L’hôtel Boisgelin est situé sur la rue Saint-Sauveur ou des Quatre-Dauphins. Ce grand hôtel touche la place Mazarine ou des Quatre-Dauphins. Il avait appartenu aux familles Laurans de Brue et Laurens de Peyrolles. L’unique fille de ces familles se maria en octobre 1774 à un Boisgelin, illustre famille de Bretagne, qui a ainsi recueilli les biens des Laurans.

En 1808, Eugénie de Mazenod se maria à Armand de Boisgelin et habita dans cet hôtel jusqu’à la mort de madame de Boisgelin au cours de l’été 1813. Celle-ci possédait des biens pour une valeur de 700 000 francs à diviser entre ses cinq enfants. À la mort de sa mère, Armand fit aussitôt un mémoire pour rappeler que son contrat de mariage lui donnait droit à 128 000 francs en numéraire, plus 55 000 francs (dot de son épouse) et au sixième de la totalité de la succession. S’il n’y avait pas d’argent suffisant en numéraire, Armand accepterait les terres et le château de Saint-Martin-de-Pallières qui valaient 192 000 francs. Mais avant de mourir, le frère aîné et la sœur d’Armand avaient fait changer le testament de leur mère qui ne laissait pratiquement rien à celui-ci.

Hôtel Boisgelin, intérieur (AG).

Hôtel Boisgelin, intérieur (AG).

Le père de Mazenod écrit à sa mère le 19 août 1813 que ce testament est un «chef d’œuvre d’iniquité […] En attendant, nous avons cru qu’il était indispensable qu’Armand et sa famille sortissent au plus tôt de la caserne de voleur où ils étaient pour les établir à l’enclos où ils campent.» Armand, Eugénie et leurs enfants vinrent ensuite habiter avec Mme de Mazenod, rue Papassaudi, jusqu’en 1848. Un long procès s’ensuivit entre Armand et ses frères, procès qui durait encore en 1827 (Lettres d’Eugène à sa mère, le 21 août 1817 et le 4 mars 1827).

Les lettres que reçoivent Eugénie et Armand avant 1847-1848 sont adressées à la rue Papassaudi et, après cette date, à la rue des Quatre-Dauphins. Que s’est-il passé alors? Il semble d’abord que Armand a obtenu les terres de Saint-Martin-de-Pallières. On voit d’après la correspondance qu’il y va souvent. Quant à l’hôtel Boisgelin, Mgr de Mazenod l’a acheté pour le donner à son neveu Eugène de Boisgelin à l’occasion de son mariage. Dans une lettre à Mme de Mazenod, le 7 avril 1842, le Fondateur écrit: «Je ne suis ni mère ni grand-mère mais je trouve dans mon cœur d’oncle des sentiments plus que paternels.» Et lorsque, en avril 1843, il passe par l’entremise de Mme Roux Bonnecorse en vue du mariage d’Eugène avec une demoiselle Roux, il écrit le 19: «Vous pourrez dire formellement que vous savez que mon intention est d’assurer à mon neveu le bel hôtel qui m’appartient. C’est un effet qui vaut intrinsèquement 100 000 francs […] J’y ai fait pour plus de 10 000 francs d’améliorations.»

Eugène se maria à Angélique de Sallony le 25 novembre 1847 et alla habiter dans «son hôtel» rue des Quatre-Dauphins. Armand de Boisgelin et Eugénie allèrent demeurer avec leur fils. Mgr de Mazenod y a fait peu de visites (Rey, A., Histoire d’Eugène de Mazenod, II, p. 261, 309, 401).

Yvon Beaudoin, o.m.i.