1. Le diocèse
  2. Divisions du diocèse
  3. Institutions et œuvres
  4. Le vicariat de missions
  5. Divisions du vicariat de missions
  6. Œuvres

Le diocèse
La localité de Saint-Boniface dans l’Ouest canadien commença en 1818 avec l’arrivée des abbés Norbert Proven­cher et Sévère Dumoulin, envoyés par Mgr J.O. Plessis, évêque de Québec, sur demande de Lord Selkirk. En 1819-1820, ceux-ci construisirent une église sur la rive droite de la rivière Rouge.

Tout l’Ouest canadien formait en 1820 un district du diocèse de Québec, administré par l’abbé Norbert Proven­cher, ordonné évêque auxiliaire de Qué­bec le 22 mai 1822. Le 16 avril 1844, ce district fut érigé en vicariat apostolique de Baie d’Hudson et de Baie James avec Mgr Provencher, évêque titulaire de Ju­liopolis et vicaire apostolique. Celui-ci fit construire un évêché en 1829 et une cathédrale de 1829 à 1837. Le 4 juin 1847, le vicariat apostolique fut élevé au rang de diocèse du Nord-Ouest, et prit le nom de diocèse de Saint-Boniface en 1851.

Provencher n’avait que quelques prê­tres qui demeuraient peu longtemps dans le diocèse. Il sollicita le secours des Oblats qu’il connaissait par l’entremise de Mgr Bourget, évêque de Montréal. Mgr de Mazenod accueillit sa demande malgré les réticences du père Bruno Guigues. Le père Pierre Aubert et le frère scolastique Alexandre Taché partirent de Montréal le 25 juin 1845 et arrivèrent à Saint-Boniface le 25 août, après un voyage de plus de 2000 kilomètres sur les lacs et les rivières.

Le 24 juin 1850, le père Taché, âgé de 27 ans, est nommé évêque titulaire d’Arath et coadjuteur de Mgr Provencher. Mgr de Mazenod n’a pas été consulté. Il écrit à Mgr Taché, le 19 janvier 1851: «Je ne dois pas vous dissimuler qu’on m’a présenté [la mission de la Rivière-Rouge] sous des couleurs si peu favo­rables que je me suis demandé s’il ne faut pas en retirer nos sujets.» Il considère donc cette nomination comme un signe de la Providence pour y laisser les Oblats. Le 7 juin 1853, Mgr Taché devient évêque de Saint-Boniface à la mort de Mgr Prochencher. Le 11 décembre 1857, le père Vital Grandin est nommé évêque de Satala et coadju­teur de Mgr Taché, spécialement chargé des missions de l’Athabaska-Mackenzie dans le Nord-Ouest.

Quand il fut érigé en diocèse en 1847, Saint-Boniface comprenait tout le terri­toire irrigué par les rivières se jetant dans la Baie d’Hudson et la Baie James et qui se limitaient au sud par le 49e degré de latitude septentrionale, à l’ouest par la chaîne des montagnes Rocheuses, à l’est par la province unie du Canada, et au nord par la mer Glaciale.

Mgr de Mazenod s’intéressait beau­coup aux missions de l’Ouest canadien. Le 8 janvier 1858, il écrivait par exemple à Mgr Taché: «Croyez que je prends un immense intérêt à votre grande mission. Je compte pour ainsi dire tous vos pas. Je m’associe à toutes vos œuvres, je partage en esprit toutes vos souffrances que je voudrais pouvoir alléger sans vous en ôter le mérite. »

Divisions du diocèse
Ce territoire fut souvent divisé par la suite. En 2004, il comprend 6 archidio­cèses et 7 diocèses. Une première divi­sion survint le 8 avril 1862 par la création du vicariat apostolique d’Athabaska-Mackenzie confié à Mgr Henri Faraud, o.m.i., puis en 1868 par la création du vicariat apostolique de Saint-Albert, confié à Mgr Vital Grandin, o.m.i. Le diocèse avait encore une étendue deux fois grande comme la France. Saint-Boniface devint archevêché le 22 sep­tembre 1871 avec pour suffragants le vicariat apostolique de Saint-Albert, élevé au rang d’évêché, le vicariat apostolique d’Athabaska-Mackenzie et celui de la Colombie Britannique, érigé le 14 décembre 1863.

