vivent.
Le 'Codex' heureusement
conservé des Dames du Sacré Cur nous fait part de
la surprise de la communauté quand Mgr de Mazenod, venu pour
la confirmation des 'grandes', reste avec elles tout l'après-midi,
participe à leurs jeux et s'amuse même à chanter
avec elles.
Même surprise de
la part du chanoine Cayre qui accompagne son évêque chez
les jeunes délinquants et qui le voit passer toute la journée
avec eux, s'attarder à les écouter au point que
"il fallut rappeler
à trois reprises à sa Grandeur que sa voiture l'attendait
depuis un certain temps car il avait des personnes qui faisaient antichambre
à l'évêché." (abbé Cayre
notes personnelles)
Quant les Surs de
Marie Immaculée (du père Dassy) voient arriver l'évêque
donnant la main à un jeune aveugle et en tenant un autre sur
son bras, elles restent sans voix.
Une autre fois, il 'perd'
un après-midi de son précieux temps épiscopal pour
s'amuser avec les grands jeunes du petit séminaire :
"Je suis allé
pour voir lancer un ballon. J'y avais été invité
par les élèves de physique. Une malheureuse corde a
causé un désastre. Au moment où le ballon s'élevait
à merveille, elle l'a retenu et en lui faisant faire la culbute,
elle l'a jeté sur une bigue qui l'a crevé. Les jeunes
s'en sont consolés en le livrant aux flammes et en gambadant
autour du feu de joie." (Eugène de Mazenod Journal
du 12 août 1838)
Une autre fois, alors
qu'il est en visite pastorale à Château-Gombert, il est
invité par les jeunes à partir avec eux pour une journée
de pèlerinage et de détente. Il accepte et monte avec
les provisions dans la charrette qui les accompagne :
"Je voyais bien qu'il
allait pleuvoir. Mais qu'est-ce qu'un peu de pluie en comparaison
du bonheur de ces enfants
La bande était nombreuse et
joyeuse et nous étions une trentaine entre grands et petits."
(Eugène de Mazenod Journal du 29 octobre 1838)
L'évêque
note avec résignation, quand il rentre à Marseille, le
lendemain de cette journée de détente imprévue
avec les jeunes :
"Bien des affaires
arriérées m'attendaient à l'évêché
où je ne suis arrivé qu'hier au soir, fort tard." (Eugène
de Mazenod Journal du 30 octobre 1838)
Ces quelques exemples,
glanés un peu au hasard, nous permettent de découvrir
à quel point, dans la continuité de ce qu'il a découvert
à Aix et de ce qu'il fait vivre à sa famille religieuse,
Mgr de Mazenod est soucieux des jeunes. Il en fait une des priorités
de son épiscopat. Il fait tout ce qu'il peut pour leur éducation
humaine et chrétienne, pour leur croissance matérielle
et spirituelle. Notons également que, sans laisser pour compte
les jeunes des classes les plus favorisées, c'est en direction
des plus abandonnés qu'il déploie toute son énergie.
|
|
V Conclusion
|
|
En conclusion, à
partir de ce que l'histoire nous apprend, je vais tenter de tirer quelques-unes
des grandes caractéristiques de l'attitude de saint Eugène
vis à vis des jeunes.
|
| 1 Etre solidaire |
|
Eugène de Mazenod
regarde le monde avec le regard que le Christ pose sur lui. C'est pourquoi
il est solidaire de ce monde et plus particulièrement de la jeunesse,
même s'il ne la comprend pas toujours, même si elle le surprend
souvent.
Quant bien même
la bonne société aixoise ou marseillaise en serait choquée,
il prend le parti de cette jeunesse souvent décriée, rejetée,
jugée et souvent abandonnée.
Un exemple magnifique
nous est fourni lors de la mission de Theys dans l'Isère en février
1837. Des jeunes se sont livrés à un joyeux "charivari
provocateur" en plein milieu de la mission et menacent de renouveler
leur exploit le jour des Cendres. Le p. Guigues décide de leur
refuser l'absolution s'ils se présentent à la confession.
Le Fondateur le lui interdit :
"Ce moment d'oubli,
en partie excusé par la circonstance des derniers jours du
carnaval, n'a fait éclater que plus vivement le triomphe de
la grâce. Qu'on se garde bien de les éloigner de la communion.
Dieu veuille que cette malheureuse pensée n'ait pas porté
les missionnaires à recevoir froidement ces jeunes gens qu'il
aurait fallu accueillir avec la plus touchante bonté."
(Eugène de Mazenod Journal du 19 février 1837)
|
| 2 Etre avec |
|
Tant comme jeune prêtre
avec son uvre de Jeunesse que comme évêque avec les
différents mouvements qu'il instaure, Eugène de Mazenod
ne se contente pas de prêcher, de célébrer des sacrements
ou même d'animer des rencontres. C'est toute la vie de ces jeunes
rencontrés qui l'intéresse. Il les connaît par leur
nom. Il souhaite savoir ce qu'ils vivent. Il s'intéresse à
leurs joies et à leurs peines. Il est toujours là aux
moments heureux ou malheureux. Il est là aux différents
tournants de leur vie d'adulte, à leur mariage, à la naissance
de leurs enfants
Chaque fois que je me
rends au caveau des Oblats au cimetière d'Aix, je fais un détour,
au bord de l'allée 6, par la tombe du jeune Alphonse Saboulin,
un des premiers membres de l'uvre de Jeunesse, qui meurt le 23
mars 1818, à l'âge de 21 ans. Et là, je pense à
cette longue présence du Fondateur auprès de tant de jeunes
qu'il a soutenus dans leur maladie et accompagna jusqu'à l'heure
de leur mort.
