|
[Voici le premier de deux articles du père Camille Pichéprovincial de la province Grandinparus dans la presse catholique du Canada à l’occasion de la Semaine de la justice réparatrice (17-24 novembre 2002). Information OMI publiera le second article en janvier prochain.]
Traiter d’une façon justecompatissante et efficace des milliers de poursuites entamées par d’anciens élèves des pensionnats amérindiens constitue un défi majeur pour le Gouvernementpour Églises eten véritétous les citoyens du Canada.
Une des grandes préoccupations des Églises est non seulement la réputation de leurs membres mais la validité de l’entreprise missionnaire chrétienne elle-même. Des religieux et des religieuses ont répondu au commandement du Christ : « Allez donc : De toutes les nations faites des disciples… » (Mt 2819)de proclamer la Bonne Nouvelle de l’amour infini et de la miséricorde de Dieu. Bien qu’ils n’aient pas toujours été à la hauteur de leur tâche par inadvertancenégligence personnelle ou encore en suivant le dictat d’une société peu éclairée (c’est-à-dire la colonisation)ils ont fait de leur mieux pour être de véritables témoins de l’Évangile et plusieurs l’ont été de manière héroïque.
Sans prétendre apporter des solutions exhaustives ou faciles à des questions complexesje veux proposer l’idée de justice réparatrice comme notre meilleur espoir de réconciliation. Comme l’indique le thème de la semaine de justice réparatricenous devons tendre vers « une dignité retrouvée ».
Pendant plus de 150 ansles religieux et religieuses du Canada et un nombre considérable de laïcs se sont consacrésdans des conditions de vie des plus rigoureusesà assurerpar l’éducationun avenir aux enfants autochtones.
Dans des régions éloignées où les gens vivaient encore des ressources de la terrel’assiduité à fréquenter des externats était peu réaliste. Les pensionnats constituaient la meilleure alternative. Ces pensionnats ont été construits par le Gouvernement du Canada et dirigés par des religieux et religieuses dévoués. Malgré les limites et les défauts de ces institutionselles ont éduqué des milliers d’hommes et de femmes reconnus aujourd’hui parmi les leurs comme d’excellents dirigeants.
Malheureusementil y a eu des cas d’abus sexuels et physiques commis dans certains de ces pensionnats. L’abus sexuel est un crime grave et nous nous efforçons d’apporter une solution équitable aux problèmes soulevés.
Le nombre des accusations portées va en croissant et certains éléments en rendent la preuve difficile. Les événements auxquels on se rapporte ont souvent eu lieu il y a des dizaines d’années. La plupart des présumés auteurs des délits sont décédés et ne peuvent donc se défendre. Il sera extrêmement difficilesinon impossibled’établir la vérité.
Certains ont ditet je suis d’accord avec euxque le mal causé par les pensionnatsen plus des abus manifestesse situe plus dans les petits affronts sans nombre que les étudiants ont subis. Il est vrai que des blessures peuvent laisser des cicatrices durables. Ce qui est moins évidentc’est de pouvoir dire avec certitude que ces blessures ont pour cause directe ce qu’ils ont subi dans les pensionnats et non des sévices subis ailleurs.
Je peux voir avec certitude l’œuvre d’un opportunisme grossier dans la façon dont les torts subis ont été transformés en poursuites. Je reconnaisen même tempsqu’en raison du manque de toute discussion sérieuse pour traiter des blessures authentiqueselles ont été noyées dans un déluge de poursuites et de procès qui ne peuvent en traiter convenablement.
La province oblate de Grandin seule est sous le coup de plus de 3 000 poursuites judiciaires. On a créé un bourbier judiciaire qui draine les avoirs financierscrée des relations tendues et diminue la capacité des institutions religieuses de remplir leur mission. Où trouver la justice pour ceux qui ont été blessés et pour ceux qui les ont maltraités ou encore ceux qui ont été injustement accusés ?
Ce que j’entrevoie c’est queaprès des frais considérables en argent et en personnelles tribunaux rejetteront plusieurs réclamations tout simplement parce qu’on aura fait paraître de petits affronts comme des abus indemnisables. D’autres revendicationssérieuses en apparencepourront aussi être rejetées soit parce qu’elles se révèleront fausses soit queen raison du temps écouléelles ne s’avéreront plus fondées. À la findes institutions religieuses et des personnes innocentes seront anéanties et les ayants droit seront convaincus plus que jamais que leur souffrance ne compte pas. Tout ce à quoi on aboutira ne ressemblera vraisemblablement pas à de la justice ou de la réparation.
Le cadre que le Gouvernement est en train de créer pour résoudre les conflits sera un processus de gestion peut-être plus souplemais ce ne sera pas celui du dialogue qu’exigeà mon avisla réconciliation. Au lieu de rapprocher les gensce processus maintiendra les demandeurs et les institutions à part les uns des autres.
Pour traiter de l’apartheidl’Afrique du Sud a choisi la justice réparatrice. Dans le processus de réconciliationplusieurs ont renoncé à leur droit de poursuivre et choisi de participer au processus de vérité et de réconciliation.
Au cœur de ce programmeil y a l’ubuntuun principe de jurisprudence africaine qui cherche à restaurer et non à rétribuer. Il vise à restaurer les relations brisées et à réhabiliter tant la victime que l’auteur du délit. L’ubuntu permet la réintégration du coupable dans la communauté qu’il a offensée.
Matthew Coon Comechef de l’Assemblée des premières nationsa publiquement endossé la création d’une commission canadienne pour la vérité et la réconciliation. Je crois que les dirigeants ecclésiastiquesautochtones et gouvernementaux peuvent faire appel à leur ouverture d’espritleur sagesse et leur sens des responsabilités pour créer une forme canadienne d’ubuntu pour traiter de l’héritage des pensionnats. Le Gouvernement fédéral peut contribuer au climat favorable à sa création.
J ’invite tous les catholiques et les autres personnes intéressées à trouver des façons de faire pour que la justice réparatrice favorise la réconciliation avec les anciens élèves des pensionnats. Faites-moi parvenir par courriel vos conseilsvos opinions ou vos commentaires. Que notre souci de renouer les liens brisés soit notre guide dans notre démarche vers « une dignité retrouvée ». [L’adresse électronique où faire parvenir vos commentaires est: healing@grandin.omi.ca]
|