C’est en 1910 et en 1915 que le dio­cèse perdit la plus grande partie du terri­toire qui lui restait, par la création le 4 mars 1910 du vicariat apostolique du Keewatin au nord des provinces du Ma­nitoba, Saskatchewan et Ontario et, le 4 décembre 1915, par la création des archevêchés de Regina en Saskatchewan et surtout de Winnipeg au Manitoba. La création de Winnipeg amputa Saint-Boniface de ses meilleures paroisses au sud et au sud-ouest du Manitoba. Elle ne lui laissa que de pauvres paroisses au nord de la ville et les missions indiennes. Des 60 000 catholiques du diocèse, il ne lui en restait plus que 15 000 avec 24 paroisses et chapelles et 65 prêtres, alors que 53 paroisses et 118 prêtres passaient à Winnipeg. Dans la revue Les Cloches de Saint-Boniface (vol. 15, 1916, p. 161), on qualifie cette division de «profon­dément regrettable.» Le père Servule Dozois, assistant général des Oblats à Rome, écrit alors à son frère Joseph, provincial des Oblats de l’Est canadien: «Saint-Boniface, autrefois métropole de tout l’Ouest canadien, réduit à la portion insignifiante de la partie Est de ce qui lui restait de territoire! […] À mon avis, Mgr Béliveau, archevêque nommé, ne devrait pas accepter l’os décharné qu’on lui donne à ronger.» En présence de pressions venues du Canada, Rome mo­difia cette division et donna à Saint-Boniface plusieurs paroisses au sud de la rivière Assiniboine. Le nombre de catho­liques passa alors à 31 000, pendant que 38 000 fidèles restaient à Winnipeg.

Malgré ces divisions, la population catholique du diocèse augmenta réguliè­rement. À la mort de Mgr Provencher en 1853, le diocèse comptait 1100 catho­liques Blancs, 4000 Métis et Amérin­diens, 4 prêtres et 7 pères Oblats. À la mort de Mgr Taché, o.m.i., en 1894, la population catholique s’élevait à 20 000 fidèles, avec 21 prêtres diocésains, 26 Oblats et Jésuites, 11 frères religieux et 75 religieuses. En 1915, à la mort de Mgr Langevin, o.m.i., par la création de Winnipeg, la population catholique du diocèse de Saint-Boniface passa de 60 000 à 31 000. Au décès de Mgr Yelle en 1941, le diocèse comptait 56 000 catho­liques, 60 paroisses organisées, 170 prê­tres diocésains et religieux, 62 religieux frères et 785 religieuses. En l’an 2000, d’après le Canada ecclésiastique, les catholiques sont 101 000 sur une popula­tion de 365 000 habitants, avec 76 pa­roisses, 26 chapelles, 86 prêtres diocé­sains, 51 prêtres religieux, 18 diacres, 11 religieux, 330 religieuses, 3 séminaristes.

Institutions et œuvres
L’église, construite en 1818 et agran­die en 1829-1837, fut détruite par le feu le 14 décembre 1860. Elle fut rebâtie en 1862-1863, démolie et reconstruite en 1906-1908. Elle brûla de nouveau le 22 juillet 1968. La cathédrale actuelle fut ouverte au culte en 1972.

Saint-Boniface, archevêché (AD)

L’évêché, élevé dès l’arrivée de l’abbé Provencher en 1818, fut construit en pierre en 1829-1938, brûla en 1860 et fut reconstruit en 1864-1865. Ce vaste édifice fut également la maison vicariale et provinciale oblate jusqu’à la mort de Mgr Langevin, o.m.i. en 1915. Les prêtres diocésains et les Oblats qui arrivaient dans l’Ouest résidaient d’abord là avant d’être envoyés dans les paroisses et les missions. Pendant l’épiscopat de Mgr Taché, il y eut toujours à l’évêché plus d’Oblats que de prêtres diocésains. De 1895 à 1915, il n’y a plus qu’un seul père et un frère, avec quatre ou cinq prêtres diocésains.