"Comme une mère
tendre, je n'ai rien négligé pour l'aider de tout mon
pouvoir, ce fils chéri que je formais à la piété.
Je fus à ses côtés tout au long de sa maladie
et jusqu'au moment suprême." (Eugène de Mazenod à
propos de la mort du jeune Chabot février 1815)
|
| 3 Aimer |
|
Le Journal de l'uvre
de Jeunesse comme les nombreuses lettres reçues par le Fondateur
nous montrent combien il aime ces jeunes. Il les aime parce que leurs
routes se sont croisées un jour. Il les aime parce qu'il est
touché par ce qu'ils vivent, par leur pauvreté matérielle
ou spirituelle.
Le p. Yvon Beaudoin reconnaît
que l'étonnante réussite d'Eugène de Mazenod auprès
des jeunes tient essentiellement à la capacité qu'il avait
de les aimer et d'en être aimé :
"La personnalité
de l'abbé de Mazenod et un talent particulier pour aimer et conquérir
les jeunes ont joué un rôle important dans son succès."
(Ecrits Oblats - Introduction du tome 16)
Nous connaissons tous
l'épisode de mars-avril 1814, quand le Fondateur, à l'article
de la mort, est persuadé ne devoir sa guérison qu'à
l'a prière assidue des jeunes. Il laisse alors déborder
ses sentiments :
"Chers enfants, je
veux consigner ici les sentiments d'amour, d'estime, de reconnaissance,
d'admiration que vous m'avez inspirés par votre conduite à
mon égard. Comment n'aurais-je pas pour vous un cur de
père après que vous ayez prouvé que vous m'aimiez
comme si vous étiez mes enfants ? Il est vrai que je vous ai
aimés le premier." (Eugène de Mazenod Journal,
mai 1814)
|
| 4 Faire confiance |
|
Eugène de Mazenod
nous apparaît souvent comme autoritaire et c'est sans doute en
grande partie exact. Mais, il est non moins vrai qu'il a toujours fait
confiance aux jeunes.
Nous avons vu comment
il sait déléguer dans son uvre de jeunesse. Quand
il est absent, il demande aux plus grands de le remplacer et cette délégation
de responsabilité lui semble une école très formatrice
sur laquelle il insiste.
Nous ne pouvons pas oublier
non plus combien il fait confiance aux jeunes dans l'histoire de notre
Congrégation.
C'est en donnant le droit
de vote à trois jeunes (Dupuy, Suzanne et Courtès) qu'il
réussit à transformer une société de prêtre
en une famille religieuse, en octobre 1818.
Un peu plus tard, il autorise
le jeune Suzanne qui n'est pas encore diacre à prendre un certain
nombre de responsabilités dans les missions paroissiales et même
à y donner des instructions.
Le p. Guibert n'a pas
26 ans quand il devient supérieur et le p. Courtès en
a tout juste 27. Le p. Telmon a 33 ans quand il se lance dans l'aventure
du Texas et le bienheureux Joseph Gérard est tout juste diacre
quand il arrive en Afrique Australe.
|
| 5 Etre exigeant |
|
Malgré tout ce
qui vient d'être dit, Eugène de Mazenod ne fait pas de
populisme. Il est vrai qu'il aime être aimé de ces jeunes.
Mais ce n'est pas pour autant qu'il oublie les exigences de toute vocation
d'éducateur.
La lecture du Journal
de l'uvre de la Jeunesse d'Aix nous montre combien il tient à
faire respecter les engagements que les jeunes ont pris. Il sait rappeler
à l'ordre, dire son désaccord et enfin, si cela devient
nécessaire expulser, c'est à dire constater l'inadéquation
entre le projet éducatif de l'uvre et les dispositions
du jeune.
Eugène de Mazenod
tient à faire grandir ces jeunes qu'il rencontre et toute croissance
nécessite des exigences : croissance personnelle, croissance
dans la vie de groupe, croissance dans la vie sociale et professionnelle,
croissance enfin dans la vie spirituelle.
Nous connaissons bien
la consigne qu'il donne aux missionnaires de Provence à propos
des gens qu'ils vont rencontrer. C'est sans aucun doute cette consigne
qui peut caractériser le mieux son apostolat auprès des
jeunes :
"En faire des hommes.
En faire des chrétiens. En faire des saints."
|
Rencontre sur la Mission et
les Jeunes
Organisée par lAtelier Jeunes de la Province de France Nancy,
17-18 mars, 2001
Bernard DULLIER omi |
|
DOCUMENTATION OMI est une publication non
officielle
de l'Administration générale des Missionnaires Oblats
de Marie Immaculée
C.P. 9061, 00100 ROMA-AURELIO, Italie
Fax: (39) 06 39 37 53 22 E-mail : information@omigen.org
|
Imprimez ce document
|