Le collège catholique, fondé en 1818, fut agrandi en 1880-1881, brûla en 1922 et fut reconstruit. Les Oblats le dirigèrent de 1818 à 1854 et de 1860 à 1877. Il fut dirigé par les Frères des Écoles chré­tiennes de 1854 à 1860, par le clergé diocésain de 1877 à 1885, par les Jésuites de 1885 à 1966, puis par le clergé diocé­sain et des laïcs.

Les Sœurs de la Charité de Montréal, arrivées à Saint-Boniface en 1844, ont dirigé l’hôpital général de 1871 à 1969.

Il y a eu un petit séminaire de 1909 à 1922 et un grand séminaire, dirigé par les Oblats à Saint-Norbert en 1946-1948, puis par le clergé diocésain (1948-1954) et les Sulpiciens à Saint-Boniface de 1954 jusqu’en 1968.

Saint-Boniface n’a jamais été un dio­cèse exclusivement oblat comme d’autres vicariats apostoliques ou diocèses du Canada, mais les Oblats y ont toujours été nombreux, pasteurs de plusieurs paroisses surtout de Métis et de missions amérindiennes, responsables de diverses œuvres, dont une maison de retraites fermées. Lors du centenaire de l’arrivée des abbés Provencher et Dumoulin en 1918, l’archevêque Mgr A. Béliveau a écrit: «Les Oblats ont été, dans toute la force du terme, les missionnaires de l’Ouest et les églises florissantes, nées sous leurs pas, organisées par leurs soins, fécondées par leur héroïsme, ne sauraient le reconnaître trop hautement! La devise de leur congrégation est celle du divin Maître: Evangelizare pauperibus misit me. Par quelle merveilleuse application elle s’est ici réalisée! Quoi de plus pauvre à tous les points de vue que ces im­menses régions de l’Ouest canadien! Il fallait des apôtres au cœur de feu pour porter le flambeau de la foi dans les glaces des grands lacs du Nord-Ouest et jusqu’au pôle nord. Aucune mission au monde ne fut jamais plus pénible et n’exigea dans l’âme des missionnaires une abnégation plus grande, un amour de Dieu plus vif et une charité plus héroïque. »

Le vicariat de missions
Le vicariat religieux de Saint-Boniface, d’abord appelé de la rivière Rouge, fut érigé le 24 avril 1851, avec Mgr Taché, évêque nommé, comme supérieur. Son territoire s’étendait au diocèse, mais allait au-delà des montagnes Rocheuses jusqu’à l’océan Pacifique. Il ne comptait encore que deux communautés (évêché de Saint-Boniface et Île-à-la-Crosse) et une dizaine de pères et frères dont le père Pierre Aubert et Mgr Alexandre Taché, arrivés dans l’Ouest le 25 août 1845.

Mgr de Mazenod y envoya d’abord des missionnaires chaque année et le vicariat se développa rapidement. À la mort du Fondateur, en mai 1861, le vica­riat possédait huit missions avec pères et frères résidants, trente Oblats dont deux évêques: Alexandre Taché et Vital Grandin, nommé le 11 décembre 1857 évêque coadjuteur de Mgr Taché et chargé de la partie septentrionale du vicariat. Les missions ou résidences se trouvaient à l’Île-à-la-Crosse, au Lac Sainte-Anne, au Lac La Biche, au Lac Athabaska, au Grand Lac des Esclaves, à Good Hope, au Lac Caribou et surtout à l’évêché de Saint-Boniface d’où les pères visitaient beaucoup de postes dont Saint-Charles, Saint-Laurent et Saint-Norbert (voir ces noms).

Divisions du vicariat de missions
Une première division s’effectua le 30 novembre 1864 par l’érection du vicariat religieux d’Athabaska-Mackenzie, dans les limites du vicariat apostolique du même nom, érigé le 8 avril 1862. Une seconde division survint le 20 mars 1868 par l’érection dans les plaines de l’Ouest du vicariat religieux de la Saskatchewan, appelé peu après de Saint-Albert, avec Mgr Vital Grandin comme premier supérieur. Par la suite, tout l’Ouest et le Nord canadiens furent divisés en divers vicariats religieux et provinces oblates. L’apogée a été atteint en 1973 avec pour l’Ouest cinq provinces et six vicariats de missions. Depuis 2003 il ne reste que les provinces Lacombe et Assumption.

Le 5 octobre 1904, le vicariat de mis­sions de Saint-Boniface fut érigé en province avec le titre de province du Manitoba. Elle s’étendait à presque toute la province civile du Manitoba, à la partie sud de la province de la Saskatchewan, à la partie ouest de l’Ontario et à quelques missions dans l’État du Minnesota aux États-Unis. Elle comptait 70 Oblats, 22 maisons ou résidences et desservait plus de 100 paroisses ou missions.

Le 21 juin 1911 fut érigé le vicariat de missions du Keewatin au nord du Manitoba avec Mgr Ovide Charlebois comme supérieur. Deux missions de la province passèrent au Keewatin: Cross Lake et Norway House. En 1915, lors de l’érection du diocèse de Winnipeg, la province a cédé au nouveau diocèse l’importante paroisse de Sainte-Marie de Winnipeg et celle de Saint-Charles. En 1924, elle céda 19 Oblats de langue alle­mande à la nouvelle vice-province Saint-Henri de Belleville aux États-Unis. En 1926, elle céda encore 14 pères de langue allemande et polonaise et 12 résidences à la nouvelle province oblate Sainte-Marie de Saskatoon.

Malgré ces divisions, on constate un développement incessant de la province jusqu’au concile Vatican II. Elle comptait 121 Oblats dont 31 scolastiques en 1913, 191 Oblats dont 14 scolastiques en 1966, mais seulement 152 en 1971 avec 3 scolastiques.

Œuvres
La province eut un juniorat à Saint-Boniface de 1905 à 1968 (de la Sainte-Famille) un noviciat (de Marie Immacu­lée) de 1888 à 1968 (à Saint-Laurent de 1888 à 1897, à Saint-Charles de 1898 à 1909, au juniorat de 1909 à 1924, à Saint-Laurent de 1924 à 1950, à Saint-Norbert et Lebret de 1950 à 1968), un scolasticat (du Sacré-Cœur) à Lebret de 1927 à 1966 et à Saint-Norbert en 1966-1967 et une maison de retraites fermées (Notre-Dame du Cénacle) à Saint-Boniface de 1946 à 1960, puis à Saint-Norbert. Les pères de la province ont dirigé le collège de Saint-Boniface pen­dant plusieurs années et le collège de Gravelbourg de 1918 à 1867, le grand séminaire de Mazenod à Gravelbourg de 1931 à 1946 et celui de Saint-Boniface à Saint-Norbert en 1946-1948. Au cours des 30 dernières années, la province a envoyé des missionnaires en Bolivie, au Chili, au Guatemala, au Lesotho, etc.

En 1908, fut fondée à Winnipeg l’œuvre de presse catholique West Ca­nada Publishing Company. En 1921, celle-ci publiait cinq journaux hebdoma­daires (deux en français, un en anglais, un en allemand et un en polonais), Le diocèse publia Les Cloches de Saint-Boniface et la province oblate eut deux bulletins: L’Ami du foyer (bulletin du juniorat) de 1905 à 1968 et Mon frère et moi (en français et en anglais) de 1968 à 2005.

L’apostolat des Oblats s’exerça sur­tout dans les paroisses pour Blancs, Métis et Amérindiens. En 1905, des 110 000 Amérindiens du Canada, 13 500 vivaient au Manitoba (3500 catholiques, 5000 protestants et 4000 infidèles). En 1932, il y avait 6000 Amérindiens catholiques et les Oblats étaient responsables de dix écoles-pensionnats avec près de 1000 enfants.

Yvon Beaudoin, o.m.i.